Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
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Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 4A.467/2010
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
4A_467/2010

Arrêt du 5 janvier 2011
Ire Cour de droit civil

Composition
Mmes et MM. les Juges Klett, Présidente, Corboz, Rottenberg Liatowitsch, Kolly
et Kiss.
Greffière: Mme Crittin

Participants à la procédure
X.________, représenté par Me Daniel Tunik,
recourant,

contre

1. A.________ SA,
2. B.________ SA,
3. C.________ SA,
toutes les trois représentées par Me Gilles Crettol,
4. D.________, représenté par Me Michel Bergmann,
intimés.

Objet
responsabilité de l'administrateur,

recours contre l'arrêt de la Cour de justice du canton de Genève, Chambre
civile, du 25 juin 2010.

Faits:

A.
A.________ SA, B.________ SA et C.________ SA (ci-après: les sociétés
immobilières) sont des sociétés anonymes ayant leur siège à Genève et
appartenant économiquement à Z.________; elles sont propriétaires de plusieurs
immeubles à Lausanne et à Genève.

X.________, expert-comptable de formation domicilié à Genève, a été membre du
conseil d'administration de la première société immobilière citée de 1971 à
1997 et des autres de 1974 à 1997.

Dès 1978, les sociétés immobilières ont confié la gérance de leurs immeubles à
la régie H.W.________ SA.

Le 22 février 1990, T.________, qui avait racheté la régie H.W.________ SA peu
auparavant, en est devenu l'administrateur délégué. X.________ a été
administrateur de la régie H.W.________ SA de mars à septembre 1992, puis
président de son conseil d'administration de fin septembre 1992 à décembre
1997; dès septembre 1992, il est également devenu président du conseil
d'administration des régies I.W.________ SA et régie J.W.________ SA. Ces trois
régies (I.W.________ SA, régie J.W.________ SA et H.W.________ SA)
constituaient un groupe intégré (ci-après: le groupe W.________) qui était géré
par T.________.

Dès le début de leur gestion par T.________, soit dès 1992, les trois régies
formant le groupe W.________ ont éprouvé des difficultés financières dues
notamment à un manque de liquidités. En 1993 déjà, l'organe de révision, dans
son rapport sur les comptes au 31 décembre 1992, relevait des risques de
surendettement et des problèmes de trésorerie, soit la non-couverture de
certains comptes de propriétaires.

Dès 1992, T.________ a utilisé une partie des loyers des immeubles gérés par
H.W.________ SA, notamment les loyers revenant aux sociétés immobilières
citées, pour payer les frais de fonctionnement courants de la régie et pour
couvrir des frais relatifs à ses affaires immobilières personnelles et celles
de sa famille.

Lors d'une séance du conseil d'administration des trois régies tenue le 1er
juillet 1993, à laquelle a participé X.________, l'éventualité d'un dépôt du
bilan a été évoquée; il a été constaté que les comptes des propriétaires de la
régie H.W.________ SA n'étaient plus couverts au 31 décembre 1992, mais qu'ils
l'étaient à nouveau au 30 juin 1993; en revanche les comptes des propriétaires
des deux autres régies n'étaient plus couverts tant au 31 décembre 1992 qu'au
30 juin 1993. A la fin de l'année 1993, T.________ a obtenu un prêt de la
Banque cantonale vaudoise, ce qui a permis de régler de manière temporaire les
problèmes de liquidités du groupe W.________.

Selon les déclarations d'un autre administrateur des régies (U.________), la
possibilité de créer un compte bancaire distinct pour chaque propriétaire a été
envisagée, en été 1994, à la demande de X.________, mais aucune suite n'a été
donnée.

A la fin de l'année 1994, le conseil d'administration, en présence de
X.________, a été informé par le responsable de la comptabilité (P.________) et
par le directeur (Q.________) que les comptes des propriétaires n'étaient plus
couverts par les liquidités et le disponible à court terme en raison de
prélèvements non autorisés effectués par T.________. L'administrateur
U.________ a alors décidé de démissionner. Il a déclaré qu'il en avait assez de
lutter contre T.________ qui continuait à puiser dans les comptes des sociétés
alors qu'il savait que le conseil d'administration y avait mis son veto. Par la
suite, la situation a été assainie grâce à un apport de fonds provenant
apparemment de tiers. Selon ses propres déclarations, X.________ savait que la
situation financière de H.W.________ SA était serrée; il savait également que
T.________ utilisait les fonds gérés par ses sociétés pour le compte de
propriétaires à d'autres fins que celles de la gestion des trois régies, et
ceci contrairement aux instructions du conseil d'administration. Il avait
cependant constaté que T.________ était toujours parvenu à rétablir la
situation. X.________ a également déclaré au directeur qu'il ne pouvait pas
réagir par crainte de perdre le mandat.

Par courrier recommandé du 8 décembre 1995, le directeur a informé X.________
et T.________ qu'après le rétablissement des liquidités au 31 décembre 1994, la
situation s'était à nouveau dégradée. Il a précisé que le manque de liquidités
risquait "d'engendrer des poursuites pénales auxquelles il n'avait pas
l'intention d'être complice". Il a mis en demeure X.________ et T.________ de
régler la situation d'ici au 18 décembre 1995, faute de quoi il serait
contraint de résilier son contrat de travail avec effet immédiat. Cette
résiliation a été acceptée. A la fin de l'année 1995, T.________ a reçu un
montant qui lui a permis de faire face au manque de liquidités.
Il a été retenu - ce qui constitue l'objet du litige soumis au Tribunal fédéral
- que X.________, en sa qualité d'administrateur des sociétés immobilières,
aurait dû, en tout cas à la fin de l'année 1995, compte tenu des signaux
alarmants en sa possession, exiger que les loyers encaissés pour les sociétés
immobilières soient versés sur un compte bancaire séparé. La suite des
événements peut donc être résumée de manière plus succincte.

Lors d'une assemblée générale tenue le 22 octobre 1996, les sociétés
immobilières ont décidé de procéder à la réfection de certains de leurs
immeubles, une partie des travaux devant être réglée par la régie H.W.________
SA au moyen des loyers comptabilisés et encaissés pour le compte des sociétés
immobilières; X.________ a ainsi laissé s'accumuler des loyers sur le compte
des sociétés immobilières auprès de la régie. Constatant que celle-ci ne
parvenait pas à payer les factures malgré les montants portés au crédit des
sociétés immobilières, X.________, agissant par sa fiduciaire, a exigé que les
avoirs des sociétés immobilières soient transférés sur un compte ouvert au nom
de A.________ SA auprès de la Banque cantonale vaudoise. Dès la fin du mois de
septembre 1997, voire début octobre 1997, les loyers des immeubles appartenant
aux sociétés immobilières ont été directement versés sur le compte ouvert au
nom de A.________ SA auprès de la Banque cantonale vaudoise.

Les comptes établis au 31 décembre 1996 ont montré que la régie H.W.________ SA
était surendettée. La procédure pénale a révélé que cette situation existait
déjà au 31 décembre 1993. Par courrier recommandé du 6 décembre 1997,
X.________, en tant qu'administrateur des régies du groupe W.________, a
adressé un avis de surendettement, pour ces trois régies, au Tribunal du
district de Lausanne. La faillite a été ajournée à trois reprises dans l'espoir
d'un encaissement de 2'000'000 USD que T.________ attendait prétendument, mais
qu'il n'a jamais reçu. Le 16 septembre 1998, la faillite des trois régies a été
prononcée. La liquidation a été suspendue faute d'actifs. Les sociétés
immobilières ont produit dans la faillite de la régie H.W.________ SA une
créance d'un montant de 1'029'890 fr.15.

Par jugement du 6 décembre 2006, le Tribunal correctionnel du canton de Vaud a
condamné T.________, pour abus de confiance, banqueroute frauduleuse, gestion
déloyale qualifiée et faux dans les titres, à la peine de dix-huit mois
d'emprisonnement avec sursis pendant quatre ans; il a en outre retenu que
T.________ était débiteur envers A.________ SA de la somme de 978'932 fr.05
avec intérêts, en raison des loyers détournés.

B.
Par acte déposé au greffe du Tribunal de première instance de Genève le 19
juillet 2001, les sociétés immobilières ont formé une demande en paiement à
l'encontre de X.________, fondée sur sa responsabilité en tant
qu'administrateur de ces sociétés, et lui ont réclamé finalement la somme de
877'849 fr. avec intérêts à 5% dès le 1er novembre 2007, avec mainlevée
définitive de l'opposition formée au commandement de payer.

Par jugement du 5 novembre 2009, le Tribunal de première instance a alloué aux
sociétés immobilières l'entier de leurs conclusions.

Saisie d'un appel de X.________, qui conteste la prétention en totalité, la
Chambre civile de la Cour de justice, par arrêt du 25 juin 2010, a confirmé le
jugement attaqué avec suite de dépens. En substance, la cour cantonale a retenu
que X.________, en sa qualité d'administrateur des sociétés immobilières,
aurait dû exiger, compte tenu des indices alarmants dont il avait connaissance,
au plus tard en décembre 1995, que les loyers dus aux sociétés immobilières
soient versés directement sur des comptes ouverts en leur nom auprès d'une
banque, ce qui aurait évité le dommage tel qu'il a été établi par l'organe de
contrôle. Durant la procédure de première instance, X.________ avait appelé en
cause D.________, qui avait été également administrateur des sociétés
immobilières, mais aucune des parties n'a pris de conclusions contre celui-ci
devant la Cour de justice.

C.
Ayant reçu cet arrêt le 1er juillet 2010, X.________ a déposé dans un bureau de
poste suisse, le 1er septembre 2010, un recours en matière civile au Tribunal
fédéral. Invoquant l'arbitraire dans l'appréciation des preuves et
l'établissement des faits, ainsi qu'une violation de l'art. 754 al. 1 CO, il
conclut à l'annulation de la décision attaquée et au déboutement de sa partie
adverse avec suite de frais et dépens; subsidiairement, il demande le renvoi de
la cause à l'autorité cantonale; il déclare d'autre part renoncer à toute
conclusion à l'encontre de D.________. Dans sa motivation, il soutient à titre
subsidiaire que les dommages-intérêts mis à sa charge devraient être réduits
pour des raisons d'équité.
Les sociétés immobilières ont conclu au rejet du recours avec suite de dépens.

D.________ a conclu, sous suite de frais et dépens, à la confirmation de
l'arrêt attaqué en tant qu'il ne prononce aucune condamnation à son encontre.

Considérant en droit:

1.
1.1 Interjeté par la partie qui a succombé dans ses conclusions libératoires
(art. 76 al. 1 LTF) et dirigé contre un jugement final (art. 90 LTF) rendu en
matière civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorité cantonale de dernière
instance (art. 75 LTF) dans une affaire pécuniaire dont la valeur litigieuse
atteint le seuil de 30'000 fr. (art. 74 al. 1 let. b LTF), le recours est en
principe recevable, puisqu'il a été déposé dans le délai (art. 46 al. 1 let. b,
48 al. 1 et 100 al. 1 LTF) et la forme (art. 42 LTF) prévus par la loi.

1.2 Le recours peut être interjeté pour violation du droit, tel qu'il est
délimité par les art. 95 et 96 LTF. En conséquence, il peut aussi être formé
pour violation d'un droit constitutionnel (ATF 136 II 304 consid. 2.4 p. 313).

Le Tribunal fédéral applique le droit d'office (art. 106 al. 1 LTF). Il n'est
donc limité ni par les arguments soulevés dans le recours, ni par la motivation
retenue par l'autorité précédente; il peut admettre un recours pour un autre
motif que ceux qui ont été invoqués et il peut rejeter un recours en adoptant
une argumentation différente de celle de l'autorité précédente (ATF 135 III 397
consid. 1.4 p. 400). Compte tenu de l'exigence de motivation contenue à l'art.
42 al. 1 et 2 LTF, sous peine d'irrecevabilité (art. 108 al. 1 let. b LTF), le
Tribunal fédéral n'examine en principe que les griefs invoqués; il n'est pas
tenu de traiter, comme le ferait une autorité de première instance, toutes les
questions juridiques qui se posent lorsque celles-ci ne sont plus discutées
devant lui (ATF 135 III 397 consid. 1.4 p. 400; 135 II 384 consid. 2.2.1 p.
389). Par exception à la règle selon laquelle il examine le droit d'office, il
ne peut entrer en matière sur la violation d'un droit constitutionnel ou sur
une question relevant du droit cantonal ou intercantonal que si le grief a été
invoqué et motivé de manière précise par la partie recourante (art. 106 al. 2
LTF).

1.3 Le Tribunal fédéral conduit son raisonnement juridique sur la base des
faits établis par l'autorité précédente (art. 105 al. 1 LTF). Il ne peut s'en
écarter que si les faits ont été établis de façon manifestement inexacte - ce
qui correspond à la notion d'arbitraire: ATF 136 II 304 consid. 2.4 p. 314; 135
III 127 consid. 1.5 p. 130, 397 consid. 1.5 p. 401; 135 II 145 consid. 8.1 p.
153 - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF).

La partie recourante qui entend s'écarter des constatations de l'autorité
précédente doit expliquer de manière circonstanciée en quoi les conditions
d'une exception prévue par l'art. 105 al. 2 LTF seraient réalisées, faute de
quoi il n'est pas possible de tenir compte d'un état de fait qui diverge de
celui contenu dans la décision attaquée (ATF 136 I 184 consid. 1.2 p. 187; 133
IV 286 consid. 1.4 et 6.2). Une rectification de l'état de fait ne peut être
demandée que si elle est de nature à influer sur le sort de la cause (art. 97
al. 1 LTF). Aucun fait nouveau ni preuve nouvelle ne peut être présenté à moins
de résulter de la décision de l'autorité précédente (art. 99 al. 1 LTF).

En l'espèce, le recourant présente un "bref résumé des faits" sans se prévaloir
de l'une des circonstances prévues à l'art. 97 al. 1 LTF; il n'est donc pas
possible d'en tenir compte.

1.4 Le Tribunal fédéral ne peut aller au-delà des conclusions des parties (art.
105 al. 1 LTF). Toute conclusion nouvelle est irrecevable (art. 99 al. 2 LTF).

2.
2.1 Le recourant invoque tout d'abord l'arbitraire (art. 9 Cst.) dans
l'appréciation des preuves et l'établissement des faits.

Selon la jurisprudence, l'arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst., ne résulte pas
du seul fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou même
qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral n'annulera la décision attaquée
que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en
contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une
norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de
manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité; pour qu'une
décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la
motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision
apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 135 V 2 consid. 1.3 p. 4 s.; 134 I
263 consid. 3.1 p. 265 s.). S'agissant plus précisément de l'appréciation des
preuves, la décision n'est arbitraire que si le juge n'a manifestement pas
compris le sens et la portée d'un moyen de preuve, s'il a omis, sans raison
sérieuse, de tenir compte d'un moyen important propre à modifier la décision
attaquée ou encore si, sur la base des éléments recueillis, il a fait des
déductions insoutenables (ATF 129 I 8 consid. 2.1 p. 9).

2.2 Sous le grief d'arbitraire, le recourant fait tout d'abord valoir que les
comptes de la régie - dont il ignorait qu'ils étaient faux - ne faisaient pas
apparaître un surendettement avant l'exercice 1996. On ne voit pas pour autant
que l'état de fait cantonal soit arbitraire, puisque les circonstances évoquées
par le recourant sont mentionnées de la même manière à la page 3 de l'arrêt
attaqué. La cour cantonale n'a donc pas méconnu cet état de fait, mais elle ne
lui a pas accordé - en raison d'autres circonstances - l'importance que le
recourant voudrait lui donner au moment de statuer sur l'existence d'une
violation du devoir de diligence. Il ne s'agit pas d'un problème d'arbitraire
dans l'établissement des faits.

De la même façon, le recourant fait valoir que la régie a pu remplir ses
obligations à l'égard des sociétés immobilières jusqu'en été 1996. Ce fait est
expressément relaté dans l'arrêt attaqué, à la page 6, auquel le recourant se
réfère d'ailleurs. Sur ce point également, on ne voit pas d'arbitraire dans
l'établissement des faits.

Se référant à la déclaration de l'autre administrateur (U.________), le
recourant insiste sur le fait que T.________ n'aurait détourné qu'à deux
reprises des fonds sur les loyers encaissés pour les sociétés immobilières et
qu'il aurait ensuite rétabli la situation. L'autre administrateur des régies
pouvant lui-même craindre que sa responsabilité ne soit engagée, il n'est pas
arbitraire de recevoir sa déclaration avec prudence et de ne pas lui accorder
l'importance décisive que voudrait lui donner le recourant. Quoi qu'il en soit,
que T.________ détourne des loyers reçus pour ses propres affaires ou celles de
sa famille dans deux cas bien établis et malgré les instructions reçues du
conseil d'administration constitue déjà un fait sérieusement alarmant, qui doit
être mis en relation avec les autres éléments retenus (crise de liquidités à
répétition, démission du comptable et de l'autre administrateur) pour dire si
le recourant, en tant qu'administrateur des sociétés immobilières, aurait dû
prendre des mesures pour protéger les intérêts de ces sociétés. L'argumentation
présentée par le recourant est impropre à démontrer que l'état de fait contenu
dans l'arrêt cantonal serait arbitraire.

3.
3.1 Le recourant conteste que les conditions de sa responsabilité en tant
qu'administrateur soient réunies; subsidiairement, il estime que les
dommages-intérêts devraient être réduits pour des raisons d'équité.

3.2 Il ressort des constatations cantonales - qui lient le Tribunal fédéral
(art. 105 al. 1 LTF) - que le recourant était membre du conseil
d'administration des sociétés immobilières intimées pendant la période en
cause.

Selon l'art. 754 al. 1 CO, les membres du conseil d'administration et toutes
les personnes qui s'occupent de la gestion ou de la liquidation répondent à
l'égard de la société, de même qu'envers chaque actionnaire ou créancier
social, du dommage qu'ils leur causent en manquant intentionnellement ou par
négligence à leurs devoirs.

La société et chaque actionnaire ont le droit d'intenter action pour le dommage
causé à la société (art. 756 al. 1 CO).

En l'espèce, on se trouve en présence d'une action en responsabilité intentée,
hors faillite, par la société contre son administrateur. En raison de
l'identité des faits et du fondement juridique, les sociétés immobilières
intimées ont formé entre elles une société simple (art. 530 al. 1 CO) pour
mener le procès contre leur administrateur commun.

La responsabilité de l'administrateur, découlant de l'art. 754 al. 1 CO, est
subordonnée à la réunion des quatre conditions générales suivantes: la
violation d'un devoir, une faute (intentionnelle ou par négligence), un dommage
et l'existence d'un rapport de causalité (naturelle et adéquate) entre la
violation du devoir et la survenance du dommage; il appartient au demandeur à
l'action en responsabilité de prouver la réalisation de ces conditions (art. 8
CC) qui sont cumulatives (ATF 132 III 564 consid. 4.2 p. 572 et les arrêts
cités). Comme le rapport juridique entre la société et chaque membre de son
conseil d'administration s'apparente à un mandat (ATF 129 III 499 consid. 3.3
p. 502), on peut toutefois considérer que la faute se présume en application de
l'art. 97 al. 1 CO (dans ce sens: Bernard Corboz, in Commentaire romand, Code
des obligations, vol. II, 2008, n° 39 ad art. 754 CO et les références citées).

3.3 En vertu de l'art. 754 al. 1 CO, l'administrateur est responsable de tout
manquement fautif à ses devoirs.

Il est tenu d'accomplir sa mission avec diligence (art. 717 al. 1 CO). Il lui
appartient notamment de contrôler de manière régulière la situation économique
et financière de la société (ATF 132 III 564 consid. 5.1 p. 572). La diligence
due dépend des circonstances; il faut se demander quel aurait été le
comportement d'un administrateur raisonnable placé dans les mêmes circonstances
(Henry Peter/Francesca Cavadini, in Commentaire romand, Code des obligations,
vol. II, 2008, n° 8 ad art. 717 CO). En se plaçant au moment du comportement
reproché à l'administrateur, il faut se demander, en fonction des
renseignements dont il disposait ou pouvait disposer, si son attitude semble
raisonnablement défendable (Corboz, op. cit., n° 22 ad art. 754 CO).

Pour dire si le recourant a violé fautivement son devoir de diligence en tant
qu'administrateur des sociétés immobilières intimées, il faut donc tout d'abord
déterminer ce qu'il savait en décembre 1995, date à laquelle - selon la cour
cantonale - il aurait dû exiger le versement des loyers directement sur des
comptes bancaires séparés au nom des sociétés.

Le recourant tente d'isoler les éléments qui pourraient plaider en sa faveur
(les comptes de la régie ne révélaient pas de surendettement, la régie avait
rempli ses obligations à l'égard des sociétés immobilières, qu'il n'y avait eu
que deux cas de détournement par T.________ et que celui-ci parvenait toujours
à rétablir la situation), en occultant totalement les autres faits retenus par
la cour cantonale, sans que l'arbitraire ne soit invoqué à leur sujet.

En 1993 déjà, l'éventualité d'un surendettement des trois régies formant un
groupe avait été évoquée. Il avait été relevé en particulier que les comptes
des propriétaires (c'est-à-dire leur créance résultant des loyers encaissés
pour elles par les régies) n'étaient pas constamment couverts. Lors d'une
réunion à la fin de l'année 1994, il a été constaté que les comptes des
propriétaires n'étaient plus couverts en raison de prélèvements non autorisés
effectués par T.________. L'autre administrateur (U.________) a démissionné,
parce que T.________ continuait à puiser dans les comptes des sociétés alors
que le conseil d'administration avait mis son veto à de telles pratiques. Le
recourant a eu connaissance de l'ensemble de ces faits, puisqu'il a assisté aux
réunions et qu'il a pu consulter les pièces. La démission de l'autre
administrateur devait fortement l'interpeller et il ne pouvait s'imaginer
sérieusement qu'il n'y avait eu que deux cas isolés, rapidement réparés. Comme
il a été établi - sans que l'arbitraire ne soit invoqué à ce sujet - que
T.________ utilisait les fonds disponibles notamment pour ses affaires
personnelles et celles de sa famille, il est évident que ce comportement était
préjudiciable non seulement aux sociétés immobilières intimées, mais aussi aux
régies composant le groupe; le recourant ne saurait donc se retrancher derrière
un conflit d'intérêts en invoquant qu'il était administrateur aussi bien des
sociétés immobilières que des régies (un conflit d'intérêts l'aurait d'ailleurs
obligé à démissionner: arrêt 4A_317/2009 du 1er octobre 2009 consid. 2.5). A la
fin de l'année 1995 - et il s'agit sans doute de l'événement que la cour
cantonale a considéré comme déterminant -, le directeur a démissionné en
évoquant expressément le risque de poursuites pénales. Après la démission de
l'administrateur, cette nouvelle démission était extrêmement alarmante. La
référence à des poursuites pénales donne immédiatement à penser que le
directeur avait découvert soit que la comptabilité était fausse, soit que
T.________ se livrait à des détournements de fonds. Le recourant ne pouvait
donc plus se fier à l'apparence des comptes, ni à l'idée qu'il n'y avait eu que
deux prélèvements isolés. Un administrateur raisonnable, placé en présence de
deux démissions successives pour les motifs qui ont été invoqués, aurait perçu
le danger d'insolvabilité des régies et exigé sans attendre, dans l'intérêt des
sociétés immobilières dont il était administrateur, que les loyers soient payés
directement sur un compte bancaire ouvert au nom de celles-ci. Selon les
constatations cantonales - au sujet desquelles le recourant n'invoque pas
l'arbitraire -, il avait lui-même envisagé cette possibilité dès l'été 1994. Il
savait donc exactement ce qu'il fallait faire, mais il ne l'a fait que beaucoup
plus tard, puisque les loyers n'ont été versés sur des comptes au nom des
sociétés immobilières qu'à partir du mois de septembre ou début octobre 1997.
En réalité, le recourant a tardé à réagir, violant ainsi son devoir de
diligence, parce qu'il espérait naïvement que T.________ parviendrait toujours
à rétablir la situation - ce qui n'est pas conforme aux règles de la prudence -
et que par ailleurs, comme l'a déclaré le directeur, il tenait à ne pas perdre
son mandat.

Ainsi, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral en retenant que le
recourant avait violé son devoir de diligence en n'exigeant pas un versement
direct sur des comptes bancaires séparés à partir de décembre 1995.

Comme le recourant avait connaissance aussi bien des signaux alarmants que des
mesures à prendre et qu'on ne voit pas ce qui l'aurait empêché de réagir en
temps utile, il faut retenir que cette violation est fautive.

La cour cantonale n'a pas méconnu l'exigence et la signification des notions
juridiques de causalité naturelle et de causalité adéquate (sur la notion de
causalité naturelle: cf. ATF 133 III 462 consid. 4.4.2 p. 470; sur celle de
causalité adéquate: cf. ATF 123 III 110 consid. 3a p. 112; sur la causalité en
cas d'omission: cf. ATF 132 III 715 consid. 2.3 p. 718 s.). Si le recourant
avait fait ouvrir des comptes séparés en décembre 1995 - comme il le devait - à
un moment où la situation avait été rétablie, les loyers dus aux intimées ne se
seraient pas accumulés dans les comptes des régies où ils ont pu être détournés
de leur destination, ce qui n'avait rien d'imprévisible au vu des utilisations
abusives déjà constatées. Déterminer l'existence et la quotité du dommage est
une question de fait (ATF 132 III 564 consid. 6.2 p. 576). Le Tribunal fédéral
est donc lié par le montant retenu par la cour cantonale (art. 105 al. 1 LTF),
étant observé que l'arbitraire n'est pas invoqué à ce sujet. Le recourant ne
prétend pas non plus que la notion juridique du dommage aurait été méconnue
(sur la notion juridique du dommage: cf. ATF 133 III 462 consid. 4.4.2 p. 471),
de sorte qu'il n'y a pas lieu d'examiner cette question qui n'est plus discutée
devant le Tribunal fédéral.

Que la régie ait pu remplir ses obligations contractuelles à l'égard des
sociétés intimées jusqu'en été 1996 - circonstance plusieurs fois évoquée par
le recourant - ne lui est d'aucun secours. En effet, il n'est pas nécessaire
qu'un dommage survienne effectivement pour qu'il soit nécessaire, en présence
d'une situation dangereuse, de prendre les mesures de précaution nécessaires.

3.4 A la fin de son écriture, le recourant, se référant à l'art. 4 CC, soutient
que le montant des dommages-intérêts mis à sa charge devrait de toute manière
être réduit pour des raisons d'équité. Cette argumentation est extrêmement peu
développée et le recourant se réfère à ses écritures cantonales, ce qui n'est
pas admissible dans la procédure devant le Tribunal fédéral (Florence Aubry, in
Commentaire de la LTF, n° 33 ad art. 42 CO et les arrêts cités).
Dans la procédure cantonale, le recourant, invoquant l'art. 43 al. 1 CO, a
soutenu que sa faute était légère et justifiait une réduction de l'indemnité
(ATF 99 II 176 consid. 2a p. 181; 92 II 234 consid. 3b p. 240 s.; 91 II 291
consid. 4 p. 297). Au vu des faits analysés ci-dessus, il y a lieu d'admettre
que le recourant a agi par négligence grave. On ne saurait qualifier la faute
commise de légère du fait que le recourant avait connaissance d'un paiement
potentiel, en mains de T.________, d'une commission de 2'000'000 USD destinée à
assainir les régies formant le groupe W.________. Cette commission était
prétendument due à la fin de l'année 1997, alors que la faute a été commise dès
la fin 1995; au demeurant, la réalité de cette commission ne ressort pas de
l'état de fait - sans que l'arbitraire ne soit invoqué à ce sujet. Il s'ensuit
que la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral en écartant l'argument
présenté, sans qu'il ne soit nécessaire d'examiner le grief au regard des
"circonstances" prévues à l'art. 43 al. 1 CO, qui comprennent notamment les
conditions économiques et sociales des parties (Franz Werro, in Commentaire
romand, Code des obligations, vol. I, 2003, n° 15 ad art. 43 CO).

Le recourant a soutenu également, dans la procédure cantonale, que la
réparation l'exposerait à la gêne et qu'une réduction des dommages-intérêts
était justifiée sur la base de l'art. 44 al. 2 CO. Selon cette disposition, le
juge peut équitablement réduire les dommages-intérêts, lorsque le préjudice n'a
été causé ni intentionnellement ni par l'effet d'une grave négligence ou
imprudence, et que sa réparation exposerait le débiteur à la gêne. Dès lors que
le recourant a agi par négligence grave, c'est à juste titre que les magistrats
cantonaux ont refusé de réduire l'indemnité due par le recourant aux intimées.
Cela étant, la question de la gêne du débiteur, qui suppose une appréciation
des situations économiques des parties (Roland Brehm, Berner Kommentar, 3e éd.
2006, n° 78 ad art. 44 CO; Franz Werro, op. cit., n° 31 ad art. 43 CO), peut
demeurer indécise. En conclusion, on ne peut pas dire que la cour cantonale ait
violé le droit fédéral en refusant d'accorder une réduction de l'indemnité sur
la base de l'art. 44 al. 2 CO.

4.
Les frais judiciaires et les dépens doivent être mis à la charge du recourant
qui succombe (art. 66 al. 1 et 68 al. 1 et 2 LTF).

Comme on ne sait même pas pourquoi le recourant a mis en cause devant le
Tribunal fédéral l'intimé D.________ (contre lequel aucune conclusion n'est
prise), il se justifie que le recourant lui verse également des dépens, qui
seront toutefois réduits pour tenir compte du fait que son intervention n'a été
que limitée.

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté.

2.
Les frais judiciaires fixés à 11'000 fr. sont mis à la charge du recourant.

3.
Le recourant versera aux sociétés immobilières intimées, créancières
solidaires, une indemnité de 13'000 fr. à titre de dépens.

4.
Il versera également à l'intimé D.________ une indemnité de 3'000 fr. à titre
de dépens.

5.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Cour de justice du canton
de Genève, Chambre civile.

Lausanne, le 5 janvier 2011

Au nom de la Ire Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
La Présidente: La Greffière:

Klett Crittin