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Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 4A.377/2010
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
4A_377/2010

Arrêt du 11 octobre 2010
Ire Cour de droit civil

Composition
Mme et MM. les Juges Klett, présidente, Corboz et Kolly.
Greffière: Mme Cornaz.

Participants à la procédure
X.________,
recourant,

contre

Fiduciaire Y.________ SA, représentée par Me Jean-Jacques Martin,
intimée.

Objet
contrat de travail; licenciement avec effet immédiat,

recours contre l'arrêt de la Cour d'appel de la juridiction des prud'hommes du
canton de Genève du 31 mai 2010.

Faits:

A.
D'octobre 2002 à décembre 2004, X.________, expert-comptable diplômé, a
travaillé au service de A.________ SA, en qualité de directeur de sa filiale
suisse. Depuis avril 2003, il est associé gérant de B.________ Sàrl, dont le
but social est l'"exploitation d'une fiduciaire, conseils". Le 22 juin 2005, il
a signalé son intérêt pour le poste d'expert-comptable diplômé ouvert auprès de
Fiduciaire Y.________ SA. Le 30 août 2005, Fiduciaire Y.________ SA et
B.________ Sàrl ont conclu un "contrat de prestation de services" pour la
période du 1er septembre au 31 décembre 2005. B.________ Sàrl s'est engagée à
apporter à sa cocontractante toute l'assistance que l'"on peut raisonnablement
attendre d'un directeur technique au sein d'une société fiduciaire"; les
prestations prévues devaient être exclusivement réalisées par X.________, qui
avait la charge de consacrer à l'exécution de sa mission un temps comparable à
celui de tout collaborateur à plein temps chez Fiduciaire Y.________ SA. Le 14
mars 2006, Fiduciaire Y.________ SA a informé B.________ Sàrl qu'elle acceptait
sa domiciliation en ses bureaux.

Par contrat du 17 février 2006, Fiduciaire Y.________ SA a engagé X.________ en
qualité de directeur général dès le 1er mars 2006, pour un salaire annuel brut
de 260'000 francs. L'art. 13 du contrat prévoyait que le délai de résiliation
était fixé à six mois pour la fin d'un mois (al. 1) et que "dans le cas d'une
résiliation décidée par Fiduciaire Y.________ SA, une indemnité sera allouée à
Monsieur X.________. Le montant de celle-ci correspondra à 13 (treize) fois la
dernière rémunération mensuelle connue" (al. 2). Aux termes de l'art. 14, les
parties ont convenu "que la présentation à Fiduciaire Y.________ SA de tout
nouveau client qui aura été en relations d'affaires avec Monsieur X.________
avant le 1er mars 2006 entraînera le versement à Monsieur X.________ d'une
commission. Le montant de cette commission sera égal à 80 % des honoraires hors
TVA facturés au client présenté par Fiduciaire Y.________ SA pour le premier
exercice complet dont aura eu à s'occuper Fiduciaire Y.________ SA. La
commission sera due dès que le client aura payé à Fiduciaire Y.________ SA les
honoraires servant de base de calcul à ladite commission. La commission sera
ajoutée à la rémunération brute de Monsieur X.________. Monsieur X.________
aura cependant la possibilité, de cas en cas, de se substituer toute entité de
son choix pour facturer à Fiduciaire Y.________ SA le montant de la
commission".

Le 8 janvier 2007, C.________, nouvel administrateur délégué et associé de
Fiduciaire Y.________ SA depuis le 1er janvier 2007, a reçu X.________ pour un
entretien afin de faire un point de la situation, notamment en ce qui
concernait les activités de l'employé, l'organisation interne de la société et
les méthodes de travail appliquées aux collaborateurs. Par courriels des 10, 11
et 15 janvier 2007, C.________ a demandé à X.________ de lui fournir des
explications quant à ses activités au sein de Fiduciaire Y.________ SA et de
B.________ Sàrl, de faire un point de la situation en ce qui concernait trois
dossiers et de lui procurer la liste des dossiers "critiques" ainsi qu'une note
expliquant en détail le mode de fonctionnement de B.________ Sàrl et
l'historique des clients "qui étaient avant le mois de mars 2006 c/o la société
B.________ et que l'on retrouvait à ce jour ou prochainement c/o la société
Y.________", enfin de lui adresser son décompte de commissions liées à
B.________ Sàrl, avec tous les justificatifs y relatif. X.________ a fourni les
informations requises par courriels des 11 et 15 février 2007.

Par lettre du 16 janvier 2007, A.________ SA a informé Fiduciaire Y.________ SA
de ce que : "C'est non sans surprise que nous avons appris par l'un de nos
clients que, sous la plume, notamment, de son nouveau directeur général,
Monsieur X.________, votre fiduciaire s'est permise d'envoyer ses meilleurs v?
ux pour la nouvelle année à nos clients. Ce comportement est assurément
déloyal, en particulier de la part de Monsieur X.________, qui n'a pu avoir
l'adresse de nos clients que parce qu'il a été employé de A.________ SA, et
qui, comme vous le savez peut-être, est lié à cette dernière par une clause de
prohibition de faire concurrence. Nous vous prions dès lors de bien vouloir
rappeler Monsieur X.________ à ses devoirs tant contractuels que
déontologiques. Nous osons espérer que cet envoi de v?ux à nos clients ne cache
pas d'autres manoeuvres de Monsieur X.________ qui auraient pour but de tenter
de les débaucher".

Le 22 janvier 2007, Fiduciaire Y.________ SA a licencié X.________ avec effet
immédiat, exposant que "Les informations que vous avez vous-même données à
Monsieur C.________ (cf. e-mail du 11 janvier 2007) et celles qui ont été
réunies par Mme D.________, secrétaire générale de la Fiduciaire ont convaincu
le Conseil d'administration du fait que, depuis votre engagement comme
directeur général de la société le 1er mars 2006, vous avez eu une activité
substantielle, parallèle, pendant les heures de travail, pour le compte d'une
société fiduciaire concurrente, B.________ Sàrl, dont vous êtes, par ailleurs,
le gérant avec signature collective individuelle. Nous avons recensé 36
dossiers que vous avez traités pour le compte de B.________, pendant l'année
2006, dont seuls cinq ont été transférés à la Fiduciaire Y.________ SA, depuis
le 1er mars 2006. Vous n'ignorez pas, qu'en votre qualité de directeur général
de la société, vous avez une obligation de fidélité accrue et vous devez tout
votre temps et votre énergie à développer l'entreprise dont vous avez la
direction. Les informations dont le Conseil d'administration a pris
connaissance aujourd'hui seulement, sont de nature à briser le rapport de
confiance qui nous lie et sans lequel une collaboration et une direction
efficace ne peuvent avoir lieu. La violation grave et répétée de votre
obligation de fidélité depuis le 1er mars 2006 justifie une résiliation
immédiate de votre contrat de travail pour justes motifs. La lettre du 16
janvier 2007 que la société A.________ SA, votre précédent employeur, nous a
fait parvenir, a confirmé le Conseil dans sa décision puisqu'il apparaît que
vous utilisez votre position de directeur général de notre société pour
démarcher, sans nous en informer, des clients actuels de A.________ SA alors
que vous seriez lié par une clause de non-concurrence de votre ancien
employeur, exposant la Fiduciaire Y.________ SA qui ignorait ce fait, à des
réclamations de la part de ce concurrent et une atteinte importante à son
image. Nous vous notifions donc votre congé avec effet immédiat".

B.
Par demande du 7 mai 2007, X.________ a ouvert action contre Fiduciaire
Y.________ SA, concluant en dernier lieu au paiement de 167'464 fr. 50 bruts à
titre de salaire du 23 janvier au 30 septembre 2007, 13'466 fr. 50 bruts à
titre de treizième salaire pour la même période, 8'243 fr. 00 nets à titre de
prime d'assurance-maladie pour la période de janvier à septembre 2007, 9'600
fr. nets à titre d'indemnité forfaitaire pour les mois de février à septembre
2007, 284'482 fr. 90 nets à titre d'indemnité de résiliation au sens de l'art.
13 du contrat, 20'955 fr. 45 bruts à titre d'indemnité de vacances pour les
mois de janvier à septembre 2007, 131'300 fr. nets à titre d'indemnité pour
licenciement immédiat injustifié et 7'000 fr. nets à titre de remboursement de
la somme payée pour l'achat du véhicule de fonction; il a également conclu à ce
que celle-ci lui délivre un certificat de travail et soit condamnée à faire
publier à ses frais, dans la presse spécialisée, un communiqué relatif à
l'absence de justification de son licenciement et, sur messagerie interne,
l'intégralité de la décision de la Juridiction des prud'hommes. Fiduciaire
Y.________ SA a conclu à ce qu'il lui soit donné acte de ce qu'elle s'engageait
à remettre à X.________ un certificat de travail et au déboutement de celui-ci
de toutes ses autres conclusions; en cours d'instance, elle a déclaré invalider
le contrat du 17 février 2006 pour dol, subsidiairement erreur de base, et a
déposé de ce chef une demande portant en définitive sur 1'427'111 fr. 60
correspondant au dommage lié aux erreurs de l'employé.

Par jugement du 12 décembre 2008, le Tribunal des prud'hommes du canton de
Genève a condamné Fiduciaire Y.________ SA à payer à X.________ les sommes de
200'763 fr. 40 bruts - à savoir 167'464 fr. 50 à titre de salaire pour la
période du 23 janvier au 30 septembre 2007, 13'955 fr. 40 à titre de treizième
salaire pour la même période et 19'343 fr. 50 à titre d'indemnité de vacances -
(ch. 3) ainsi que 270'943 fr. nets - à savoir 8'243 fr. à titre de solde de
prime d'assurance maladie, 262'600 fr. à titre d'indemnité de résiliation au
sens de l'art. 13 du contrat et 100 fr. à titre d'indemnité pour licenciement
immédiat injustifié - (ch. 4), condamné l'employeuse à remettre à l'employé un
certificat de travail (ch. 5), invité la partie qui en avait la charge à opérer
les déductions sociales, légales et usuelles (ch. 6) et débouté les parties de
toute autre conclusion (ch. 7).

Fiduciaire Y.________ SA a appelé de cette décision, concluant à son
annulation, sur demande principale au déboutement de X.________ de toutes ses
conclusions et, sur demande reconventionnelle, à la condamnation de celui-ci à
lui payer la somme de 1'427'111 fr. 60. X.________ a conclu au déboutement de
son adverse partie et, sur appel incident, à ce que celle-ci soit condamnée à
lui payer les sommes de 202'375 fr. 35 bruts - à savoir 167'464 fr. 50 à titre
de salaire pour la période du 23 janvier au 30 septembre 2007, 13'955 fr. 40 à
titre de treizième salaire pour la même période et 20'955 fr. 45 à titre
d'indemnité de vacances - et 423'725 fr. 90 nets - à savoir 8'243 fr. à titre
de solde de prime d'assurance maladie, 284'482 fr. 90 à titre d'indemnité de
résiliation au sens de l'art. 13 du contrat et 131'000 fr. à titre d'indemnité
pour licenciement immédiat injustifié.

Par arrêt du 31 mai 2010, la Cour d'appel de la juridiction des prud'hommes du
canton de Genève a annulé les chiffres 3, 4 et 6 du jugement du 12 décembre
2008 et l'a confirmé pour le surplus. Contrairement aux premiers juges, elle a
considéré que le licenciement immédiat n'était pas tardif et que les deux
griefs formulés dans la lettre de licenciement du 22 janvier 2007 constituaient
des manquements particulièrement graves aux obligations contractuelles de
l'employé, manquements propres à détruire définitivement la confiance
qu'impliquaient les relations de travail avec un directeur général ou à les
ébranler de telle façon que leur poursuite ne pouvait plus en être
raisonnablement exigée de l'employeuse; elle a ajouté que même dans le cas
contraire, les faits que l'employé faisait l'objet d'une suspension du Tableau
de l'Ordre des experts-comptables français et qu'il avait été condamné pour
fraude fiscale, falsification de documents comptables et abus de biens sociaux
étaient certainement de nature à conduire l'employeuse, si elle avait connu ces
éléments avant le 22 janvier 2007, à considérer que le rapport de confiance
était rompu et à résilier le contrat de travail avec effet immédiat compte tenu
notamment de la situation hiérarchique de l'employé dans l'entreprise et du
type d'activité soumise à conditions et surveillance qu'elle exerçait; le congé
avec effet immédiat étant justifié, l'employé n'avait pas droit à une
quelconque rémunération ou indemnité au-delà du 22 janvier 2007, en particulier
à l'indemnité de résiliation prévue à l'art. 13 du contrat, celui-ci ayant été
résilié avec effet immédiat pour de justes motifs.

C.
X.________ (le recourant) forme un recours en matière civile au Tribunal
fédéral; il conclut au fond à l'annulation de l'arrêt du 31 mai 2010 et à la
condamnation de l'employeuse à lui payer les sommes - déjà articulées en appel
- de 202'375 fr. 35 bruts et 423'725 fr. 90 nets; il sollicite accessoirement
la condamnation de son adverse partie à lui payer la somme de 262'000 fr. nets
au titre de l'indemnité prévue à l'art. 13 du contrat; il conclut
subsidiairement au renvoi de la cause à la cour cantonale pour nouvelle
décision dans le sens des considérants. Fiduciaire Y.________ SA (l'intimée)
propose le rejet du recours.

Considérant en droit:

1.
Interjeté par le recourant qui a succombé dans ses conclusions condamnatoires
(art. 76 al. 1 LTF) et dirigé contre une décision finale (art. 90 LTF) rendue
en matière civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorité cantonale de dernière
instance (art. 75 al. 1 LTF) dans une affaire dont la valeur litigieuse dépasse
le seuil de 15'000 fr. applicable en matière de droit du travail (art. 74 al. 1
let. a LTF), le recours en matière civile présentement soumis à l'examen du
Tribunal fédéral est en principe recevable, puisqu'il a été déposé dans le
délai (art. 100 al. 1 LTF) et la forme (art. 42 LTF) prévus par la loi.

2.
Le recours en matière civile peut être formé pour violation du droit fédéral
(art. 95 let. a LTF), y compris les droits constitutionnels (ATF 135 III 670
consid. 1.4; 134 III 379 consid. 1.2 p. 382). Saisi d'un tel recours, le
Tribunal fédéral statue sur la base des faits établis par l'autorité précédente
(art.105 al. 1 LTF), dont il ne peut s'écarter que s'ils l'ont été de façon
manifestement inexacte - notion qui correspond à celle d'arbitraire au sens de
l'art. 9 Cst. (ATF 135 III 127 consid. 1.5 p. 130, 397 consid. 1.5) - ou en
violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF), et pour
autant que la correction du vice soit susceptible d'influer sur le sort de la
cause (art. 97 al. 1 LTF). Le recourant qui entend faire rectifier ou compléter
un fait doit expliquer de manière circonstanciée en quoi les conditions pour le
faire seraient réalisées (cf. ATF 133 IV 286 consid. 6.2).

3.
Se plaignant en vrac d'arbitraire dans l'appréciation des preuves et
l'établissement des faits (art. 9 Cst.), de violation du droit fédéral (art.
337 CO) et de violation du fardeau de la preuve (art. 8 CC), le recourant
reproche à la cour cantonale d'avoir admis l'existence de justes motifs de
licenciement immédiat.

3.1 Selon la jurisprudence, une décision est arbitraire, au sens de l'art. 9
Cst., lorsqu'elle est manifestement insoutenable, méconnaît gravement une norme
ou un principe juridique clair et indiscuté, ou heurte de manière choquante le
sentiment de la justice et de l'équité; il ne suffit pas qu'une autre solution
paraisse concevable, voire préférable; pour que cette décision soit annulée,
encore faut-il qu'elle se révèle arbitraire, non seulement dans ses motifs,
mais aussi dans son résultat, ce qu'il appartient au recourant de démontrer
(cf. art. 106 al. 2 LTF; ATF 135 V 2 consid. 1.3 p. 4 s.; 134 I 263 consid. 3.1
p. 265 s.).

En matière d'appréciation des preuves et d'établissement des faits, il n'y a
arbitraire que si le juge n'a manifestement pas compris le sens et la portée
d'un moyen de preuve, si, sur la base des éléments recueillis, il a fait des
déductions insoutenables, ou encore s'il a omis, sans raison sérieuse, de tenir
compte d'un moyen important propre à modifier la décision attaquée (cf. ATF 134
V 53 consid. 4.3; 129 I 8 consid. 2.1).

3.2 Selon l'art. 337 al. 1 1ère phrase CO, l'employeur et le travailleur
peuvent résilier immédiatement le contrat en tout temps pour de justes motifs.
Doivent notamment être considérées comme tels toutes les circonstances qui,
selon les règles de la bonne foi, ne permettent pas d'exiger de celui qui a
donné le congé la continuation des rapports de travail (cf. art. 337 al. 2 CO).

Mesure exceptionnelle, la résiliation immédiate pour justes motifs doit être
admise de manière restrictive. D'après la jurisprudence, les faits invoqués à
l'appui d'un renvoi immédiat doivent avoir entraîné la perte du rapport de
confiance qui constitue le fondement du contrat de travail. Seul un manquement
particulièrement grave du travailleur justifie son licenciement immédiat; si le
manquement est moins grave, il ne peut entraîner une résiliation immédiate que
s'il a été répété malgré un avertissement. Par manquement du travailleur, on
entend en règle générale la violation d'une obligation découlant du contrat de
travail, mais d'autres incidents peuvent aussi justifier une résiliation
immédiate. Une infraction pénale commise au détriment de l'employeur constitue,
en principe, un motif justifiant le licenciement immédiat du travailleur. Le
comportement des cadres doit être apprécié avec une rigueur accrue en raison du
crédit particulier et de la responsabilité que leur confère leur fonction dans
l'entreprise (ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 31).

Le juge apprécie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 CO). Il
applique les règles du droit et de l'équité (art. 4 CC). A cet effet, il
prendra en considération tous les éléments du cas particulier, notamment la
position et la responsabilité du travailleur, le type et la durée des rapports
contractuels, ainsi que la nature et l'importance des manquements. Le Tribunal
fédéral revoit avec réserve la décision d'équité prise en dernière instance
cantonale. Il intervient lorsque celle-ci s'écarte sans raison des règles
établies par la doctrine et la jurisprudence en matière de libre appréciation,
ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas particulier, ne devaient
jouer aucun rôle, ou à l'inverse, lorsqu'elle n'a pas tenu compte d'éléments
qui auraient absolument dû être pris en considération; il sanctionnera en outre
les décisions rendues en vertu d'un pouvoir d'appréciation lorsqu'elles
aboutissent à un résultat manifestement injuste ou à une iniquité choquante
(ATF 130 III 28 consid. 4.1 p. 32, 213 consid. 3.1 p. 220)

3.3 En l'occurrence, la cour cantonale a considéré que le recourant admettait
qu'à teneur de son contrat de travail, il était tenu d'apporter les clients
avec lesquels il était déjà en relation pour B.________ Sàrl; peu avant le
licenciement avec effet immédiat, l'intimée avait découvert que son
collaborateur avait conservé, en parallèle avec sa charge de directeur général
de celle-ci, les trois quarts de sa clientèle de B.________ Sàrl qu'il traitait
en parallèle avec son activité de directeur général à son service; ainsi, à la
fin 2006, seuls cinq dossiers sur dix-neuf avaient été transférés à l'intimée,
soit seulement environ un quart de ce que le recourant s'était lui-même engagé
à transférer, étant précisé que les dossiers transférés ne représentaient
qu'une partie du total des honoraires facturés par B.________ Sàrl; il
ressortait également de la procédure que l'essentiel des dossiers conservés par
cette dernière société n'était pas traité exclusivement le week-end mais
l'était pendant le temps de travail au service de l'intimée, comme
l'attestaient tant le relevé des téléphones en absence du recourant concernant
la clientèle de B.________ Sàrl que le planning de réservation de salles et le
contenu de l'armoire de son bureau.

Sur un autre plan, l'intimée avait appris le 17 ou le 18 janvier 2007 que le
recourant était lié par une clause de prohibition de faire concurrence à
A.________ SA et qu'il démarchait par l'envoi de cartes de v?ux les clients de
cette dernière; pour apprécier la situation dans laquelle se trouvait l'intimée
par rapport aux agissements du recourant, il y avait lieu de tenir compte de la
fonction dirigeante que celui-ci occupait à la tête de l'intimée et des
exigences fixées par les art. 10 et 11 du Règlement d'admission des membres à
la Chambre fiduciaire suisse des experts comptables qui doivent "être dignes de
confiance, jouir d'une bonne réputation et exercer la profession de manière
irréprochable", exigences reprises par l'art. 5 de la loi fédérale sur
l'agrément et la surveillance des réviseurs.

Les juges cantonaux sont parvenus à la conclusion que compte tenu de cette
situation, les deux griefs formulés par l'intimée dans la lettre de
licenciement du 22 janvier 2007 constituaient des manquements particulièrement
graves aux obligations contractuelles du recourant, propres à détruire
définitivement la confiance qu'impliquaient les relations de travail avec un
directeur général ou à les ébranler de telle façon que leur poursuite ne
pouvait plus en être raisonnablement exigée de l'intimée.

3.4 Devant le Tribunal fédéral, le recourant se limite en bref, dans une
argumentation à caractère appellatoire reposant d'ailleurs en partie sur des
faits qui ne ressortent pas de la décision attaquée, à réaffirmer sa position
et à tenter de l'opposer à celle de la cour cantonale, à laquelle il reproche
d'avoir "arbitrairement fait siennes les conclusions de son adverse partie". A
supposer recevable, son procédé est vain.

En effet, il a été constaté en fait que seul un quart des dossiers avait été
transféré à l'intimée, et le recourant se prévaut dans ce contexte vainement de
l'art. 14 du contrat, dont la lecture permet de se rendre compte qu'il a trait
au principe et aux modalités de la rémunération de l'employé en relation avec
l'apport de clientèle, mais n'a pas pour vocation d'autoriser celui-ci à en
conserver les trois quarts pour lui, voire comme il le soutient à l'obliger à
terminer le travail sur les exercices en cours de traitement; les juges
cantonaux n'ont ainsi pas commis arbitraire en retenant en fait que le
recourant avait une activité parallèle à celle de directeur général de
l'intimée. Au demeurant, indépendamment de la question de savoir si et dans
quelle mesure le recourant pouvait garder ses propres clients, il a en outre et
surtout été constaté qu'il s'occupait des dossiers concernés pendant le temps
de travail qu'il devait normalement consacrer à l'intimée; la cour cantonale
s'est fondée à cet égard sur différents éléments sur lesquels le recourant ne
revient pas spécifiquement, se bornant à affirmer sans autre démonstration
qu'il aurait effectué ce travail "en dehors des heures de bureau".

Par ailleurs, la critique du recourant selon laquelle les juges cantonaux
auraient arbitrairement considéré l'expédition d'une carte de v?ux - qu'il
indique avoir envoyée à son destinataire en sa qualité de galeriste et non de
client - comme une violation d'une clause de prohibition de concurrence n'est
pas davantage pertinente; le recourant se focalise en effet indûment sur le
seul envoi, en tant que tel, de la carte litigieuse, alors que cet épisode doit
être considéré dans un contexte plus global, en ce sens que ledit envoi,
respectivement la dénonciation qui en a été faite par la précédente employeuse
du recourant, a également été l'occasion pour l'intimée de découvrir que son
collaborateur lui avait caché l'existence d'une clause de prohibition de
concurrence, respectivement du litige qui concernait sa validité.

L'on ne voit donc pas que la cour cantonale ait commis arbitraire en retenant,
à l'issue de l'appréciation des preuves et de l'établissement des faits, que
les griefs invoqués dans la lettre de licenciement étaient avérés; dès lors, le
recourant se réfère vainement à l'art. 8 CC, puisque cette disposition ne dit
pas comment le juge doit forger sa conviction, ni de quelle manière il doit
apprécier les preuves (cf. ATF 128 III 22 consid. 2d p. 25). Pour le surplus,
il n'apparaît pas que, compte tenu de l'ensemble des circonstances du cas
particulier, singulièrement de la position dirigeante que le recourant occupait
dans l'entreprise, la cour cantonale ait violé le droit fédéral en considérant
que les griefs en question - qui se cumulaient - permettaient de retenir
l'existence de justes motifs de résiliation immédiate du contrat de travail,
étant rappelé que le Tribunal fédéral ne revoit qu'avec réserve la décision
d'équité prise en dernière instance cantonale (cf. supra consid. 3.2 in fine).

3.5 Dans la mesure où les motifs susmentionnés suffisent à justifier le
licenciement immédiat, il n'est pas nécessaire de se pencher sur la question de
savoir si d'autres griefs auraient le cas échéant permis de justifier a
posteriori le licenciement immédiat.

4.
Succinctement, le recourant reproche enfin à la cour cantonale d'avoir "violé
le droit" en ne tenant pas compte de l'art. 13 du contrat; il soutient que dès
le moment où la rupture du contrat de travail résultait d'une décision prise
par l'employeuse pour quelque motif que ce soit, l'indemnité concernée serait
due. L'argument confine à la témérité. En effet, la disposition invoquée fixe à
son premier alinéa la durée du délai de résiliation et prévoit à son deuxième
alinéa l'allocation d'une indemnité dans le cas d'une résiliation décidée par
l'employeuse; le seul texte de l'article en question n'est pas déterminant et
sa structure, à savoir la mise en parallèle de ses deux alinéas, démontre déjà
bien que le versement d'une indemnité n'était envisagé que dans l'hypothèse
d'un licenciement ordinaire pour l'échéance du préavis, à l'exclusion d'un
licenciement immédiat pour justes motifs; au demeurant, ladite disposition ne
saurait de bonne foi être comprise comme donnant à l'employé congédié par sa
faute droit à une indemnité (cf. principe de la confiance; ATF 136 III 186
consid. 3.2.1 p. 188; 135 III 295 consid. 5.2 p. 302). Le grief doit ainsi être
écarté et le recours rejeté dans la mesure de sa recevabilité.

5.
Comme la valeur litigieuse, calculée selon les prétentions à l'ouverture de
l'action (ATF 115 II 30 consid. 5b p. 41), dépasse le seuil de 30'000 fr., le
montant de l'émolument judiciaire est fixé selon le tarif ordinaire (art. 65
al. 3 let. b LTF) et non réduit (art. 65 al. 4 let. c LTF). Compte tenu de
l'issue du litige, les frais judiciaires et dépens de l'intimée sont mis à la
charge du recourant, qui succombe (art. 66 al. 1 ainsi qu'art. 68 al. 1 et 2
LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 7'000 fr., sont mis à la charge du recourant.

3.
Une indemnité de 8'000 fr., à payer à l'intimée à titre de dépens, est mise à
la charge du recourant.

4.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Cour d'appel de la
juridiction des prud'hommes du canton de Genève.

Lausanne, le 11 octobre 2010

Au nom de la Ire Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
La Présidente: La Greffière:

Klett Cornaz