Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Zivilabteilung 4C.365/2005
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4C.365/2005 /ech

Arrêt du 8 février 2006
Ire Cour civile

MM. et Mme les Juges Corboz, président, Klett et Favre.
Greffière: Mme Cornaz.

X. ________ SA,
défenderesse et recourante, représentée par Me Patrick T. Bittel,

contre

Y.________,
demandeur et intimé, représenté par Me Florian Baier.

contrat de travail; congé immédiat,

recours en réforme contre l'arrêt de la Cour d'appel de la juridiction des
prud'hommes du canton de Genève du
9 septembre 2005.

Faits:

A.
X. ________ SA est une société active dans le domaine de l'horlogerie et de
la bijouterie. A.________, B.________ et C.________ en sont les
administrateurs, le premier avec signature individuelle et les deux autres
avec signature collective à deux. La société exploite dans le canton de
Genève une usine d'horlogerie dont la direction opérationnelle était assurée,
à l'époque des faits, par B.________ et C.________, qui prenaient ensemble
les décisions. La direction administrative et financière était quant à elle
confiée à D.________, porteur de procuration avec signature collective à
deux, lequel était directement subordonné à B.________ et C.________.

Divers membres de la famille de C.________ étaient employés dans
l'entreprise, à l'instar de Y.________ et de F.________, respectivement
cousin et oncle de C.________. Dès le 1er avril 1997, X.________ SA avait en
effet engagé Y.________ en qualité d'assistant du responsable du stock, puis
de responsable informatique de l'entreprise. Le contrat de travail signé le
18 février 1999 comprenait une clause de loyauté et de discrétion interdisant
notamment à l'employé d'utiliser le know-how de la société, à n'importe quel
moment, au cours et après la fin du contrat, sans limitation de durée ou de
territoire, à des fins personnelles ou pour le compte de tiers.

En sa qualité de responsable informatique, Y.________ était hiérarchiquement
subordonné à D.________. Selon son dire non formellement contesté, il
recevait toutefois ses ordres, pour l'essentiel, de B.________ et C.________.
Dans le cadre de ses fonctions, il avait accès informatique à tous les
ordinateurs. Aucune instruction écrite ne lui a été donnée s'agissant de
l'usage qu'il était autorisé à faire dudit accès. Selon D.________, il
"allait de soi" que ledit usage était limité aux nécessités de sa fonction, à
savoir à des tâches de maintenance et de programmation. Ainsi, Y.________
avait la possibilité technique d'accéder aux données stockées dans
l'ordinateur de E.________, assistante du responsable du secteur des ventes
et chargée d'établir le listing informatique des ventes opérées par
l'entreprise. Il n'est pas contesté que tant B.________ que C.________
avaient le droit de recevoir et consulter toutes les données de l'entreprise,
en particulier le listing informatique des ventes tenu par E.________. Aucune
directive n'a été donnée au personnel par X.________ SA au sujet de la
procédure à suivre pour faire circuler des informations dans l'entreprise, en
particulier s'agissant de renseignements fournis à B.________ et C.________
par les employés.

Dès le mois d'avril 2003, des dissensions importantes ont opposé C.________ à
B.________, en particulier au sujet de la conduite des affaires de la
société. En juin 2003 selon X.________ SA, C.________ a procédé au
déménagement de son bureau et n'est plus revenu dans les locaux de
l'entreprise, sans toutefois démissionner de son poste de directeur et
d'administrateur. Selon Y.________, ce n'est qu'en décembre 2003 que le
déménagement du bureau a eu lieu, C.________ ne venant toutefois plus à son
bureau déjà précédemment. Le personnel a été informé des dissensions en août
2003. Toutefois, certains membres du personnel en avaient connaissance dès
mai 2003, C.________, qui conservait ses fonctions de directeur, leur ayant
demandé de recevoir divers renseignements concernant la marche des affaires.
Y.________ a affirmé en avoir eu connaissance en septembre 2003 seulement.
Après le début desdites dissensions, aucune directive n'a été émise dans
l'entreprise au sujet des renseignements pouvant ou ne pouvant pas être
communiqués à C.________, ou encore au sujet des procédures à suivre si
celui-ci ou B.________ demandaient des renseignements aux membres du
personnel. En particulier, il n'a pas été prévu que toute demande de
renseignements émanant de C.________ devait être soumise au préalable à
B.________ et/ou D.________, ou à tout le moins portée à leur connaissance.
Plus spécifiquement, aucune directive sur le sujet n'a été donnée à
Y.________.

Au mois de mai 2003, C.________ a demandé, personnellement ou par
l'intermédiaire d'une employée de l'entreprise, à Y.________ de lui fournir
la liste des ventes de la société et de remettre cette liste, sous forme
informatique, à F.________, responsable de la production des montres.
Celui-ci a demandé à Y.________ d'apporter ladite liste à son domicile.
Y.________ dit ne pas avoir été étonné de cette demande, C.________ lui en
ayant déjà fait de semblables par le passé, lors d'absences de E.________. Il
n'a pas été indiqué à Y.________ que cette démarche devait demeurer secrète.
C'est le lieu de préciser que, selon X.________ SA, C.________ disposait déjà
d'un listing papier desdites ventes, lequel lui avait été remis en version
papier, sur sa demande, par E.________. Il n'a toutefois pas été allégué que
Y.________ aurait eu connaissance de cette circonstance. Celui-ci s'est
exécuté. Il est entré dans l'ordinateur de E.________ - alors absente mais
remplacée par une collègue -, a copié sur un CD-ROM le listing des ventes des
années 2000 à 2003, puis a remis ledit CD-ROM à F.________, au domicile de ce
dernier, pour être remis à C.________. Il n'en a informé ni la remplaçante de
E.________, ni cette dernière à son retour, ni encore D.________ ou
B.________, étant précisé que X.________ SA admet qu'elle aurait remis les
données en question à C.________ si elle en avait été "officiellement"
requise.

Durant la deuxième quinzaine du mois d'août 2003, Y.________ a de nouveau été
sollicité par F.________, lequel l'a prié de lui remettre, à l'attention
toujours de C.________, un listing informatique des ventes, identique au
précédent, mais comportant en plus les ventes d'avril à août 2003. Y.________
s'est à nouveau exécuté, selon le même procédé que précédemment et sans en
informer ni E.________, ni D.________, ni B.________. Là encore, X.________
SA affirme qu'elle aurait remis lesdites données à C.________, si celui-ci en
avait directement fait la demande. C.________, entendu dans le cadre de la
procédure pénale, a confirmé que Y.________ avait agi sur ses instructions.
Il a expliqué lui avoir demandé de procéder ainsi, car il faisait l'objet
"d'obstructions" de la part de B.________ et de A.________ et qu'il n'avait
ainsi d'autres solutions pour obtenir les renseignements auxquels il avait
droit. Ceux-ci étaient remis à F.________ "par mesure de commodité".
Y.________ n'avait enfin tiré aucun avantage financier consécutivement à ces
actes.

Le 28 novembre 2003, D.________ a appris ce qui précède au reçu des
déclarations d'une autre employée, ténorisées dans un procès-verbal
d'instruction dressé dans le cadre d'une plainte pénale formée par X.________
SA dans une affaire dite "Z.________". Il dit avoir été choqué par le fait
que Y.________ ait pénétré et copié les données stockées dans l'ordinateur de
E.________ sans suivre la voie hiérarchique, en secret et sans en informer
quiconque, ce d'autant que, précédemment, il l'avait assuré qu'il n'entendait
pas prendre parti dans la querelle opposant C.________ à B.________ et qu'il
demeurerait loyal envers la société.

