Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 4A.469/2010
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
4A_469/2010

Arrêt du 1er décembre 2010
Ire Cour de droit civil

Composition
Mmes et M. les Juges Klett, Présidente, Corboz et Kiss.
Greffier: M. Piaget.

Participants à la procédure
1. X.________ Ltd.,
2. Y.________,
tous les deux représentés par Me Benoît Carron, avocat,
recourants,

contre

Z.________ en liquidation,
représentée par Me Alexandre Montavon, avocat,
intimée.

Objet
contrat d'assurance,

recours contre l'arrêt de la Chambre civile
de la Cour de justice du canton de Genève
du 25 juin 2010.

Faits:

A.
Dans le courant de l'année 1996, A.________ SA, société anonyme inscrite au
registre du commerce de Genève, a acquis un yacht de type Sloop baptisé
"H.________" de 34 mètres de long, qui avait été construit en 1991 par la
société I.________ et mis à l'eau pour la première fois en 1991.

Peu après cette acquisition, A.________ SA a, par contrat du 22 mars 1996,
confié au chantier de constructions navales B.________ Sàrl à C.________
(France) le soin de procéder à différentes vérifications et réparations sur le
yacht pour un prix global de 5'493'642 FF. L'entreprise française s'était
engagée notamment à contrôler la géométrie des "têtes de clous de rods". Plus
tard, par lettre du 15 décembre 1997, elle confirmera avoir procédé à ce
contrôle et détecté des fissures sur deux têtes de clous, sur lesquelles la
société D.________, fabricant de gréement pour les constructeurs de bateaux,
était intervenue.

A la demande des futurs assureurs potentiels du yacht "H.________", E.________,
expert maritime, a été chargé en novembre 1996 d'établir un bilan technique de
l'état général du yacht à la suite de sa rénovation et d'estimer sa valeur
vénale. L'expert a considéré que le bateau était dans un état satisfaisant,
sous réserve du gréement qu'il jugeait légèrement sous-dimensionné.
A la suite de ce rapport, un contrat d'assurance a été conclu, selon certificat
émis le 22 novembre 1996, entre A.________ SA, en tant que propriétaire du
bateau, et, en tant qu'assureurs, X.________ Ltd. à Londres (GB) à raison de
25% et Y.________ domicilié à Londres (GB), agissant pour le compte d'un pool,
à raison de 75%. Ce contrat, intitulé "Yacht - Versicherung All Risk" a été
conclu pour une durée d'une année, soit du 21 novembre 1996 au 20 novembre
1997. Il renvoyait expressément aux "Institute Yacht Clauses" du 1er novembre
1985 qui prévoient, dans le préambule, que le contrat d'assurance est soumis au
droit et à la pratique anglaise.

Le 6 mai 1997, alors que le yacht "H.________" naviguait en mer des Caraïbes
dans de bonnes conditions de navigation - la mer étant peu agitée avec un vent
sud/est de 20 n?uds -, un des câbles assurant la tension et le maintien du mât
a cédé au niveau du ridoir; cette rupture a entraîné la cassure nette du mât au
niveau du premier étage de la barre de flèche; afin d'éviter la détérioration
de la coque du bateau, le capitaine a fait sectionner les éléments restants du
mât, de sorte que le mât et les voiles ont sombré dans la mer.

Le lendemain de cet accident, le capitaine du voilier a, par télécopie du 7 mai
1997, déclaré le sinistre aux assureurs.

A.________ SA a chargé B.________ Sàrl de procéder aux réparations nécessaires
pour un montant total de 2'578'479 FF.

Une expertise préliminaire a d'emblée établi qu'une tête de rod était à
l'origine du sinistre. Les parties au contrat d'assurance ont ensuite sollicité
quatre expertises, mais ne sont pas parvenues à trouver un terrain d'entente.

B.
Par acte déposé au greffe du Tribunal de première instance de Genève le 4 avril
2002, A.________ SA a formé une demande en paiement dirigée contre X.________
Ltd. et Y.________, leur réclamant solidairement la somme de 838'561 fr.65 avec
intérêts à 6% dès le 5 août 1999, montant correspondant au coût total de la
remise en état du bateau, soit sa réparation, l'acquisition de nouvelles voiles
et la couverture d'autres frais en relation avec l'incident.

La demanderesse a souligné qu'il s'agissait d'une assurance "tous risques" et
que, de surcroît, les expertises montraient que le sinistre était dû à un vice
latent du bateau, lequel était couvert par l'assurance.

Les défendeurs ont conclu au déboutement, en soutenant que le dommage était dû
soit à une usure naturelle des têtes de rod, soit à un manque de diligence du
propriétaire.

Le tribunal a ordonné une expertise qu'il a confiée à F.________, expert en
construction navale agréé auprès du Tribunal de Grande Instance de J.________,
afin qu'il détermine notamment la ou les causes de la rupture du hauban.

Dans son rapport d'expertise du 15 avril 2005, F.________ a conclu que les
rods, au jour du démâtage, n'étaient pas en fin de vie, que la cause
déterminante du sinistre était un défaut de forgeage de la tête de rod du V1
bâbord et qu'il avait constaté également un défaut de géométrie (asymétrie)
affectant la tête de rod du V1 bâbord. Lors de son audition, l'expert
F.________ a confirmé, sous la foi du serment, que la cause déterminante du
démâtage résidait dans un défaut de forgeage de cette tête de rod.

Pendant le cours de la procédure, A.________ SA a cédé ses prétentions à
Z.________, société en commandite ayant son siège à Genève. La raison sociale
de cette dernière est ensuite devenue Z.________ en liquidation, à la suite de
sa dissolution publiée le *** à la Feuille officielle suisse du commerce.

Par jugement rendu le 27 septembre 2007, le Tribunal de première instance a
condamné les défendeurs, avec suite de frais et dépens, à payer à Z.________ en
liquidation la somme de 838'561 fr.65 avec intérêts à 6% dès le 5 août 1999.

Statuant sur appel des défendeurs, la Chambre civile de la Cour de justice, par
arrêt du 25 juin 2010, a confirmé le jugement entrepris avec suite de frais et
dépens. Appliquant le droit anglais, la cour cantonale est parvenue à la
conclusion que le contrat d'assurance conclu était un contrat "tous risques" ce
qui impliquait qu'il incombait à l'assureur de prouver que le sinistre était dû
à des faits expressément exclus de l'assurance. Elle a considéré que les
défendeurs n'étaient pas parvenus à apporter cette preuve, puisqu'il fallait
retenir, en suivant les conclusions de l'expert, que le sinistre était dû à un
vice de construction (lequel n'est pas exclu de l'assurance), à savoir un
défaut de forgeage d'une tête de rod.

C.
X.________ Limited et Y.________ exercent un recours en matière civile au
Tribunal fédéral contre l'arrêt cantonal du 25 juin 2010. Soutenant qu'il y a
eu arbitraire dans l'appréciation des preuves et l'établissement des faits, ils
concluent, sous suite de dépens, à l'annulation de la décision attaquée et au
déboutement de la demanderesse, subsidiairement au renvoi de la cause à la cour
cantonale.

L'intimée a conclu au rejet du recours avec suite de dépens.
Considérant en droit:

1.
1.1 Interjeté par les parties qui ont succombé dans leurs conclusions
libératoires (art. 76 al. 1 LTF) et dirigé contre un arrêt final (art. 90 LTF)
rendu en matière civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorité cantonale de
dernière instance (art. 75 LTF) dans une affaire pécuniaire dont la valeur
litigieuse atteint le seuil de 30'000 fr. (art. 74 al. 1 let. b LTF), le
recours est en principe recevable, puisqu'il a été déposé dans le délai (art.
46 al. 1 let. b, 48 al. 1 et 100 al. 1 LTF) et la forme (art. 42 LTF) prévus
par la loi.

1.2 Le recours peut être interjeté pour violation du droit, tel qu'il est
délimité par les art. 95 et 96 LTF. Il peut donc être formé pour violation d'un
droit constitutionnel (ATF 136 II 304 consid. 2.4 p. 313). En revanche, il
résulte a contrario de l'art. 96 let. b LTF qu'il ne permet pas, dans une
affaire pécuniaire, de se plaindre d'une violation du droit étranger lorsque
celui-ci est applicable (ATF 133 III 446 consid. 3.1 p. 447).

Le Tribunal fédéral applique d'office le droit dont il peut contrôler le
respect (art. 106 al. 1 LTF). Il n'est donc limité ni par les arguments
soulevés dans le recours, ni par la motivation retenue par l'autorité
précédente; il peut admettre un recours pour un autre motif que ceux qui ont
été invoqués et il peut rejeter un recours en adoptant une argumentation
différente de celle de l'autorité précédente (ATF 135 III 397 consid. 1.4 p.
400). Compte tenu de l'exigence de motivation contenue à l'art. 42 al. 1 et 2
LTF, sous peine d'irrecevabilité (art. 108 al. 1 let. b LTF), le Tribunal
fédéral n'examine en principe que les griefs invoqués; il n'est pas tenu de
traiter, comme le ferait une autorité de première instance, toutes les
questions juridiques qui se posent, lorsque celles-ci ne sont plus discutées
devant lui (ATF 135 III 397 consid. 1.4 p. 400; 135 II 384 consid. 2.2.1 p.
389).

Par exception à la règle selon laquelle il examine le droit d'office, il ne
peut entrer en matière sur la violation d'un droit constitutionnel ou sur une
question relevant du droit cantonal ou intercantonal que si le grief a été
invoqué et motivé de manière précise par la partie recourante (art. 106 al. 2
LTF).

1.3 Le Tribunal fédéral conduit son raisonnement juridique sur la base des
faits établis par l'autorité précédente (art. 105 al. 1 LTF). Il ne peut s'en
écarter que si les faits ont été établis de façon manifestement inexacte - ce
qui correspond à la notion d'arbitraire (ATF 136 II 304 consid. 2.4 p. 314; 135
III 127 consid. 1.5 p. 130, 397 consid. 1.5 p. 401; 135 II 145 consid. 8.1 p.
153) - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF).

La partie recourante qui entend s'écarter des constatations de l'autorité
précédente doit expliquer de manière circonstanciée en quoi les conditions
d'une exception prévue par l'art. 105 al. 2 LTF seraient réalisées, faute de
quoi il n'est pas possible de tenir compte d'un état de fait qui diverge de
celui contenu dans la décision attaquée (ATF 136 I 184 consid. 1.2 p. 187; 133
IV 286 consid. 1.4 et 6.2). Aucun fait nouveau ni preuve nouvelle ne peut être
présenté à moins de résulter de la décision de l'autorité précédente (art. 99
al. 1 LTF).

1.4 Le Tribunal fédéral ne peut aller au-delà des conclusions des parties (art.
107 al. 1 LTF). Toute conclusion nouvelle est irrecevable (art. 99 al. 2 LTF).

2.
2.1 Le litige porte sur l'exécution du contrat conclu entre les recourants et
A.________ SA.

En raison du domicile ou siège à l'étranger des recourants, il revêt un
caractère international (ATF 131 III 76 consid. 2.3; arrêt 4A_146/2009 du 16
juin 2009 publié in SJ 2010 I p. 33 consid. 3.2).

Le Tribunal fédéral doit donc examiner d'office la question du droit applicable
(ATF 136 III 142 consid. 3.2 p. 144; 135 III 562 consid. 3.2 p. 564; 131 III
156 consid. 3).

Pour le faire, il faut appliquer le droit international privé du for et
qualifier le rapport juridique selon la lex fori (ATF 136 III 142 consid. 3.2
p. 144; 135 III 562 consid. 3.2 p. 564).

Il n'est pas douteux que le contrat conclu doit être qualifié, en droit interne
suisse, de contrat d'assurance contre les dommages, puisque les recourants
s'obligeaient, moyennant le paiement de primes, à verser des prestations à leur
cocontractant en cas de réalisation future d'un risque affectant le voilier.

Comme tout contrat, le contrat d'assurance est, en droit international privé
suisse, soumis au droit choisi par les parties (art. 116 al. 1 LDIP). Il a été
constaté en fait - d'une manière qui lie le Tribunal fédéral (art. 105 al. 1
LTF) - que le contrat conclu se réfère à des normes prévoyant l'application du
droit anglais, de sorte que celui-ci a été choisi par les parties comme droit
applicable au contrat. En conséquence, le droit anglais est applicable en vertu
de l'art. 116 al. 1 LDIP qui permet l'élection de droit.

Il faut rechercher dans le droit qui est applicable toutes les normes
nécessaires pour statuer sur la validité et les effets de la relation juridique
(cf. art. 13 LDIP). Le droit applicable régit la validité de l'élection de
droit (art. 116 al. 2 2ème phrase LDIP), l'interprétation du contrat, le
contenu et l'étendue des obligations (Amstutz/Vogt/Wang, Commentaire bâlois, n°
52 ad art. 116 LDIP), la nature et les effets des obligations, ainsi que les
conséquences d'une inexécution ou d'une mauvaise exécution (ATF 127 III 123
consid. 2d p. 126; 125 III 443 consid. 3c p. 447).

Le droit applicable règle également la question du fardeau de la preuve
(Knoepfler/Schweizer/Othenin-Girard, Droit international privé suisse, 3e éd.,
Berne 2005, n° 659), ainsi que le droit à la preuve (ATF 105 II 300 consid. 3
p. 303). On admet en effet que l'art. 8 CC ne s'applique qu'à des prétentions
relevant du droit privé fédéral (ATF 127 III 519 consid. 2a p. 522).

En revanche, savoir quelles sont les preuves qui peuvent être administrées,
comment elles doivent l'être et comment elles doivent être appréciées sont des
questions qui relèvent de la lex fori (Knoepfler/Schweizer/Othenin-Girard, op.
cit., n°s 661 et 665). L'administration d'une preuve et la manière dont elle
doit être administrée relève en principe, pour une cause portée devant un
tribunal suisse, du droit cantonal (ATF 106 III 49 p. 50); il en va de même
pour ce qui est de l'appréciation des preuves (ATF 117 III 29 consid. 3 p. 32).

2.2 En décidant d'appliquer le droit anglais, en vertu de la professio juris
faite par les parties, la cour cantonale a correctement déterminé le droit
étranger applicable en regard des règles du droit international privé suisse
(art. 116 al. 1 LDIP). Il n'y a donc sous cet angle aucune violation du droit
fédéral (cf. art. 96 let. a LDIP).

La cour cantonale a déterminé le contenu du droit étranger et l'a appliqué.
Savoir si elle l'a bien ou mal appliqué est une question, s'agissant d'une
affaire pécuniaire, qui est soustraite à l'examen du Tribunal fédéral (cf. art.
96 LDIP a contrario).

Le Tribunal fédéral se trouve donc lié par la constatation qu'il s'agit en
l'espèce d'un contrat "tous risques" au sens du droit anglais et que, pour un
tel contrat, il suffit que l'assuré prouve le dommage et qu'il incombe à
l'assureur de prouver des faits permettant de constater que le sinistre est dû
à une cause qui a été exclue de la couverture par la convention des parties.

Il faut encore relever à ce sujet que les recourants n'invoquent pas une
application arbitraire du droit étranger (ATF 133 III 446 consid. 3.1 p. 447
s.), de sorte que, s'agissant d'un grief constitutionnel, le Tribunal fédéral
n'a pas à examiner d'office une question qui n'a pas été soulevée (art. 106 al.
2 LTF).

Pour ce qui est de l'administration des preuves et des normes d'appréciation,
il vient d'être relevé que cette question est soumise au droit cantonal. Or, le
recours en matière civile n'est pas ouvert pour se plaindre d'une violation du
droit cantonal (cf. art. 95 et 96 LTF). Seule une application arbitraire de ce
droit pourrait être invoquée (ATF 134 III 379 consid. 1.2 p. 382 s.; 133 I 201
consid. 1 p. 203; 133 III 462 consid. 2.3 p. 466). Les recourants n'ayant pas
invoqué la violation arbitraire d'une règle déterminée du droit cantonal, la
question n'a pas à être examinée (art. 106 al. 2 LTF).

2.3 Il reste que les recourants peuvent se plaindre d'arbitraire, au sens de
l'art. 9 Cst., au stade de l'appréciation des preuves et de l'établissement des
faits (art. 97 al. 1 et 105 al. 2 LTF; ATF 135 III 127 consid. 1.5 p. 130, 397
consid. 1.5 p. 401).

Selon la jurisprudence, l'arbitraire, prohibé par l'art. 9 Cst, ne résulte pas
du seul fait qu'une autre solution pourrait entrer en considération ou même
qu'elle serait préférable; le Tribunal fédéral n'annulera la décision attaquée
que lorsque celle-ci est manifestement insoutenable, qu'elle se trouve en
contradiction claire avec la situation de fait, qu'elle viole gravement une
norme ou un principe juridique indiscuté, ou encore lorsqu'elle heurte de
manière choquante le sentiment de la justice et de l'équité; pour qu'une
décision soit annulée pour cause d'arbitraire, il ne suffit pas que la
motivation formulée soit insoutenable, il faut encore que la décision
apparaisse arbitraire dans son résultat (ATF 135 V 2 consid. 1.3 p. 4; 134 I
263 consid. 3.1 p. 265 s.).

S'agissant plus précisément de l'appréciation des preuves, la décision n'est
arbitraire que si le juge n'a manifestement pas compris le sens et la portée
d'un moyen de preuve, s'il a omis, sans raison sérieuse, de tenir compte d'un
moyen important propre à modifier la décision attaquée ou encore si, sur la
base des éléments recueillis, il a fait des déductions insoutenables (ATF 129 I
8 consid. 2.1 p. 9).
2.4
2.4.1 Les recourants contestent devoir les prestations d'assurance qui leur
sont réclamées en soutenant que les dégâts subis par le voilier le 6 mai 1997
seraient dus à l'usure normale des pièces ou à un défaut d'entretien,
hypothèses dans lesquelles la couverture d'assurance aurait été exclue.

La cour cantonale a retenu qu'ils n'avaient pas apporté cette preuve - qui leur
incombait selon le droit anglais applicable - et que l'avarie était due à un
vice initial (couvert par l'assurance), à savoir un défaut de forgeage de la
tête de rod.

Dans leur recours, les assureurs soutiennent que la cour cantonale, pour
parvenir à cette conclusion, a apprécié les preuves de manière arbitraire.

Pour situer correctement le problème, il faut rappeler que les recourants -
selon le droit anglais dont le Tribunal fédéral ne peut pas contrôler
l'application - assumaient le fardeau de la preuve et qu'il leur incombait
d'établir que le sinistre avait une cause exclue par le contrat d'assurance.
Ils devaient donc apporter la preuve positive de la cause du sinistre, en
établissant une cause qui est exclue par la police d'assurance. Il ne suffirait
donc pas, pour que la solution du litige soit modifiée, que la cause réelle de
l'avarie apparaisse douteuse. Par ailleurs, il faut garder à l'esprit que
l'examen, au stade du Tribunal fédéral, est limité à l'arbitraire. Il ne s'agit
donc pas d'apprécier à nouveau les preuves apportées, mais d'examiner si la
décision cantonale est insoutenable. Comme les recourants devaient prouver que
l'avarie avait une cause exclue de l'assurance, il faudrait, à ce stade de la
procédure, qu'ils montrent qu'ils avaient apporté cette preuve de manière
tellement évidente que la cour cantonale, en le niant, a statué de manière
insoutenable.
2.4.2 Les recourants soutiennent que l'autorité précédente a admis de manière
arbitraire que les têtes de rod n'étaient pas en fin de vie. La question est
toutefois sans pertinence. En effet, la cour cantonale a retenu que le sinistre
avait été causé par un vice initial, à savoir un défaut de forgeage d'une tête
de rod. Dès lors que la cause a été déterminée et qu'il ne s'agit pas de
l'usure ou d'un mauvais entretien, il importe peu de savoir si les têtes de rod
- affectées d'un défaut à l'origine du sinistre - étaient ou non usées (sur la
question décisive en l'espèce, cf. infra consid. 2.4.3). Il faut en effet
rappeler qu'une rectification de l'état de fait ne peut être demandée que si
elle est de nature à influer sur l'issue du litige (art. 97 al. 1 LTF) et
qu'une décision ne peut être annulée pour cause d'arbitraire que si elle
apparaît arbitraire dans son résultat.

Au demeurant, l'argumentation présentée n'est pas vraiment convaincante. Les
recourants soutiennent que l'expert a perdu de vue que le modèle des têtes de
rod a été modifié en 1994 et que les têtes posées sur le bateau en 1991
n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui. Ils admettent cependant que les
anciennes têtes de rod avaient une durée de vie de 20'000 miles, renouvelables
après ressuage. Selon les constatations cantonales, le ressuage n'est qu'un
contrôle, et non pas une opération de restauration. Il est donc parfaitement
possible que ce contrôle ait donné un résultat positif et que les têtes de rod
aient pu vivre deux fois 20'000 miles, soit 40'000 miles comme l'a retenu la
cour cantonale. Comme les calculs effectués par l'expert ne sont pas contestés,
il n'est pas douteux que ce nombre de miles n'était pas atteint et il n'est
donc pas arbitraire de dire que les têtes de rod n'étaient pas en fin de vie.

Les recourants soutiennent que la cour cantonale a admis de manière arbitraire
que le ressuage avait été effectué sur la base d'une déclaration écrite de
l'entreprise française. Le ressuage n'étant qu'une vérification, son omission
est certes imprudente, mais elle ne permet pas de dire quel aurait été le
résultat du contrôle. L'omission du ressuage, à supposer qu'elle soit avérée,
ne permet pas encore de dire que les têtes de rod étaient usées après 20'000
miles ou exigeaient une quelconque réparation. De surcroît, la cour cantonale
n'a pas retenu que le sinistre était dû à une usure que le ressuage aurait pu
détecter, mais elle a au contraire admis que la cause en était un vice initial,
à savoir un défaut de forgeage de la tête de rod. En conséquence, la question
de savoir s'il y a eu ou non un ressuage est sans pertinence.

Les recourants soutiennent que la cour cantonale a admis de manière arbitraire,
en suivant l'expert judiciaire, que la tête de rod incriminée était affectée
également d'un défaut de symétrie (à supposer qu'il s'agisse d'un défaut
distinct du défaut de forgeage). Cette question est également sans pertinence,
puisque la cour cantonale a retenu que la cause déterminante du sinistre était
un défaut de forgeage de la tête de rod, et non pas un défaut de symétrie.
Savoir s'il s'ajoutait ou non un défaut de symétrie est une question qui ne
peut pas modifier l'issue du litige.
Savoir comment les réparations ont été faites après l'accident, notamment s'il
a été installé un rod avec double cardan, est également sans pertinence pour
déterminer la cause de l'avarie survenue le 6 mai 1997.
2.4.3 La question décisive est de savoir si la cour cantonale - comme le
soutiennent les recourants - a admis de façon arbitraire que le sinistre avait
été causé par un défaut de forgeage de la tête de rod. Sur ce point, la cour
cantonale a suivi l'opinion de l'expert judiciaire. Il n'est en soi pas
arbitraire de donner la préférence à l'opinion de l'expert judiciaire, que le
juge a choisi en toute indépendance et dont la seule mission est d'éclairer la
justice, sans avoir aucun lien quelconque avec les parties (cf. ATF 124 I 170
consid. 4 p. 175). Lorsque l'autorité cantonale adopte les conclusions de
l'expert judiciaire, le Tribunal fédéral n'admet le grief d'arbitraire que si
l'expert n'a pas répondu aux questions posées, si ses conclusions sont
contradictoires ou si, d'une quelconque autre façon, l'expertise est entachée
de défauts à ce point évidents et reconnaissables, même sans connaissance
spécifique, que le juge ne pouvait tout simplement pas les ignorer (arrêt
4A_519/2009 du 14 janvier 2010 consid. 4.1).

En l'espèce, l'expert a répondu de manière claire et ses explications sont
cohérentes. Les recourants lui reprochent de ne pas avoir vu lui-même les têtes
de rod, mais cet argument n'est guère compatible avec les règles de la bonne
foi puisque les recourants admettent eux-mêmes que l'expert leur a demandé les
pièces et qu'ils ne les lui ont pas fournies. Il faut aussi observer que l'on
ne se trouve pas dans le cas où l'expert judiciaire serait seul de son avis
face à une pluralité d'expertises privées divergentes. En effet, un autre
expert (G.________) est arrivé exactement à la même conclusion. Les recourants
voudraient certes faire prévaloir l'expertise dont les conclusions lui sont
favorables, à savoir celles de l'Université de Southampton. Il n'incombe pas au
Tribunal fédéral de faire l'expertise technique à la place des experts, ni de
trancher entre des expertises contradictoires; son rôle se limite à examiner si
l'autorité cantonale pouvait, sans arbitraire, se rallier au résultat de
l'expertise (arrêt 4A_519/2009 déjà cité consid. .1). Or, il ne saute pas aux
yeux que l'expertise de l'Université de Southampton devait être préférée à
l'avis de l'expert G.________ et à celui de l'expert judiciaire. Surtout, les
recourants ne montrent pas dans leur recours qu'ils auraient établi à
l'évidence que le sinistre avait été causé par l'usure ou un défaut
d'entretien, ce qu'ils devaient prouver pour échapper à leur obligation de
payer.

En conséquence, la décision cantonale ne peut pas être considérée comme
arbitraire.

3.
Le recours doit dès lors être rejeté.

Les frais judiciaires et les dépens doivent être mis solidairement à la charge
des recourants qui succombent (art. 66 al. 1 et 5, 68 al. 1, 2 et 4 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 10'000 fr., sont mis solidairement à la charge
des recourants.

3.
Les recourants, débiteurs solidaires, verseront à l'intimée une indemnité de
12'000 fr. à titre de dépens.

4.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Chambre civile de la Cour
de justice du canton de Genève.
Lausanne, le 1er décembre 2010

Au nom de la Ire Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
La Présidente: Le Greffier:

Klett Piaget