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Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 4A.115/2010
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
4A_115/2010

Arrêt du 14 mai 2010
Ire Cour de droit civil

Composition
MM. et Mme les Juges Corboz, Juge présidant, Rottenberg Liatowitsch et Kolly.
Greffier: M. Ramelet.

Participants à la procédure
X.________, représenté par Me Damien Chervaz,
recourant,

contre

Y.________ GmbH, représentée par Me Nathalie Bornoz et Me Patrick Malek-Ashgar,
intimée.

Objet
contrat de travail; licenciement immédiat,

recours contre l'arrêt de la Cour d'appel de la juridiction des prud'hommes du
canton de Genève du 21 janvier 2010.

Faits:

A.
A.a En août 1986, X.________, né le 6 octobre 1952, a été engagé par la
compagnie aérienne V.________ en qualité de convoyeur/chauffeur poids lourds à
l'aéroport de Genève-Cointrin, tout d'abord comme auxiliaire, puis dès le 1er
décembre 1986 avec le statut d'employé fixe.

Y.________), dont le siège est à ... et qui possède une succursale à ..., a
pour but social notamment la production de repas, boissons et prestations de
services dans le domaine de la gastronomie aérienne. La compagnie V.________
ayant transféré à Y.________ ses activités de « catering », celle-ci a repris
le 16 septembre 1992 le contrat de travail de X.________, avec les avantages
liés à son ancienneté.

X.________ avait essentiellement pour tâches de convoyer dans la zone
aéroportuaire, et notamment sur le tarmac, un camion chargé de marchandises
vers ou à partir des avions; accessoirement, il travaillait comme préparateur,
effectuant le chargement ou le déchargement des camions, mais pouvait également
être affecté à d'autres activités. Le dernier salaire mensuel brut du prénommé
s'est élevé à 5'795 fr.35 pour 42 heures de travail par semaine.

Le 1er janvier 2005 est entré en vigueur un nouveau règlement d'entreprise
applicable au personnel de Y.________. Selon l'art. 2 de ce règlement, la
consommation de boissons alcoolisées est strictement interdite avant le début
du travail et pendant les heures de travail, le taux d'alcoolémie autorisé sur
le tarmac étant de 0o/oo.

Le 23 octobre 2006, X.________ a signé une note interne, par laquelle il
confirmait avoir pris connaissance et accepter l'Ordre de service n° 18 de
l'Aéroport International de Genève (AIG) relatif à l'admission des véhicules et
des conducteurs, ainsi qu'aux règles de circulation dans l'enceinte de
l'aéroport; cet ordre de service prévoit notamment que tous les conducteurs
doivent présenter un taux d'alcoolémie de 0o/oo.
A.b Il a été retenu que jusqu'au 29 décembre 2007, X.________ a donné toute
satisfaction à son employeur.

Le jour en question, il a été demandé au travailleur, en plus de ses tâches de
préparateur, de remplacer momentanément le chef de sortie, qui est la personne
ayant pour fonction de contrôler tous les mouvements sur le tarmac et de
centraliser les départs et les arrivées des véhicules. Une erreur a alors été
commise dans le chargement du « catering » sur un vol de la compagnie
W.________ à destination de Moscou et retour; un document de contrôle n'a pas
été rempli correctement, en sorte que l'avion a décollé sans emporter de
trolleys de vente ni de caisses à bar. X.________ a expliqué qu'en ayant dû
suppléer le chef de sortie, il avait délégué ses fonctions de préparateur à des
collègues, auxquels il avait fait confiance.

Il a été constaté que le cumul des tâches de chef de sortie et de préparateur «
pose problème ».

Le 30 décembre 2007, un avertissement a été prononcé à l'encontre de X.________
en raison des événements de la veille.
A.c En janvier 2008 se sont déroulées des négociations entre un syndicat et
Y.________ à propos du renouvellement d'une convention collective de travail.

Le 23 janvier 2008, à la suite du refus d'une proposition de l'assemblée
générale du personnel par la direction de Y.________, le syndicat a annoncé que
les employés se mettaient immédiatement en grève. Celle-ci a toutefois été
interrompue le jour même, car Y.________ avait saisi l'autorité compétente
d'une requête en conciliation.

X.________ a participé activement à la grève précitée, faisant partie des
derniers employés à cesser le mouvement le soir du 23 janvier à 20 heures.
A.d Le 25 janvier 2008, la Police de sécurité internationale (PSI) a organisé
un contrôle d'alcoolémie sur le tarmac de l'aéroport. Vers 16 h. 45, X.________
a été contrôlé positif avec un taux de 0.47 à 0.50o/oo. La PSI lui a notifié
aussitôt une interdiction immédiate de circuler sur le tarmac. C'était la
première fois que le travailleur subissait un test d'alcoolémie positif.

X.________ a été appelé peu après par la direction de Y.________, laquelle l'a
licencié oralement avec effet immédiat pour faute grave. Des collègues du
prénommé ont déclaré que son licenciement était à mettre en relation avec sa
participation à la grève deux jours auparavant, même si aucun autre gréviste
n'a été licencié.

X.________ a été en incapacité de travail pour cause de maladie du 28 janvier
au 2 mars 2008. Invoquant la fin des rapports de travail intervenue le 25
janvier 2008, Y.________ lui a refusé tout versement d'indemnités perte de
gain.
Par courrier du 31 janvier 2008, Y.________ a confirmé au salarié son
licenciement immédiat avec effet au 25 janvier 2008, motivé par le contrôle
positif qu'il avait subi ce jour-là.

Par décision du 26 février 2008, non contestée, l'AIG a constaté la caducité de
l'autorisation de conduire sur le tarmac délivrée à Y.________, compte tenu du
congé immédiat survenu le 25 janvier 2008.

B.
B.a Par demande du 19 mai 2008 déposée devant la juridiction prud'homale
genevoise, X.________ a ouvert action contre Y.________, lui réclamant 34'772
fr.10 à titre de salaire pendant les quatre mois du délai de congé
conventionnel, échéance repoussée au 31 juillet 2008 du fait de l'incapacité de
travail, 3'471 fr.90 pour 13 jours de vacances non prises, et 34'772 fr.10 à
titre d'indemnité de six mois de salaire pour congé immédiat injustifié,
respectivement abusif.

La défenderesse a conclu à sa libération.

La Caisse de chômage A.________ est intervenue dans la procédure, se déclarant
subrogée dans les droits du demandeur à concurrence de 12'863 fr.05 en capital.

L'instruction a établi qu'un autre convoyeur de Y.________, contrôlé en mars
2009 avec un taux d'alcoolémie de 0.6 à 0.7 o/oo, a été licencié de manière
ordinaire et qu'il a pu, après une interdiction de conduire de 24 heures,
exercer ses fonctions de convoyeur durant le délai de congé d'un mois.

Par jugement du 1er avril 2009, la juridiction des prud'hommes du canton de
Genève a débouté le demandeur de toutes ses conclusions, faisant subir le même
sort aux conclusions de l'intervenante.
B.b Le demandeur a appelé de ce jugement. Il a repris ses conclusions de
première instance, en concluant en plus à l'octroi d'un intérêt moratoire de 5%
l'an dès le 25 janvier 2008. Après l'expiration du délai d'appel, il a encore
amplifié ses conclusions, requérant le versement de 36'564 fr.60 à titre de
salaire durant le délai de congé, 3'650 fr.85 à titre d'indemnités de vacances
non prises et 36'564 fr.60 pour indemniser le congé abrupt non justifié.

L'intervenante n'a pas pris de conclusions en appel.

Par arrêt du 21 janvier 2010, la Cour d'appel de la juridiction des prud'hommes
de Genève a rejeté l'appel et confirmé le jugement attaqué. La cour cantonale a
considéré préalablement que le demandeur n'était pas autorisé à augmenter ses
conclusions après le dépôt de l'acte d'appel. Passant à l'examen du fond, elle
a retenu que le travailleur, qui a conduit son véhicule sur le tarmac avec un
taux d'alcoolémie de 0.47 à 0.50o/oo, a contrevenu à une règle de sécurité
essentielle sur laquelle son attention avait été spécifiquement attirée. Comme
cette faute avait été commise par un convoyeur d'âge mûr et expérimenté, qui
devait donner l'exemple à ses collègues plus jeunes, elle devait être qualifiée
de grave et propre à détruire à elle seule le lien de confiance. Un renvoi
immédiat était ainsi justifié, même en l'absence d'un avertissement préalable
signifié pour une faute similaire. La Cour d'appel a encore souligné que le
demandeur ne pouvait tirer argument de manquements dus à l'alcool commis par
d'autres convoyeurs de la défenderesse, étant donné les circonstances
différentes dans lesquelles ils ont eu lieu. Enfin, l'autorité cantonale a jugé
qu'aucun élément du dossier ne permettait de retenir l'hypothèse d'un congé de
représailles abusif.

C.
X.________ exerce un recours en matière civile au Tribunal fédéral contre
l'arrêt précité. Il requiert que cette décision soit annulée et que la
défenderesse soit condamnée à lui verser le montant brut de 36'546 fr.60 à
titre de salaire afférent au délai de congé, plus intérêts à 5% l'an dès le 25
janvier 2008, ainsi que la somme de 3'650 fr.85 à titre d'indemnités de
vacances correspondant aux 13 jours de vacances dus pendant le délai de congé,
avec les mêmes intérêts.

L'intimée propose le rejet du recours dans la mesure de sa recevabilité.
Considérant en droit:

1.
1.1 Interjeté par le demandeur qui a entièrement succombé dans ses conclusions
en paiement et qui a ainsi la qualité pour recourir (art. 76 al. 1 LTF), dirigé
contre un arrêt final (art. 90 LTF) rendu en matière civile (art. 72 al. 1 LTF)
par une autorité cantonale de dernière instance (art. 75 LTF) dans une affaire
pécuniaire de droit du travail dont la valeur litigieuse atteint le seuil de
15'000 fr. de l'art. 74 al. 1 let. a LTF, le recours est par principe
recevable, puisqu'il a été déposé dans le délai (art. 100 al. 1 LTF) et la
forme (art. 42 LTF) prévus par la loi.

1.2 Le recours en matière civile peut être interjeté pour violation du droit
fédéral (art. 95 let. a LTF), y compris le droit constitutionnel (ATF 135 III
670 consid. 1.4 p. 674; 134 III 379 consid. 1.2 p. 382). Le Tribunal fédéral
applique le droit d'office (art. 106 al. 1 LTF). Il n'est pas limité par les
arguments soulevés dans le recours ni par la motivation retenue par l'autorité
précédente; il peut donc admettre un recours pour d'autres motifs que ceux qui
ont été articulés, ou à l'inverse, rejeter un recours en adoptant une
argumentation différente de celle de l'autorité précédente (ATF 135 III 397
consid. 1.4 et l'arrêt cité). Compte tenu de l'exigence de motivation contenue
à l'art. 42 al. 1 et 2 LTF, sous peine d'irrecevabilité (art. 108 al. 1 let. b
LTF), le Tribunal fédéral n'examine en principe que les griefs invoqués; il
n'est pas tenu de traiter, comme le ferait une autorité de première instance,
toutes les questions juridiques qui se posent, lorsque celles-ci ne sont plus
discutées devant lui (ATF 135 III 397 consid. 1.4). Par exception à la règle
selon laquelle il applique le droit d'office, il ne peut entrer en matière sur
la violation d'un droit constitutionnel ou sur une question relevant du droit
cantonal ou intercantonal que si le grief a été invoqué et motivé de manière
précise par la partie recourante (art. 106 al. 2 LTF; ATF 135 III 397 consid.
1.4 in fine).

Le Tribunal fédéral conduit son raisonnement juridique sur la base des faits
établis par l'autorité précédente (art. 105 al. 1 LTF). Il ne peut s'en écarter
que si les constatations factuelles de l'autorité cantonale ont été établies de
façon manifestement inexacte - notion qui correspond à celle d'arbitraire telle
que l'entend l'art. 9 Cst. (ATF 135 III 127 consid. 1.5 p. 130, 397 consid.
1.5) - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF).
La partie recourante qui entend s'écarter des constatations de l'autorité
précédente doit expliquer de manière circonstanciée en quoi les conditions
d'une exception prévue par l'art. 105 al. 2 LTF seraient réalisées, faute de
quoi il n'est pas possible de tenir compte d'un état de fait qui diverge de
celui contenu dans la décision attaquée (ATF 133 IV 286 consid. 1.4 et 6.2). Le
recourant ne peut de toute manière demander une correction de l'état de fait
que si celle-ci est susceptible d'influer sur le sort de la cause (art. 97 al.
1 LTF). Aucun fait nouveau ni preuve nouvelle ne peut être présenté à moins de
résulter de la décision de l'autorité précédente (art. 99 al. 1 LTF).

1.3 Le Tribunal fédéral ne peut aller au-delà des conclusions des parties (art.
107 al. 1 LTF).

Et, en vertu de l'art 99 al. 2 LTF, toute conclusion nouvelle est irrecevable.
Cette norme vise en particulier l'augmentation des conclusions (arrêt 5A_556/
2008 du 29 mai 2009 consid. 1.4, non publié à l'ATF 135 III 424). Les
conclusions dont l'autorité précédente n'a pas été valablement saisie sont
également irrecevables en instance fédérale (YVES DONZALLAZ, Loi sur le
Tribunal fédéral, Berne 2008, ch. 4069, p. 1479, qui se réfère à l'arrêt 4A_240
/2007 du 20 septembre 2007, consid. 5).

Il résulte de l'arrêt déféré que les conclusions augmentées prises par le
demandeur après l'expiration du délai d'appel, qui se montaient à 36'564 fr.60
(salaire pendant le délai de congé) et 3'650 fr.85 (indemnités de vacances),
ont été déclarées irrecevables en raison de la tardiveté de leurs formulations.
Ipso facto, elles sont également irrecevables devant le Tribunal fédéral.

En instance cantonale, le demandeur avait requis paiement de 34'772 fr.10 à
titre de salaire jusqu'au terme ordinaire du contrat, 3'471 fr.90 pour des
jours de vacances non pris en nature et 34'772 fr.10 à titre d'indemnité pour
licenciement abrupt injustifié

Le recourant n'a pas maintenu en instance fédérale la conclusion tendant au
paiement d'une indemnité pour congé immédiat injustifié prévue par l'art. 337c
al. 3 CO. Acte lui en soit donné.

Il suit de là que les conclusions formulées par le recourant devant la
juridiction fédérale se révèlent irrecevables en tant qu'elles excèdent les
deux sommes de 34'772 fr.10 et de 3'471 fr.90.

2.
Le recourant reproche à la cour cantonale d'avoir enfreint les art. 4 CC et 337
al. 3 in initio CO. Il fait valoir que cette juridiction n'a retenu dans son
raisonnement juridique que les faits qui étaient en sa défaveur, sans procéder
à une appréciation de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il rappelle que
son âge avancé et son expérience ont été pris en compte à sa charge, alors que
le fait qu'il a travaillé durant 23 ans pour la compagnie V.________ puis pour
l'intimée, cela à l'entière satisfaction desdits employeurs, n'est absolument
pas considéré à son crédit. Le demandeur en déduit que les magistrats genevois
ont rendu une décision qui enfreint l'art. 337 al. 3 CO et qui au surplus n'est
pas conforme à l'équité.

2.1 Il est constant que les parties se sont liées par un contrat de travail et
que celui-ci était conclu pour une durée indéterminée. Ledit contrat était donc
susceptible d'une résiliation ordinaire avec observation d'un délai de congé,
selon l'art. 335c CO, ou d'une résiliation immédiate pour de justes motifs,
selon les art. 337 et 337a CO.

Il faut donc vérifier si le fait pour le travailleur d'avoir conduit un
véhicule de livraison sur le tarmac de l'AIG le 25 janvier 2008 avec un taux
d'alcoolémie de 0.47 à 0.50o/oo constituait un juste motif pour mettre fin
abruptement à son contrat de travail, compte tenu qu'un avertissement lui avait
été donné 26 jours plus tôt pour des faits différents.

2.2 Selon l'art. 337 al. 1 1ère phrase CO, l'employeur et le travailleur
peuvent résilier immédiatement le contrat de travail en tout temps pour de
justes motifs. Doivent notamment être considérées comme tels toutes les
circonstances qui, selon les règles de la bonne foi, ne permettent pas d'exiger
de celui qui a donné le congé la continuation des rapports de travail (cf. art.
337 al. 2 CO).

Mesure exceptionnelle, la résiliation immédiate pour justes motifs doit être
admise de manière restrictive. D'après la jurisprudence, les faits invoqués à
l'appui d'un renvoi immédiat doivent avoir entraîné la perte du rapport de
confiance qui constitue le fondement du contrat de travail. Seul un manquement
particulièrement grave du travailleur justifie son licenciement immédiat; si le
manquement est moins grave, il ne peut entraîner une résiliation immédiate que
s'il a été répété malgré un avertissement (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 31,
213 consid. 3.1 p. 221; 129 III 380 consid. 2.1). Par manquement du
travailleur, on entend la violation d'une obligation découlant du contrat de
travail, comme l'obligation de loyauté ou de discrétion ou celle d'offrir sa
prestation de travail.

Le juge apprécie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 in
initio CO). Il applique les règles du droit et de l'équité (art. 4 CC). A cet
effet, il prendra en considération tous les éléments du cas particulier,
notamment la position et les responsabilités du travailleur, le type et la
durée des rapports contractuels, ainsi que la nature et l'importance des
manquements (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 32; 127 III 351 consid. 4a p. 354).
Le Tribunal fédéral ne revoit qu'avec réserve la décision d'équité prise en
dernière instance cantonale. Il intervient lorsque celle-ci s'écarte sans
raison des règles établies par la doctrine et la jurisprudence en matière de
libre appréciation, ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas
particulier, ne devaient jouer aucun rôle, ou, à l'inverse, lorsqu'elle n'a pas
tenu compte d'éléments qui auraient absolument dû être pris en considération;
il sanctionnera en outre les décisions rendues en vertu d'un pouvoir
d'appréciation lorsqu'elles aboutissent à un résultat manifestement injuste ou
à une iniquité choquante (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 32, 213 consid. 3.1 p.
220; 129 III 380 consid. 2 p. 382).

2.3 Il est incontesté que le recourant, s'il n'a pas commis d'infraction pénale
à l'occasion de son travail en conduisant le 25 janvier 2008 à l'AIG un
véhicule de livraison avec une alcoolémie comprise entre 0.47 et 0.50o/oo, a
violé le règlement d'entreprise de l'intimée ainsi que l'Ordre de service n° 18
de l'AIG, qui prescrivent que le taux d'alcoolémie autorisé sur le tarmac est
de 0o/oo

Il n'en demeure pas moins que dès l'instant où l'art. 337 al. 1 et 2 CO
constitue une disposition absolument impérative au sens de l'art. 361 CO, ni le
règlement d'entreprise précité, ni l'Ordre de service en cause, pris isolément
ou dans leur ensemble, ne sauraient permettre à eux seuls de prononcer à
l'encontre d'un travailleur un congé sans délai. Il faut en toutes hypothèses
que les conditions posées par l'art. 337 CO soient réalisées.

La doctrine moderne considère, de manière générale, que l'ivresse du salarié
sur son lieu de travail ne saurait justifier son licenciement immédiat s'il
n'avait pas été dûment averti auparavant que la répétition d'un tel manquement
serait dorénavant considérée comme un juste motif de congé abrupt (MANFRED
REHBINDER, Commentaire bernois, n° 8 ad art. 337 CO; TERCIER/FAVRE, Les
contrats spéciaux, 4e éd., 2009, ch. 3756 p. 561; PIERRE ENGEL, Contrats de
droit suisse, 2e éd., 2000, p. 378; BRUNNER/BÜHLER/WAEBER/BRUCHEZ, Commentaire
du contrat de travail, 3e éd., n° 8 ad art. 337 CO p. 276). En revanche, si le
salarié a causé un dommage à l'employeur alors qu'il accomplissait son travail
sous l'influence de l'alcool, par exemple s'il a détruit le véhicule
d'entreprise qu'il pilotait, il a commis une faute grave, de sorte que son
licenciement immédiat est alors autorisé sans avertissement préalable (ADRIAN
STAEHELIN, Commentaire zurichois, n° 21 ad art. 337 CO, p. 624; TERCIER/FAVRE,
op. cit., ch. 3759 p. 561).

Dans un arrêt 4C.112/2002 du 8 octobre 2002 consid 5, publié in JAR 2003 p. 329
s., le Tribunal fédéral a admis, dans le cas du directeur d'un centre
informatique, que la consommation de drogues dures (i.e. héroïne) à la place de
travail ne justifiait pas un congédiement immédiat sans qu'un avertissement ait
été donné au salarié, aux motifs qu'elle n'avait pas influencé négativement les
prestations de travail de l'intéressé ni le climat de travail et que ce dernier
n'avait pas de fonctions représentatives à l'égard des tiers.

Dans le cas présent, il n'a pas été retenu que le demandeur, lorsqu'il a été
contrôlé positif le 25 janvier 2008 avec un taux d'alcoolémie de 0.47 à 0.50o/
oo, avait en raison de son état mal accompli ses prestations de travail ou
dérangé de quelconque manière ses collègues de l'AIG. Il a été contrôlé de
manière totalement inopinée par la PSI, sans avoir attiré l'attention sur lui
par un comportement particulier. Certes, il avait reçu un avertissement le 30
décembre 2007, mais pour des faits n'ayant rien à voir avec la consommation
d'alcool. Avant le 25 janvier 2008, le recourant n'avait d'ailleurs jamais subi
un test d'alcoolémie positif et rien ne permet de penser qu'il aurait récidivé
s'il n'avait pas été licencié avec effet immédiat.

La cour cantonale a affirmé que le demandeur, homme d'âge mûr, devait donner
l'exemple à ses collègues plus jeunes. Elle a toutefois omis de retenir que ce
dernier n'exerçait pas une fonction à responsabilités, n'avait personne sous
ses ordres et percevait un salaire moyen, de sorte que l'on ne saurait
l'assimiler à un cadre dont le comportement doit être apprécié avec une rigueur
accrue (cf. à ce propos ATF 104 II 28; Staehelin, op. cit., n° 8 ad art. 321a
CO). L'argument en cause des magistrats genevois en perd toute sa pertinence.

La Chambre d'appel a en outre totalement minimisé le fait que le recourant
avait travaillé une très longue période (plus de 21 ans) sans subir le moindre
reproche de la compagnie V.________ ou de l'intimée, qui avait repris les
activités de « catering » de la première en septembre 1992. Il s'agissait
pourtant d'un élément très important à prendre en compte dans l'appréciation
des circonstances de l'espèce.

On ne sait si pendant le délai de congé, en l'occurrence de quatre mois, le
demandeur aurait été autorisé à nouveau à conduire sur le tarmac de l'aéroport.
Peu importe. En effet, il pouvait être affecté durant ce laps de temps
uniquement à des tâches de préparateur ayant la mission de charger et décharger
les camions circulant à l'aéroport, activité qu'il avait au demeurant toujours
exercée en parallèle à ses fonctions de convoyeur/chauffeur poids lourds.

ll suit de là que la faute commise par le demandeur le 25 janvier 2008, soit se
présenter sur le lieu de travail avec un taux d'alcool compris entre 0.47 à
0.50o/oo, doit être qualifiée de gravité moyenne. Partant, ce manquement ne
permettait pas, à considérer les données de l'espèce où le recourant avait été
averti antérieurement sur la base de faits qui n'avaient aucun rapport avec le
comportement incriminé, de le congédier abruptement:

Pour avoir retenu le contraire, la cour cantonale a enfreint l'art. 337 CO en
abusant de son pouvoir d'appréciation.

Le grief doit être admis.

3.
3.1 Le travailleur licencié de manière injustifiée a droit à ce qu'il aurait
gagné, si les rapports de travail avaient pris fin à l'échéance du délai de
congé ou à la cessation du contrat conclu pour une durée déterminée (art. 337c
al. 1 CO). La prétention du travailleur fondée sur cette disposition est une
créance en dommages-intérêts qui comprend principalement le salaire; cette
créance peut recouvrir aussi le droit aux vacances, alors remplacé par des
prestations en argent, à moins que le travailleur ait suffisamment de temps à
disposition pour prendre ses jours de vacances, ce qui est le cas s'il dispose
pour ce faire de plus de deux à trois mois (ATF 128 III 271 consid. 4a/bb p.
282; 117 II 270 consid. 3b; REHBINDER, op. cit., n° 3 ad art. 337c CO).

3.2 In casu, il n'a pas été contesté que le demandeur, après 20 ans de service,
bénéficiait d'un délai de congé de quatre mois. Après avoir été congédié
abruptement le 25 janvier 2008, il a été incapable de travailler du 28 janvier
au 2 mars 2008, soit pendant 35 jours, période qui a suspendu le délai de congé
en application de l'art. 336c al. 2 CO, de sorte que ce dernier est venu à
échéance le 29 juin 2008, terme reporté au 30 juin 2008 (cf. art. 336c al. 3
CO).

Il s'ensuit que le recourant a droit au paiement de son salaire pour la période
du 26 janvier au 31 janvier 2008 (6 jours), ainsi que pour les mois de février
à juin 2008 (5 mois). A considérer le salaire mensuel brut du travailleur, à
savoir 5'795 fr.35, divisé par 21,7 (nombre de jours de travail par mois, cf.
arrêt 4C.189/1992 du 24 novembre 1992 consid. 3b, in SJ 1993 p. 354), six jours
de travail représentent un montant de 1'602 fr.40 ((5'795,35 : 21,7) x 6). En
ajoutant cette somme au montant correspondant à 5 mois de salaire, c'est-à-dire
28'976 fr.75 (5'795,35 x 5), on obtient un total de 30'579 fr.15.

En revanche, le recourant n'a pas droit à une indemnité de vacances, car
celles-ci pouvaient être prises pendant le délai de congé de quatre mois.

En définitive, il sied d'allouer au recourant la somme brute de 30'579 fr.15,
laquelle portera intérêts à 5% l'an dès le 15 avril 2008, échéance moyenne.

4.
En résumé, le recours doit être admis, l'arrêt attaqué annulé et il sera
prononcé que l'intimée versera au recourant le montant de 30'579 fr.15, sous
déduction des cotisations d'assurances sociales, plus intérêts à 5% l'an dès le
15 avril 2008.

Le dispositif notifié le 17 mai 2010, qui allouait au recourant en capital par
inadvertance 30'759 fr.15 au lieu de 30'579 fr. 15, doit être corrigé dans
cette mesure.

Le demandeur, qui requérait devant le Tribunal fédéral le versement en tout de
40'197 fr.45, se voit ainsi allouer un peu plus du 75% de ses conclusions. Dans
ces conditions, il se justifie de répartir l'émolument judiciaire de 2'000 fr.
à raison des trois quarts à la charge de l'intimée et du quart restant à la
charge du recourant et de compenser les dépens selon cette clé de répartition.
Enfin, la cause sera renvoyée à l'autorité cantonale pour qu'elle statue à
nouveau sur les frais de l'instance cantonale (art. 67 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est admis et l'arrêt attaqué est annulé.

2.
L'intimée versera au recourant la somme de 30'579 fr.15, sous déduction des
cotisations d'assurances sociales, plus intérêts à 5% l'an dès le 15 avril
2008.

3.
Les frais judiciaires, arrêtés à 2'000 fr., sont mis à raison de 1'500 fr. à la
charge de l'intimée et de 500 fr. à la charge du recourant.

4.
L'intimée versera au recourant une indemnité de 1'250 fr. à titre de dépens
réduits.

5.
La cause est retournée à la cour cantonale pour nouvelle décision sur les frais
de l'instance cantonale.

6.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Cour d'appel de la
juridiction des prud'hommes du canton de Genève.

Lausanne, le 14 mai 2010

Au nom de la Ire Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
Le Juge présidant: Le Greffier:

Corboz Ramelet