Le 1er décembre 2003 au matin, D.________ et le chef du personnel ont eu un
entretien avec Y.________, souhaitant obtenir de lui des explications au
sujet des faits litigieux. Aucun licenciement n'a été notifié au cours de cet
entretien, qui a duré jusqu'à midi et qui devait reprendre dans l'après-midi.
L'après-midi, Y.________ ne s'est toutefois pas présenté à son travail. Le
jour même, il a consulté un médecin, qui lui a remis un certificat attestant
une incapacité de travail à 100 %.

Le même jour, X.________ SA a déposé plainte pénale notamment contre
Y.________ pour soustraction de données, violation du secret commercial,
violation de la loi contre la concurrence déloyale, de la loi sur les brevets
et de la loi sur les designs. Cette plainte a ultérieurement été classée pas
les autorités pénales, pour défaut de prévention, les données n'ayant été
communiquées qu'à C.________, qui ne revêtait pas la qualité de tiers.
Entendu le 2 décembre 2003 par la Police judiciaire, Y.________ a confirmé
qu'ayant un accès d'administrateur informatique, il s'était, depuis son poste
de travail, connecté à l'ordinateur de E.________ pour copier les fichiers
des ventes sur un CD-ROM. Il a indiqué ne pas avoir informé celle-ci car elle
"était plutôt du côté de B.________". Au mois d'octobre 2003, il avait eu
conscience qu'il n'avait "peut-être" pas agi de manière correcte.

Par courrier du 1er décembre 2003, X.________ SA a licencié Y.________ avec
effet immédiat. D.________ a affirmé avoir pris cette décision après
l'entretien du matin du même jour, après consultation de B.________. Le motif
invoqué dans la lettre de congé était le suivant: "Nous apprenons que vous
avez transmis à des tiers des documents officiels". Y.________, qui s'est
trouvé en incapacité de travail du 1er décembre 2003 à fin février 2004,
s'est opposé à son licenciement le 11 décembre 2003.

B.
Par demande du 13 mai 2004, Y.________ a assigné X.________ SA devant la
Juridiction des prud'hommes du canton de Genève en paiement de la somme de
82'867 fr. 70 plus intérêt à 5 % l'an dès le 13 mai 2004, soit 11'800 fr. à
titre de salaire durant le délai de congé (soit jusqu'à fin avril 2003),
participation à l'assurance-maladie incluse, 34'800 fr. à titre d'indemnité
pour congé abusif (soit six mois de salaire), 11'267 fr. 70 à titre
d'indemnité vacances et de treizième salaire au prorata pour la période du
1er janvier 2003 au 30 avril 2004 et 25'000 fr. à titre d'indemnité pour tort
moral.

Le 5 avril 2004, C.________ avait écrit à la Juridiction des prud'hommes pour
dire qu'il s'opposait totalement au licenciement de Y.________ et qu'il
"assumait l'entière responsabilité" des demandes de renseignements faites à
son employé.

Par jugement du 9 mars 2005, le Tribunal des prud'hommes du canton de Genève
a en particulier condamné X.________ SA à payer à Y.________ la somme de
15'716 fr. 10 brut avec intérêt à 5 % l'an dès le 13 mai 2004, correspondant
à 11'400 fr. brut à titre de salaire durant le délai de congé, soit jusqu'à
fin avril 2003, 400 fr. à titre de participation à son assurance-maladie pour
la période de décembre 2003 à août 2004, 950 fr. à titre de treizième salaire
pro rata temporis pour mars et avril 2004 et 2'966 fr. 10 à titre d'indemnité
pour vacances non prises.

Statuant sur recours de X.________ SA par arrêt du 9 septembre 2005, la Cour
d'appel de la juridiction des prud'hommes du canton de Genève a confirmé le
jugement de première instance.

Elle a considéré qu'en l'espèce, Y.________, en sa qualité de responsable
informatique, exerçait indubitablement des fonctions qui impliquaient un
devoir de fidélité accru, puisqu'il disposait d'un accès à tous les
ordinateurs de l'entreprise, et partant également aux données sensibles et
confidentielles.

Il n'était par ailleurs pas contesté que le listing des ventes de
l'entreprise constituait une donnée confidentielle, à laquelle seul un nombre
restreint de personnes avaient accès.

Il devait enfin être admis que même si des directives spécifiques ne lui
avaient pas été données sur le sujet, Y.________ devait être conscient que
l'accès informatique général dont il disposait était destiné à lui permettre
d'effectuer les tâches de programmation et de maintenance qui étaient les
siennes, et non de consulter ou copier les données sans rapport avec son
travail, en particulier les données sensibles et confidentielles de
l'entreprise.

Ainsi, le fait pour Y.________ de consulter ou de copier de telles données à
l'insu de son employeur constituerait à l'évidence une violation grave de son
devoir de fidélité, entraînant une rupture du lien de confiance et justifiant
un licenciement avec effet immédiat.

Tel n'avait cependant pas été le cas in casu.
Il était en effet établi que Y.________ n'avait pas agi de sa propre
initiative et à l'insu de son employeur. En effet, la procédure pénale
initiée par X.________ SA le 1er décembre 2003 avait permis d'établir que
Y.________ n'avait pas agi pour son propre compte, ni pour le compte de
tiers, mais sur instruction de C.________, auquel les données copiées avaient
été remises. La procédure pénale avait ainsi été classée faute de prévention
suffisante s'agissant des infractions visées et X.________ SA ne pouvait être
suivie lorsqu'elle soutenait que les agissements de Y.________ avaient une
connotation pénale.

Certes, l'employeur pouvait résilier le contrat de travail avec effet
immédiat même en l'absence d'infraction pénale.

Toutefois, X.________ SA, qui avait motivé la lettre de congé par le fait que
Y.________ avait communiqué des données confidentielles à des tiers, ne
contestait plus, à ce stade de la procédure, que celles-ci n'avaient été
transmises qu'à C.________, qui ne pouvait être considéré comme un tiers
compte tenu de ses fonctions dirigeantes dans la société. Il était par
ailleurs établi que Y.________ avait agi sur instructions de C.________.
Celui-ci avait d'ailleurs confirmé que c'était lui qui avait demandé à
Y.________ de lui remettre les listings de vente en question, par
l'intermédiaire de F.________. X.________ SA admettait par ailleurs que
C.________ était en droit de recevoir ces données. Contrairement à ce qu'elle
soutenait, Y.________ n'avait ainsi pas agi "en douce" et à l'insu de son
employeur, mais sur instructions d'un supérieur hiérarchique, occupant tant
en avril qu'en août 2003 les fonctions d'administrateur et de dirigeant de la
société.

Il ne pouvait en outre pas être reproché à Y.________ de n'avoir pas informé
B.________ et/ou D.________ de la demande de C.________, en l'absence de
toute directive imposant un tel mode de faire aux employés confrontés, entre
le printemps et l'automne 2003, à des demandes de renseignements de la part
de C.________.

A cela s'ajoutait que si la représentante de X.________ SA aux audiences et
D.________ avaient dit avoir été choqués par le mode de procéder employé et
ne plus faire confiance à Y.________, C.________, toujours administrateur de
la société, se déclarait quant à lui "totalement" opposé au licenciement de
celui-ci.

Les actes que X.________ SA reprochaient à Y.________ n'étaient enfin pas
équivalents à ceux de l'espèce qu'elle citait, dans laquelle il était
reproché à un employé d'avoir pénétré dans le bureau de son supérieur et de
lui avoir dérobé ses clés, dans le but de faire pression sur lui pour obtenir
des décomptes horaires auxquels il avait par ailleurs le droit d'accéder.

Dans ces conditions, il ne pouvait être retenu que Y.________ avait violé son
devoir de fidélité de manière à justifier un licenciement immédiat. A
l'instar des premiers juges, la cour cantonale a ainsi retenu que le
licenciement immédiat du 1er décembre 2003 n'était pas justifié.

C.
Parallèlement à un recours de droit public qui a été rejeté, dans la mesure
où il était recevable, par arrêt séparé de ce jour, X.________ SA (la
défenderesse) interjette un recours en réforme au Tribunal fédéral. Elle
conclut principalement à la réforme de l'arrêt attaqué dans le sens du
déboutement de Y.________ de toutes ses conclusions, subsidiairement à
l'annulation de la décision entreprise et au renvoi de la cause à l'autorité
cantonale pour qu'elle statue à nouveau sur la base d'un état de fait complet
et dans le sens des considérants, le tout avec suite de dépens.

Y. ________ (le demandeur) conclut au déboutement de X.________ SA, avec
suite de frais et dépens.

Le Tribunal fédéral considère en droit:

1.
1.1 Interjeté par la défenderesse, qui a succombé dans ses conclusions
libératoires, et dirigé contre un jugement final rendu en dernière instance
cantonale par un tribunal supérieur (art. 48 al. 1 OJ) sur une contestation
civile dont la valeur litigieuse atteint le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ),
le recours en réforme soumis à l'examen du Tribunal fédéral est en principe
recevable, puisqu'il a été déposé en temps utile (art. 54 al. 1 OJ) et dans
les formes requises (art. 55 OJ).

1.2 Le recours en réforme est ouvert pour violation du droit fédéral (art. 43
al. 1 OJ). En revanche, il ne permet pas de se plaindre de la violation
directe d'un droit de rang constitutionnel (art. 43 al. 1 2e phrase OJ), ni
de la violation du droit cantonal (ATF 127 III 248 consid. 2c p. 252). Saisi
d'un tel recours, le Tribunal fédéral conduit son raisonnement juridique sur
la base des faits contenus dans la décision attaquée, à moins que des
dispositions fédérales en matière de preuve n'aient été violées, qu'il faille
rectifier des constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63
al. 2 OJ) ou compléter les constatations de l'autorité cantonale parce que
celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents, régulièrement allégués et
clairement établis (art. 64 OJ).

Dans la mesure où une partie recourante présente un état de fait qui s'écarte
de celui contenu dans la décision attaquée, sans se prévaloir avec précision
de l'une des exceptions qui viennent d'être rappelées, il n'est pas possible
d'en tenir compte (ATF 130 III 102 consid. 2.2 p. 106, 136 consid. 1.4). Il
ne peut être présenté de griefs contre les constatations de fait, ni de faits
ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). Le recours en
réforme n'est pas ouvert pour remettre en cause l'appréciation des preuves et
les constatations de fait qui en découlent (ATF 130 III 136 consid. 1.4; 129
III 618 consid. 3).

2.
Dans un premier grief, la défenderesse se plaint d'une violation de l'art.
343 al. 4 CO, qui prévoit la maxime inquisitoire dans les litiges résultant
du contrat de travail dont la valeur litigieuse est inférieure à 30'000 fr.
Cette disposition n'est toutefois pas applicable en l'espèce, dès lors que la
valeur litigieuse, correspondant au montant des conclusions au moment de
l'ouverture de l'action (art. 343 al. 2 CO; ATF 115 II 30 consid. 5b p. 41)
et non, comme le soutient la défenderesse, de celles encore litigieuses
devant le Tribunal fédéral, est supérieure à 30'000 fr.

3.
Invoquant ensuite les art. 43 al. 3 et 63 al. 2 OJ, la défenderesse s'en
prend aux constatations de fait de la cour cantonale, dans la mesure où des
dispositions fédérales en matières de preuve auraient été violées. L'on ne
voit toutefois pas quelle disposition de ce type aurait été méconnue et la
démarche de la défenderesse, qui n'est qu'un moyen de plus pour contester les
constatations de fait et l'appréciation des preuves dont elle n'est pas
parvenue à démontrer l'arbitraire dans son recours de droit public, est
vaine.

4.
Dans deux griefs distincts, la défenderesse invoque encore les art. 63 al. 2
et 64 al. 1 OJ et fait valoir - à titre subsidiaire - que la cour cantonale
aurait commis une inadvertance manifeste et qu'il y aurait lieu de compléter
l'état de fait de l'arrêt entrepris. Sous le couvert des dispositions citées,
elle s'en prend en réalité derechef à l'établissement des faits et à
l'appréciation des preuves à laquelle se sont livrés les juges cantonaux, ce
qui n'est pas admissible dans la procédure du recours en réforme.

5.
La défenderesse plaide ensuite que les juges cantonaux auraient violé l'art.
55 CC, qui dispose que la volonté d'une personne morale s'exprime par ses
organes (al. 1) et que ceux-ci obligent celle-là par leurs actes juridiques
et par tous autres faits (al. 2). Elle estime que pour admettre, comme l'ont
fait les juges cantonaux, que les instructions de C.________ valaient
instructions de X.________ SA, il faudrait que celui-ci ait agi pour la
société et non comme particulier. Il ressortirait clairement du dossier que
C.________ avait fait la demande litigieuse dans le cadre de son conflit avec
B.________, ce dont le demandeur était parfaitement conscient.

Dans la mesure où l'argumentation de la défenderesse repose sur sa propre
version des choses et non sur les faits ressortant de l'état de fait
déterminant, elle est irrecevable dans un recours en réforme. Pour le
surplus, la défenderesse semble confondre la question du pouvoir d'engager la
société vis-à-vis des tiers et de donner des instructions à ses employés. Or,
en l'espèce, il a été établi que le demandeur, s'il était hiérarchiquement
subordonné à D.________, recevait pour l'essentiel ses ordres de B.________
et C.________, que, par ailleurs, aucune directive particulière n'avait été
édictée après le début du conflit opposant B.________ à C.________ et, enfin,
que celui-ci avait le droit d'obtenir les listes litigieuses. En définitive,
l'on ne voit pas trace de violation de l'art. 55 CC.

6.
La défenderesse reproche enfin à la cour cantonale d'avoir violé les art. 337
et 337c CO, dans la mesure où elle n'avait pas retenu une violation du devoir
de fidélité du demandeur et, partant, de justes motifs de résiliation
immédiate du contrat de travail.

6.1 Selon l'art. 337 al. 1 1e phrase CO, l'employeur et le travailleur
peuvent résilier immédiatement le contrat en tout temps pour de justes
motifs. Doivent notamment être considérées comme tels toutes les
circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne permettent pas
d'exiger de celui qui a donné le congé la continuation des rapports de
travail (cf. art. 337 al. 2 CO).

Mesure exceptionnelle, la résiliation immédiate pour justes motifs doit être
admise de manière restrictive (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 31, 213 consid.
3.1 p. 220; 127 III 351 consid. 4a p. 353). D'après la jurisprudence, les
faits invoqués à l'appui d'un renvoi immédiat doivent avoir entraîné la perte
du rapport de confiance qui constitue le fondement du contrat de travail.
Seul un manquement particulièrement grave du travailleur justifie son
licenciement immédiat; si le manquement est moins grave, il ne peut entraîner
une résiliation immédiate que s'il a été répété malgré un avertissement (ATF
130 III 28 consid. 4.1 p. 31, 213 consid. 3.1 p. 221; 129 III 380 consid.
2.1). Par manquement du travailleur, on entend en règle générale la violation
d'une obligation découlant du contrat de travail (ATF 130 III 28 consid. 4.1
p. 31; 127 III 351 consid. 4a p. 354), comme par exemple le devoir de
fidélité (ATF 127 III 351 consid. 4a p. 354; 121 III 467 consid. 4d).

Le juge apprécie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 CO).
Il applique les règles du droit et de l'équité (art. 4 CC). A cet effet, il
prendra en considération tous les éléments du cas particulier, notamment la
position et la responsabilité du travailleur, le type et la durée des
rapports contractuels, ainsi que la nature et l'importance des manquements
(ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 32; 127 III 351 consid. 4a p. 354). Le
Tribunal fédéral ne revoit qu'avec réserve la décision d'équité prise en
dernière instance cantonale. Il intervient lorsque celle-ci s'écarte sans
raison des règles établies par la doctrine et la jurisprudence en matière de
libre appréciation, ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas
particulier, ne devaient jouer aucun rôle, ou à l'inverse, lorsqu'elle n'a
pas tenu compte d'éléments qui auraient absolument dû être pris en
considération; il sanctionnera en outre les décisions rendues en vertu d'un
pouvoir d'appréciation lorsqu'elles aboutissent à un résultat manifestement
injuste ou à une iniquité choquante (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 32, 213
consid. 3.1 p. 220; 129 III 380 consid. 2 p. 382).

C'est à l'employeur qui entend se prévaloir de justes motifs de licenciement
immédiat de démontrer leur existence (arrêt 4C.298/2005 du 3 janvier 2006,
consid. 3.1; cf. également Brunner/Bühler/Waeber/ Bruchez, Commentaire du
contrat de travail, 3e éd., Lausanne 2004, n. 13 ad art. 337 CO).

6.2 Dans les grandes lignes, la défenderesse se limite à critiquer chacun des
éléments retenus par la cour cantonale pour parvenir à la conclusion que le
demandeur n'avait pas violé son devoir de fidélité et, par conséquent, qu'il
n'existait pas de justes motifs de résiliation immédiate de son contrat de
travail, avant de présenter sa propre version des événements et de proposer
une solution opposée à celle retenue par les juges cantonaux. Dans cette
mesure, l'argumentation de la défenderesse, qui revient à une nouvelle remise
en cause des constatations de fait et de l'appréciation des preuves, revêt un
caractère appellatoire manifeste et n'a pas sa place dans un recours en
réforme. En définitive, la défenderesse ne parvient pas à démontrer
l'existence de justes motifs de résiliation immédiate du contrat de travail
qui la liait au demandeur. Pour le surplus, l'on ne voit pas que, sur la base
des faits retenus, la cour cantonale ait outrepassé le pouvoir d'appréciation
dont elle dispose en la matière et, partant, violé l'art. 337 CO en jugeant
que la défenderesse n'était pas fondée à résilier le contrat de travail du
demandeur avec effet immédiat.

6.3 Formellement, la défenderesse se plaint d'une violation de l'art. 337c
CO. Elle ne fait toutefois que remettre en cause le principe de l'allocation,
au demandeur, de sommes consécutives à une résiliation immédiate injustifiée,
puisqu'elle estime avoir eu de justes motifs de procéder de la sorte. Elle
n'en conteste toutefois pas les montants dans une motivation subsidiaire, de
sorte que la Cour de céans n'a pas à y revenir (art. 55 al. 1 let. b et c
OJ).

7.
Il résulte des considérants qui précèdent que le recours doit être rejeté
dans la mesure de sa recevabilité.

8.
Comme la valeur litigieuse, selon les prétentions du demandeur à l'ouverture
de l'action (ATF 115 II 30 consid. 5b p. 41), dépasse 30'000 fr., la
procédure n'est pas gratuite (art. 343 al. 2 et 3 CO). Les frais et dépens
seront mis à la charge de la défenderesse, qui succombe (art. 156 al. 1 et
159 al. 1 OJ).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

2.
Un émolument judiciaire de 2'000 fr. est mis à la charge de la défenderesse.

3.
La défenderesse versera au demandeur une indemnité de 2'500 fr. à titre de
dépens.

4.
Le présent arrêt est communiqué en copie aux mandataires des parties et à la
Cour d'appel de la juridiction des prud'hommes du canton de Genève.

Lausanne, le 8 février 2006

Au nom de la Ire Cour civile
du Tribunal fédéral suisse

Le président:  La greffière: