Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Zivilabteilung 4C.89/2005
Zurück zum Index I. Zivilabteilung 2005
Retour à l'indice I. Zivilabteilung 2005


4C.89/2005 /ech

Arrêt du 13 juillet 2005
Ire Cour civile

MM. et Mme les Juges Corboz, Président, Klett et Favre.
Greffier: M. Ramelet.

A. ________,
défendeur et recourant, représenté par Me Jacques Evéquoz,

contre

M.B.________,
demandeur et intimé, représenté par Me Yves Donzallaz.

contrat de commission, fixation des dommages-intérêts,

recours en réforme contre le jugement de la Cour civile II du Tribunal
cantonal valaisan du 24 janvier 2005.

Faits:

A.
A.a A.________, qui est expert-comptable, travaillait en 2001 au sein de la
fiduciaire Z.________. A la suite d'un accident de vélo, il était cependant
en arrêt maladie depuis mai 2001.

Dans le cadre de son activité, A.________ a fait la connaissance de
C.________, courtier en assurances, avec lequel il s'est alors lié d'amitié.
En 2001, A.________, que sa mère avait chargé de vendre un hôtel dont elle
était propriétaire en Valais, a fait paraître une annonce sur internet. C'est
ainsi que A.________ est entré en relation avec D.________, ressortissant
italien, qui s'est déclaré intéressé par l'acquisition de l'immeuble.
A.________ a notamment rencontré D.________ en Italie le 29 septembre 2001.

A l'occasion des pourparlers entamés à propos de la vente de l'hôtel,
D.________ a indiqué à A.________ qu'il cherchait à échanger des Deutschmark
(DM) contre des francs suisses pour un montant minimal de 300'000 fr.,
promettant à ce dernier une commission de 20 % à 50 % de la somme en cause.

Le 5 septembre 2001, A.________ a fait part à C.________ de cette
opportunité; les prénommés en ont reparlé par la suite à plusieurs reprises.

A.b C.________, à qui A.________ avait fait miroiter une commission, n'était
pas en mesure d'investir personnellement de l'argent pour l'échange de
devises. Recherchant un investisseur, C.________ a alors pris langue avec
l'entrepreneur M.B.________, qui avait exécuté pour lui des travaux de
gypserie-peinture le printemps précédent. C.________ a proposé à M.B.________
d'effectuer une opération de change avec des Italiens, avec à la clé une
commission de l'ordre de 5 % à 10 %; le premier a expliqué au second que
l'affaire serait menée par un comptable consciencieux de Sion en qui il avait
toute confiance.

Il a été retenu que A.________ a admis avoir téléphoné à une banque de
Domodossola (Italie) et à un bureau de change à Milan les 28 septembre 2001
et 4 octobre 2001.
Le 4 octobre 2001, M.B.________ a accepté d'investir avec son frère
P.B.________ un total de 150'000 fr. Après avoir téléphoné à D.________,
A.________ a informé C.________ que l'opération pourrait se faire sur cette
base le lendemain 5 octobre 2001 à Domodossola en fin de matinée.

A.c A 9 h. 15 le matin du 5 octobre 2001, M.B.________ a retiré 50'000 fr.
d'un compte ouvert auprès de la banque X.________. Peu avant ou peu après, il
a encore retiré 50'000 fr. du compte qu'il détient à la banque Y.________.
Pour sa part, P.B.________ a remis à son frère 50'000 fr. qu'il avait
prélevés sur deux comptes.

Le même matin, A.________ et C.________ se sont rendus à Domodossola dans la
voiture de celui-ci. A la gare de cette ville, C.________ a rencontré seul
les frères B.________ vers 11 h. 30, lesquels lui ont remis les 150'000 fr.
répartis dans deux enveloppes.

Au même moment, A.________ a appelé D.________, qui a donné rendez-vous à son
interlocuteur dans un hôtel situé à 30 minutes en voiture dans la direction
de Milan. A.________, suivi par la voiture de C.________, s'est rendu dans
cet établissement en taxi.

Sitôt arrivé à l'hôtel, C.________ a remis l'argent à A.________, lequel lui
a dit de se tenir à l'écart. A.________ a alors rejoint D.________, qui était
accompagné de deux inconnus, et lui a remis les deux enveloppes contenant
150'000 francs suisse, pendant que ce dernier remettait au premier une
mallette censée contenir l'équivalent de la somme en Deutschmark, plus la
commission convenue. A.________ est revenu quelques instants plus tard en
portant la mallette et a déclaré à C.________ qu'il s'était fait berner.
A.________ et C.________ ont constaté que la mallette était remplie de faux
billets, portant le même numéro de série et comportant l'inscription "fac
simile", hormis quelques billets authentiques de 1000 DM posés sur le dessus.

C. ________ a ensuite appelé M.B.________ pour lui dire, sans autre
explication, que la transaction avait échoué. A.________ a quant à lui
téléphoné à D.________, qui lui a fixé un nouveau rendez-vous dans une
station service en bordure de l'autoroute, auquel il n'est bien évidemment
pas venu.

A. ________ et C.________ n'ont plus jamais entendu parler de celui qui s'est
présenté sous l'identité de D.________; l'argent n'a pas été récupéré.

A.d M.B.________ ayant rappelé C.________ alors qu'il rentrait en Suisse, il
a été convenu d'un rendez-vous le soir même dans un bar de la ville
W.________. C.________ a persuadé A.________ de participer à l'entretien. Ces
derniers ont retrouvé vers 22 h. M.B.________ et P.B.________, qui n'avaient
jamais rencontré A.________ auparavant. C.________ a immédiatement expliqué
aux frères B.________ la mésaventure survenue quelques heures plus tôt.
A.________ aurait insinué par intimidation que l'argent perdu n'avait pas été
déclaré au fisc; prétendant avoir lui-même investi de l'argent, il aurait
promis de dédommager les frères B.________ grâce à la vente de l'hôtel de sa
mère, qui devait se négocier à Genève. A l'issue de la rencontre, A.________
aurait conservé la mallette, de laquelle C.________ a prélevé une liasse de
faux billets.

A.e Le 6 octobre 2001, C.________ est allé au domicile de A.________ pour
discuter de la façon de rembourser les frères B.________.

Peu de temps après, C.________ s'est rendu chez la fiduciaire Z.________ pour
parler de toute l'affaire avec le supérieur hiérarchique de A.________.
Informée des accusations proférées par C.________ contre son employé, la
fiduciaire en question, au mois de février 2002, a résilié son contrat de
travail avec effet au 30 juin 2002.

Il a été constaté que C.________ a remis une liasse de faux billets à la
police.

Saisi de plaintes pénales déposées contre A.________ par M.B.________ et son
épouse E.B.________, d'une part, et par Emil C.________ d'autre part, le juge
d'instruction compétent a décidé de ne pas y donner suite, aux motifs que
l'enquête pénale n'avait pas permis d'identifier les individus avec lesquels
A.________ avait eu des contacts en Italie et que ceux-ci n'avaient pas fait
montre d'astuce, élément constitutif de l'infraction d'escroquerie.

A.f La vente de l'hôtel de la mère de A.________ n'a pas eu lieu.

B.
B.aLe 4 mai 2002, C.________ a cédé à M.B.________ ses droits à l'endroit de
A.________. Les 28 et 29 octobre 2002, E.B.________ et P.B.________ ont à
leur tour cédé à M.B.________ leurs droits à l'encontre de A.________.

B.b Après avoir vainement tenté la conciliation, M.B.________ a ouvert action
le 10 décembre 2002 contre A.________ devant le Juge du district de Sion. Le
demandeur a réclamé au défendeur le paiement de 157'500 fr. plus intérêts à 5
% dès le 5 octobre 2001.

Le défendeur a conclu à libération

Par jugement du 24 janvier 2005, la Cour civile II du Tribunal cantonal
valaisan a condamné le défendeur à verser au demandeur la somme de 150'000
fr. avec intérêts à 5 % dès le 6 octobre 2001.

En substance, la cour cantonale a retenu que la demande ne pouvait avoir
qu'un fondement contractuel. Elle a considéré que le défendeur a seul négocié
et conclu l'échange de devises avec D.________ et qu'il était prévu qu'il
touche un pourcentage de la commission de change. Pour les juges cantonaux,
C.________ et le défendeur sont ainsi liés par un contrat de commission au
sens des art. 425 ss CO. A.________, de par son métier, devait être
sensibilisé aux risques d'arnaque, si bien que l'on pouvait attendre de lui
qu'il prenne des mesures élémentaires de précaution. Pour ne pas l'avoir
fait, il a violé son devoir de diligence (art. 398 al. 2 CO par renvoi de
l'art. 425 al. 2 CO).

D'après l'autorité cantonale, C.________ a lui-même conclu avec le demandeur
un contrat de commission analogue à celui qu'il a passé avec le défendeur, de
sorte que M.B.________ détient une créance en dommages-intérêts à l'encontre
du premier nommé. Et la Cour civile d'ajouter de manière sibylline que "la
dette de C.________ à l'égard du demandeur constitue un dommage dont le
défendeur doit répondre".

Le manquement reproché au défendeur à son devoir de diligence étant la cause
adéquate du préjudice invoqué, les conditions de sa responsabilité sont
réalisées, ce qui signifie qu'il doit être déclaré débiteur du demandeur,
cessionnaire des droits de C.________, de la somme perdue de 150'000 fr. Les
magistrats valaisans ont toutefois rejeté la prétention du demandeur en
paiement du gain manqué, par 7'500 fr., faute de relation de causalité
adéquate avec le comportement du défendeur.

A suivre la cour cantonale, bien que les conditions de l'échange de devises
proposé par les italiens eussent dû éveiller des soupçons dans l'esprit de
C.________ et bien que ce dernier eût pris un risque en incitant notamment le
demandeur à investir dans l'opération de change, aucune réduction du montant
des dommages-intérêts par le jeu de l'art. 44 al. 1 CO ne pouvait entrer en
ligne de compte.
Enfin, l'autorité cantonale a nié que le contrat de commission conclu entre
C.________ et le défendeur soit nul au sens de l'art. 20 CO parce que
l'argent investi n'aurait pas été déclaré fiscalement.

C.
Parallèlement à un recours de droit public qui a été rejeté dans la mesure de
sa recevabilité par arrêt de ce jour, A.________ exerce un recours en réforme
contre le jugement cantonal. Il conclut principalement au déboutement du
demandeur. Subsidiairement, il requiert que le jugement attaqué soit annulé,
la cause étant renvoyée à l'autorité cantonale pour nouvelle décision dans le
sens des considérants.

L'intimé propose le rejet du recours en tant qu'il est recevable.

Le Tribunal fédéral considère en droit:

1.
Interjeté par la partie qui a succombé dans ses conclusions libératoires et
dirigé contre un jugement final rendu en dernière instance cantonale par un
tribunal supérieur (art. 48 al. 1 OJ) sur une contestation civile dont la
valeur litigieuse atteint le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ), le recours en
réforme est en principe recevable, puisqu'il a été déposé en temps utile
(art. 54 al. 1 OJ) dans les formes requises (art. 55 OJ).
Le recours en réforme est ouvert pour violation du droit fédéral (art. 43 al.
1 OJ). Il ne permet en revanche pas d'invoquer la violation directe d'un
droit de rang constitutionnel (art. 43 al. 1 2e phrase OJ) ou la violation du
droit cantonal (ATF 127 III 248 consid. 2c et les arrêts cités).

Saisi d'un recours en réforme, le Tribunal fédéral doit conduire son
raisonnement juridique sur la base des faits contenus dans la décision
attaquée, à moins que des dispositions fédérales en matière de preuve n'aient
été violées, qu'il y ait lieu de rectifier des constatations reposant sur une
inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compléter les
constatations de l'autorité cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte
de faits pertinents, régulièrement allégués et clairement établis (art. 64
OJ; ATF 130 III 102 consid. 2.2, 136 consid. 1.4). Dans la mesure où une
partie recourante présente un état de fait qui s'écarte de celui contenu dans
la décision attaquée, sans se prévaloir avec précision de l'une des
exceptions qui viennent d'être rappelées, il n'est pas possible d'en tenir
compte (ATF 130 III 102 consid. 2.2, 136 consid. 1.4). Il ne peut être
présenté de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens
de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). Le recours n'est pas ouvert
pour se plaindre de l'appréciation des preuves et des constatations de fait
qui en découlent (ATF 130 III 102 consid. 2.2 in fine, 136 consid. 1.4; 129
III 618 consid. 3).
Le Tribunal fédéral ne saurait aller au-delà des conclusions des parties (qui
ne peuvent en prendre de nouvelles: art. 55 al. 1 let. b OJ), mais il n'est
pas lié par les motifs qu'elles invoquent (art. 63 al. 1 OJ), ni par
l'argumentation juridique retenue par la cour cantonale (art. 63 al. 3 OJ;
ATF 130 III 136 consid. 1.4; 128 III 22 consid. 2e/cc in fine).

2.
Il convient d'emblée de préciser que, sans invoquer aucune des exceptions
prévues par les art. 63 al. 2 et 64 OJ, le recourant croit pouvoir résumer
dans son acte de recours les faits de la cause à sa guise, sans tenir compte
des constatations définitives que la cour cantonale, comme on l'a vu (cf.
arrêt 4P.73/2005), a posées sans arbitraire. Il y est évidemment irrecevable.
Les moyens du recours seront donc examinés compte tenu de l'état de fait
constaté dans le jugement cantonal.

3.
3.1 A l'appui de son premier grief, le recourant fait valoir qu'aucune
provision, comprise comme la rémunération du commissionnaire, n'a jamais été
convenue entre le défendeur et C.________, pas plus, a fortiori, que la
quotité d'une telle rémunération. De plus, le recourant prétend qu'il n'a pas
reçu de C.________ une chose mobilière à vendre pour le compte de ce dernier.
Il en déduit que deux éléments constitutifs et essentiels propres au contrat
de commission font défaut en l'espèce, si bien que les juges cantonaux ont
violé le droit fédéral, et singulièrement l'art. 425 CO, en admettant qu'un
tel accord existait entre le défendeur et C.________. Pour les mêmes raisons,
les magistrats en cause auraient enfreint derechef le droit privé fédéral en
retenant que la responsabilité contractuelle du recourant trouvait son
fondement à l'art. 398 CO.

3.2
Il convient d'analyser chronologiquement les relations juridiques qu'ont
nouées le demandeur, C.________ et le défendeur en automne 2001.

3.2.1 Il résulte de l'état de fait déterminant qu'au mois de septembre 2001,
C.________ a proposé au demandeur d'effectuer une transaction consistant à
changer des francs suisses contre des Deutschmark, laquelle devait assurer à
celui-ci la perception d'une commission de l'ordre de 5 % à 10 % de la somme
investie. C.________ a expliqué à l'intimé que l'opération serait menée avec
des personnes de nationalité italienne, par l'entremise d'un comptable
consciencieux de la place de Sion. Il a été retenu que l'intimé n'avait alors
jamais rencontré le recourant dont il ignorait le nom. Le 4 octobre 2001, le
demandeur a accepté d'investir dans l'affaire avec son frère un montant total
de 150'000 fr.

C. ________ a averti l'intimé que l'opération serait réalisée le 5 octobre
2001 à Domodossola en fin de matinée. Ce dernier, accompagné de son frère,
s'est ainsi rendu le jour en question dans la gare de cette ville, où il a
remis à C.________ deux enveloppes contenant la somme de 150'000 fr. afin que
celui-ci les transmette au recourant, qui devait procéder à l'échange des
billets de banque avec un ressortissant italien.

On doit déduire du déroulement des faits que le demandeur a donné à
C.________, qui l'a accepté, le mandat de conclure un contrat par
représentation indirecte du mandant (cf. à ce propos ATF 115 II 468 consid.
2b; 99 II 393 consid. 6 p. 397; 86 II 33 let. b p. 37 ss; 81 II 227 consid.
3; arrêt 4C.125/2002 du 27 septembre 2002, consid. 2.1).

Le mandat de procéder à l'opération de change que l'intimé a conféré à
C.________ s'explique par le fait que le premier ne connaissait pas
l'identité du recourant et qu'il ne pouvait donc conclure directement
l'affaire avec lui.

Peu importe qu'il n'était pas prévu que l'intimé rémunère C.________ pour le
service rendu, dès lors que ce dernier n'agissait pas en qualité de
professionnel (art. 394 al. 3 CO; Pierre Tercier, Les contrats spéciaux, 3e
éd., n. 4772, p. 687).

Enfin, c'est un élément caractéristique du mandat que le mandant avance au
mandataire les moyens financiers nécessaires à l'exécution du contrat, comme
l'intimé l'a fait en remettant 150'000 fr. à C.________ à la gare de
Domodossola le matin du 5 octobre 2001 (cf. ATF 86 II 33 p. 38/39).

3.2.2 Il sied maintenant de déterminer la nature de la convention que le
demandeur a mandaté son représentant indirect C.________ de conclure au nom
de celui-ci, mais pour le compte du représenté (i.e. le demandeur). Pour ce
faire, il y a lieu d'étudier la prestation promise par le défendeur à
C.________.

3.2.2.1 Il n'apparaît pas que la cour cantonale a pu déterminer la volonté
commune et réelle de C.________ et du recourant. Dans un tel cas, il y a lieu
d'interpréter les déclarations et les comportements selon la théorie de la
confiance. Il convient de rechercher comment une déclaration ou une attitude
pouvait être comprise de bonne foi en fonction de l'ensemble des
circonstances (ATF 130 III 417 consid. 3.2; 129 III 118 consid. 2.5).

L'application du principe de la confiance est une question de droit que le
Tribunal fédéral, saisi d'un recours en réforme, peut examiner librement.
Pour trancher cette question de droit, il faut cependant se fonder sur le
contenu de la manifestation de volonté et sur les circonstances, lesquelles
relèvent du fait (ATF 130 III 417 ibidem).

3.2.2.2 En l'espèce, selon l'état de fait souverain, C.________, le jour
précité, a transmis les 150'000 francs suisses du demandeur au défendeur pour
que celui-ci, en son propre nom, les échange auprès du dénommé D.________
contre leur équivalent en Deutschmark, plus une commission de 20 % à 50 % de
la somme investie.

En fonction de ces données, la cour cantonale n'a aucunement violé le droit
fédéral en considérant que C.________ et le recourant ont manifesté de
manière concordante la volonté de conclure un contrat de commission au sens
de l'art. 425 al. 1 CO. En effet, dans un tel contrat, le commissionnaire, en
échange d'une rémunération (provision), rend un service au commettant
consistant à acheter, vendre, éventuellement échanger, certes en son propre
nom mais pour le compte du commettant, des choses mobilières ou des
papiers-valeurs (cf. arrêt 4C.152/2002 du 22 juillet 2002 consid. 2, in SJ
2003 I p. 360; Pierre Engel, Contrats de droit suisse, 2e éd., p. 557).

3.2.2.3 Les arguments que présente le recourant à l'encontre de cette
qualification n'ont aucune consistance.

Tout d'abord, le Tribunal fédéral a déjà jugé que les devises, dans les
opérations de change telles celles que C.________ et le défendeur
envisageaient, sont assimilées à des choses mobilières ou à des
papiers-valeurs, en sorte qu'elles peuvent parfaitement faire l'objet d'un
contrat de commission (arrêt 4C.152/2002 du 22 juillet 2002 consid. 2.1, in
SJ 2003 I p. 360; arrêt C.349/1985 du 16 janvier 1986 consid. 1, in SJ 1986
p. 383; Engel, op. cit., p. 558 in initio).

Le droit à une rémunération (provision) est certes un élément essentiel du
contrat de commission (Andreas von Planta, Commentaire romand, n. 1 ad art.
432 CO; Georg Gautschi, Commentaire bernois, n. 1a ad art. 432 CO; Heinrich
Honsell, Schweizerisches Obligationenrecht, Besonderer Teil, p. 358). Les
parties contractantes déterminent librement le montant de la commission (von
Planta, op. cit., n. 1 et 2 ad art. 432 CO). Dans le cas présent, le
défendeur avait annoncé à C.________ que l'opération de change avec
D.________ générerait une commission de 20 % à 50 % du montant en francs
suisses remis à ce dernier. Comme, de son côté, C.________ avait affirmé au
demandeur que le change de billets de banque lui permettrait de percevoir une
commission de 5 % à 10 %, il apparaît que le commissionnaire, à savoir le
recourant, devait toucher dans l'affaire une commission pouvant aller de 10 %
à 40 % de la somme échangée. Partant, C.________ et le défendeur étaient bien
convenus et du principe d'une rémunération pour le commissionnaire, et de la
manière de la calculer.

3.3 Il reste à voir si le défendeur a engagé sa responsabilité contractuelle
envers C.________.

3.3.1
3.3.1.1A teneur de l'art. 425 al. 2 CO, les dispositions du mandat sont
applicables au contrat de commission, à condition que les normes du Titre 15e
du CO n'y dérogent pas. Ainsi, le commissionnaire répond de la bonne et
fidèle exécution du mandat conformément à l'art. 398 al. 2 CO (Josef
Hofstetter, Le mandat et la gestion d'affaires, TDPS, vol. VII, tome II,1, p.
197; von Planta, op. cit., n. 6 ad art. 425 CO).

Le mandataire doit exécuter avec soin la mission qui lui est confiée et
sauvegarder fidèlement les intérêts légitimes de son cocontractant (art. 321a
al. 1 CO applicable par le renvoi de l'art. 398 al. 1 CO). Le degré de la
diligence requise dépend de critères objectifs: le mandataire est tenu d'agir
comme le ferait toute personne diligente dans la même situation (Franz Werro,
Commentaire romand, n. 14 ad art. 398 CO; Hofstetter, op. cit., p. 113). La
mesure de la diligence doit être déterminée selon les capacités, les
connaissances techniques et les aptitudes du mandataire que le mandant
connaît ou aurait dû connaître (ATF 127 III 357 consid. 1c).

En particulier, le commissionnaire doit choisir le tiers cocontractant avec
discernement (Engel, op. cit., p. 559).

Si le mandant ne peut obtenir l'exécution de l'obligation ou ne peut
l'obtenir qu'imparfaitement, le mandataire est tenu de réparer le dommage en
résultant, à moins qu'il ne prouve qu'aucune faute ne lui est imputable (art.
97 al. 1 CO). L'art. 428 al. 2 CO précise que si le commissionnaire est en
faute, il doit réparer tout le dommage causé par l'inobservation du contrat.

3.3.1.2 En l'occurrence, le défendeur a accepté de vendre des francs suisses
contre des Deutschmark à un ressortissant italien alors qu'il ne connaissait
ni sa formation, ni l'activité professionnelle qu'il exerçait, et encore
moins la surface financière dont il disposait. Pour toute coordonnée, le
dénommé D.________ ne lui a fourni qu'un numéro de natel analogue au natel
suisse "easy", ce qui est significatif de l'opacité dans laquelle ce
personnage cherchait à se mouvoir. Cette manière d'agir dans le secret, pour
le moins surprenante, aurait déjà dû alerter le recourant.

A cela s'ajoute que le recourant a consenti à se rendre en Italie pour
effectuer la transaction, sans être informé du lieu précis du rendez-vous,
qui ne lui a été communiqué qu'à son arrivée à Domodossola. Dans ce contexte,
il est incompréhensible qu'il ait décidé de rencontrer seul D.________, sans
se faire accompagner par quiconque. Au contraire, lorsqu'il est parvenu en
taxi à l'hôtel sis en bordure de la route menant à Milan, il a demandé à
C.________, qui l'avait suivi en voiture, de se tenir à l'écart, se mettant
de la sorte à la merci de D.________, lequel était, lui, escorté de deux
comparses.

Enfin, le gain élevé promis par D.________ (20 % à 50 % de la somme investie)
devait rendre le défendeur, qui travaillait alors pour une grande fiduciaire,
particulièrement attentif à la manière dont l'opération allait être menée.

Il suit de là qu'il est patent que le recourant n'a pas rempli avec soin la
mission qui lui était confiée.

3.3.1.3 Le défendeur n'a pas établi que cette violation de son devoir de
diligence soit intervenue sans faute de sa part. De toute manière, le
déroulement des faits susrappelé démontre avec éclat que la violation
contractuelle lui est imputable.

3.3.1.4 La cour cantonale a retenu que si le défendeur avait contrôlé
l'authenticité des billets de banque allemands, il aurait refusé d'opérer
l'échange. Il s'agit d'une constatation relative à la causalité naturelle,
qui ne peut être revue en instance de réforme (ATF 128 II 22 consid. 2d).

Selon le cours ordinaire des choses et l'expérience générale de la vie, le
manque de précaution pris par le défendeur dans le cadre de l'affaire était
propre à provoquer un résultat du genre de celui qui s'est produit (sur la
notion de causalité adéquate, ATF 129 II 312 consid. 3.3).
3.3.1.5 Il n'est plus contesté que le dommage correspond au montant remis par
le demandeur à C.________ le 5 octobre 2001 à la gare de Domodossola, soit
150'000 fr.

3.3.1.6 Les quatre conditions cumulatives de la responsabilité contractuelle
du défendeur à l'endroit de C.________ sont manifestement réalisées.

Le demandeur, qui est cessionnaire des droits dont son représentant indirect
C.________ est titulaire contre le défendeur, peut ainsi invoquer la
réparation du dommage causé par ce dernier dans le cadre de l'exécution du
contrat de commission (cf. art. 32 al. 3 CO; ATF 126 III 59 consid. 1b).

Le premier moyen du recourant doit être rejeté dans la mesure de sa
recevabilité.

4.
4.1 Dans son second grief, le recourant se plaint d'une violation de l'art. 44
CO. Il expose que les conditions de l'échange de devises proposé par les
Italiens devaient éveiller des soupçons dans l'esprit de C.________, actif
dans les assurances. Le défendeur fait valoir que le prénommé a accepté, sans
prendre les moindres précautions, de prendre part à l'échange de billets de
banque, dont les conditions plus que farfelues lui étaient connues. A suivre
le recourant, C.________ a consenti à la lésion, si bien que la cour
cantonale n'aurait pu dû octroyer de dommages-intérêts ou alors accorder une
indemnité réduite.

4.2 A teneur de l'art. 43 al. 1 CO, applicable par analogie en matière de
responsabilité contractuelle (art. 99 al. 3 CO), le juge détermine le mode
ainsi que l'étendue de la réparation d'après les circonstances et la gravité
de la faute. Selon l'art. 44 al. 1 CO, le juge peut réduire les
dommages-intérêts, ou même n'en point allouer, lorsque la partie lésée a
consenti à la lésion ou lorsque des faits dont elle est responsable ont
contribué à créer le dommage, à l'augmenter ou qu'ils ont aggravé la
situation du débiteur. Cette disposition, qui institue un principe juridique
général du droit de la responsabilité civile (ATF 130 III 182 consid. 5.5.1),
laisse au juge un large pouvoir d'appréciation (ATF 130 III 182 consid.
5.5.2; 127 III 453 consid. 8c p. 459).

Il incombe au responsable qui se prévaut de motifs de réduction de les
établir (art. 8 CC; Werro, op. cit., n. 2 ad art. 44 CO).

L'acceptation du risque (Handeln auf eigene Gefahr) - laquelle, selon
certains précédents et auteurs, est assimilée au consentement du lésé (cf.
ATF 117 II 547 consid. 3b; Werro, op. cit., n. 9 ad art. 44 CO; Engel, Traité
des obligations en droit suisse, 2e éd. p. 490), alors que, d'après un autre
courant de jurisprudence et de doctrine, elle constitue une sorte
particulière de faute concomitante (cf. ATF 91 II 218 consid. 2b p. 223;
Roland Brehm, Commentaire bernois, n. 14/15 ad art. 44 CO; Karl Oftinger/Emil
Stark, Schweizerisches Haftpflichtrecht, Allgemeiner Teil, vol. 1, § 7 ch. 30
p. 392; Anton K. Schnyder, Commentaire bâlois, n. 4 à 6 ad art. 44 CO) - peut
constituer un facteur de réduction de l'indemnité. Il faut que le lésé ait pu
avoir la possibilité de prévoir le risque et d'agir pour y parer et qu'il ait
décidé néanmoins de le prendre sur lui (Oftinger/Stark, op. cit., § 5 ch. 148
p. 232; Ingeborg Schwenzer, Schweizerisches Obligationenrecht, Allgemeiner
Teil, 3e éd., ch. 16.11, p. 90). Le risque qui s'est matérialisé doit encore
faire partie des risques inhérents à l'activité à laquelle s'est livré le
lésé (Werro, op. cit., n. 9 ad art. 44 CO).

4.3 In casu, l'autorité cantonale, au considérant 12 du jugement déféré, a
paru d'abord aboutir à la conclusion qu'il pouvait être reproché à C.________
d'avoir participé à une activité dangereuse. Elle a ainsi retenu que ce
dernier aurait dû être méfiant, compte tenu du montant élevé de la commission
offerte pour une opération qui aurait pu être menée dans n'importe quel
établissement financier, de l'importance de l'investissement requis en francs
suisses et de la circonstance que la transaction devait intervenir en Italie
avec des ressortissants de ce pays. Le Tribunal fédéral adhère sans réserve à
ces observations.

La Cour civile a néanmoins nié l'acceptation du risque, étant donné que le
défendeur avait assuré C.________ du succès de l'opération, de sorte que
celui-ci pouvait se fier à son ami d'alors, lequel, de par son travail, avait
une certaine expérience des affaires financières. De plus, a poursuivi la
cour cantonale, C.________, qui n'est pas intervenu dans la transaction,
n'avait pas la possibilité de prendre des mesures pour s'assurer du bon
déroulement de l'affaire.

Ces arguments tombent à faux.

On ne voit pas en quoi la circonstance que le recourant a donné des
assurances à C.________ au sujet de la réussite de l'opération du 5 octobre
2001 joue un rôle dans le cas présent. Il n'a pas été établi que le
défendeur, qui est expert-comptable, soit familier d'importants échanges de
billets de banque organisés à l'étranger sur les bords de route. Le recourant
n'a d'ailleurs jamais dit à C.________ qu'il avait auparavant participé à de
telles transactions. Et ce dernier n'est pas un novice en affaires, dès lors
qu'il exerce la profession de courtier en assurances. C'est bien plutôt
l'espoir de toucher une part de l'importante commission promise par
D.________ qui a très vraisemblablement poussé C.________ a accepté l'échange
de billets de banque en question.

Enfin, en dépit des affirmations contraires de l'autorité cantonale,
C.________ était parfaitement à même de parer au risque de l'opération. Ce
dernier pouvait refuser qu'elle soit réalisée dans un hôtel qu'à l'instar du
défendeur il ne connaissait pas, qui plus est situé au bord d'une route
principale permettant aux protagonistes de quitter très rapidement les lieux.
En outre, il avait la possibilité d'exiger que des témoins neutres soient
présents lors de l'échange d'argent.

Au vu de ce qui précède, le fait que C.________ ait sciemment accepté un
risque prévisible justifie une réduction de l'indemnité allouée, par 150'000
fr., au demandeur en instance cantonale, en sa qualité de cessionnaire des
droits du premier.

Tout bien pesé, si l'on s'inspire de la pratique du Tribunal fédéral à propos
de la prise en considération d'une faute concomitante moyenne (cf.
Oftinger/Stark, op. cit., § 7 ch. 32), une diminution d'un tiers des
dommages-intérêts dus par le défendeur est conforme au droit fédéral.

La critique fondée sur la violation de l'art. 44 CO est ainsi partiellement
admise.

5.
En définitive, le recours est partiellement admis et le jugement attaqué est
annulé. Il est prononcé que le défendeur paiera au demandeur 100'000 fr. avec
intérêts à 5 % dès le 6 octobre 2001, le dies a quo arrêté par la cour
cantonale n'ayant fait l'objet d'aucune critique (art. 55 al. 1 let. b et c
OJ). Il appartiendra à la cour cantonale de rendre une nouvelle décision sur
les frais et dépens de l'instance cantonale.

Le recourant n'obtient qu'une réduction d'un tiers du montant qu'il a été
condamné à verser à son adverse partie en instance cantonale. Dans ces
conditions, l'émolument judiciaire de 5'500 fr. sera mis pour deux tiers à la
charge du recourant et pour un tiers à la charge de l'intimé, lequel aura
encore droit au versement d'une indemnité de dépens réduite selon cette
proportion (art. 156 al. 3 et 159 al. 3 OJ).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est partiellement admis et le jugement attaqué est annulé.

2.
Il est prononcé que le défendeur paiera au demandeur 100'000 fr. avec
intérêts à 5 % l'an dès le 6 octobre 2001.

3.
La cause est renvoyée à la cour cantonale pour nouvelle décision sur les
frais et dépens de la procédure cantonale.

4.
Un émolument judiciaire de 5'500 fr. est mis pour deux tiers à la charge du
défendeur et pour un tiers à la charge du demandeur.

5.
Le défendeur versera au demandeur une indemnité de dépens réduite de 2'200
fr.

6.
Le présent arrêt est communiqué en copie aux mandataires des parties et à la
Cour civile II du Tribunal cantonal valaisan.

Lausanne, le 13 juillet 2005

Au nom de la Ire Cour civile
du Tribunal fédéral suisse

Le président:  Le greffier: