Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Zivilabteilung 5C.172/2004
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5C.172/2004 /msi

Arrêt du 3 novembre 2004
IIe Cour civile

M. et Mmes les Juges Raselli, Président, Escher et Hohl.
Greffière: Mme Michellod Bonard.

B. ________,
demandeur et recourant, représenté par Me Daniel Guggenheim, avocat,

contre

A.________,
défendeur et intimé, représenté par Me Roxanne Morand, avocate,

cédule hypothécaire, novation,

recours en réforme contre l'arrêt de la Chambre civile de la Cour de justice
du canton de Genève du 11 juin 2004.

Faits:

A.
A. ________ était titulaire des actions de la société immobilière "X.________
SA", propriétaire d'un bien immobilier sis à N.________. En avril 1999, la
Banque Y.________ octroya à A.________ un prêt hypothécaire de 2'380'000 fr.,
garanti par plusieurs cédules hypothécaires. A titre de garantie
supplémentaire, la banque exigea un dépôt en espèces de 100'000 fr.

A. ________ ne disposant pas de cette somme, il sollicita le concours d'une
de ses relations d'affaires, B.________, qui accepta. Ce dernier déposa ledit
montant sur un compte bloqué à son nom auprès de la Banque Y.________ et
obtint de cette dernière qu'il lui soit délivré une cédule hypothécaire d'un
même montant, grevant l'immeuble sis à N.________. Aucun contrat écrit n'a
documenté ce dépôt ni la remise de la cédule, que ce soit entre B.________ et
A.________ ou entre B.________ et la Banque Y.________.

Il n'est pas contesté que la somme de 100'000 fr. a été bloquée au nom et au
profit de B.________ dans les livres de la Banque Y.________ le 22 avril
1999, et que la cédule hypothécaire au porteur qui lui a été remise en
garantie a été constituée ultérieurement, soit le 17 juin 1999. Cette cédule
ne contient aucune référence à l'art. 855 CC ou à un éventuel accord
particulier entre les parties. De même, l'acte de constitution de la cédule
ne fait état d'aucune disposition particulière et mentionne uniquement la
reconnaissance de dette des constituants.

En 2000, la société immobilière "X.________ SA" fut liquidée à la demande
d'un créancier. Cette société ne pouvant faire face à ses engagements, elle
fut vendue de gré à gré par l'office des poursuites,  et A.________ s'en
porta personnellement acquéreur.

B.
Par courrier du 22 février 2000, l'avocat de B.________ dénonça le prêt que
celui-ci estimait avoir accordé à A.________ et en requit le remboursement.
A.________ s'est opposé à cette démarche, considérant qu'au vu des
circonstances, les parties ne se trouvaient pas en relation de prêt.
B.________ n'a jamais dénoncé la cédule hypothécaire en remboursement.

C.
Par acte déposé le 23 mai 2002, B.________ a formé une demande en paiement
dirigée contre A.________, invoquant principalement le prêt à usage ou de
consommation et, subsidiairement, le mandat. Il concluait au paiement de
100'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 6 novembre 2000.

Par jugement du 20 novembre 2003, le Tribunal de première instance du canton
de Genève a débouté B.________ de ses conclusions.

D.
La Chambre civile de la Cour de justice a confirmé, le 11 juin 2004, le
jugement de première instance. Elle a estimé que la créance invoquée par
B.________ s'était éteinte par novation (art. 855 al. 1 CC) au moment où il
avait reçu la cédule hypothécaire constituée le 17 juin 1999. La
qualification du contrat liant les parties pouvait rester indécise, celui-ci
ayant cessé d'exister juridiquement.

E.
B.________ interjette un recours en réforme au Tribunal fédéral. Il soutient
que la cour cantonale a commis une inadvertance manifeste en omettant de
mentionner que la cédule de 100'000 fr. qui lui a été remise avait été
constituée en faveur de la Banque Y.________ et non en sa propre faveur. Il
découlerait de cet état de fait rectifié que l'effet novatoire attaché à la
constitution de la cédule par l'art. 855 al. 1 CC n'a eu aucune incidence sur
la créance en restitution qu'il fait valoir contre le défendeur. Celle-ci n'a
pas cessé d'exister, contrairement à l'opinion de la cour cantonale. Pour le
surplus, le demandeur renvoie à l'argumentation qu'il a développée dans son
écriture d'appel.

B. ________ conclut à l'annulation de l'arrêt cantonal et au renvoi de la
cause à l'autorité intimée pour nouvelle décision.

Il n'a pas été demandé d'observations.

Le Tribunal fédéral considère en droit:

1.
1.1 S'agissant d'un recours en réforme, la partie recourante doit en principe
prendre des conclusions sur le fond, tendant à la modification du dispositif
du jugement attaqué (art. 55 al. 1 let. b OJ); elle ne peut se borner à
conclure à l'annulation de l'arrêt attaqué et au renvoi de la cause à la cour
cantonale que si le Tribunal fédéral, dans l'hypothèse où il admettait le
recours, ne serait pas en mesure de statuer lui-même sur le fond mais devrait
nécessairement renvoyer la cause à l'autorité inférieure pour complément
d'instruction et nouvelle décision (ATF 125 III 412 consid. 1b; 111 II 384
consid. 1; 106 II 201 consid. 1; 104 II 209 consid. 1; 103 II 267 consid.
1b). Tel est le cas, par exemple, lorsque l'état de fait n'est pas suffisant
parce que la juridiction cantonale s'est bornée à accueillir un moyen
préjudiciel comme le défaut de qualité pour agir ou pour défendre, ou une
exception (Poudret, COJ I, n. 1.4.1.4 ad art. 55 OJ).

1.2 En l'espèce, le demandeur n'indique pas, dans ses conclusions, quelles
sont les modifications qu'il souhaite voir apportées au dispositif de l'arrêt
cantonal. Il se borne à conclure à l'annulation de ce dernier et au renvoi de
la cause à l'autorité intimée pour nouvelle décision dans le sens des
considérants du Tribunal fédéral.

L'hypothèse exceptionnelle dans laquelle de telles conclusions sont
recevables n'est en l'espèce pas réalisée. En effet, si le Tribunal fédéral
devait admettre l'existence d'une inadvertance manifeste, la violation de
l'art. 855 al. 1 CC et, par la suite, la thèse du prêt de 100'000 fr.
soutenue par le demandeur, il serait en mesure de condamner le défendeur au
remboursement de celui-ci.

2.
Au vu de ce qui précède, le recours sera déclaré irrecevable et le demandeur,
qui succombe, supportera les frais de la procédure fédérale (art. 156 al. 1
OJ). Il n'y a en revanche pas lieu d'allouer de dépens au défendeur, dès lors
qu'il n'a pas été invité à répondre au recours et n'a donc pas eu à assumer
de frais en relation avec la procédure devant le Tribunal fédéral (cf. art.
159 al. 1 et 2 OJ).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est irrecevable.

2.
Un émolument judiciaire de 2000 fr. est mis à la charge du demandeur.

3.
Le présent arrêt est communiqué en copie aux mandataires des parties et à la
Chambre civile de la Cour de justice du canton de Genève.

Lausanne, le 3 novembre 2004

Au nom de la IIe Cour civile
du Tribunal fédéral suisse

Le président:  La greffière: