Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 4A.513/2010
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
4A_513/2010, 4A_515/2010

Arrêt du 30 août 2011
Ire Cour de droit civil

Composition
Mmes et MM. les Juges Klett, présidente, Corboz, Rottenberg Liatowitsch, Kolly
et Kiss.
Greffier: M. Carruzzo.

Participants à la procédure
4A_513/2010

A.X.________, représenté par Me Jacques Michod,
recourant,

contre

Banque Z.________,
représentée par Me Jean-Samuel Leuba,
intimée.

et

4A_515/2010

B.X.________, représenté par Me François Besse,
recourant,

contre

Banque Z.________,
représentée par Me Jean-Samuel Leuba,
intimée.

Objet
prêts bancaires; cédules hypothécaires, responsabilité de la banque
dispensatrice de crédits,

recours en matière civile contre le jugement rendu le
13 juillet 2010 par la Cour civile du Tribunal cantonal du canton de Vaud.

Faits:

A.
A.a B.X.________, né en 1947, et A.X.________, né en 1952, tous deux
agriculteurs et viticulteurs à ..., sont les fils de X.________, qui était
propriétaire d'un important domaine agricole constitué de plusieurs parcelles
situées notamment à ... et à ....

En 1983, X.________ a donné à chacun de ses deux fils, en copropriété pour une
demie, plusieurs parcelles sises sur les territoires desdites communes. Deux
d'entre elles - les nos 1 et 2 de la commune de ... - ont une surface,
respectivement, de 3'580 m2 et de 39'320 m2. Il n'est pas établi qu'à la suite
de cette donation, les frères A.X.________ et B.X.________ se seraient
comportés plus comme des promoteurs immobiliers qu'en qualité de paysans vivant
de la culture de leur domaine.

Le 23 mars 1989, B.X.________ et A.X.________ ont constitué une cédule
hypothécaire au porteur, grevant en premier rang la parcelle n° 1, pour un
montant de 2'000'000 fr. dont ils sont solidairement débiteurs (n° zzz).
A.b Depuis 1977 au moins, B.X.________ et A.X.________ ont été en relations
d'affaires avec la Banque Z.________ (ci-après: la Banque).

Au début des années 1990, A.X.________, qui désirait développer un projet
agricole et immobilier au Portugal, et B.X.________, qui entendait se lancer
dans un projet immobilier en Espagne, se sont adressés à la Banque en vue
d'obtenir un crédit destiné à financer leurs projets. Ils ne l'ont toutefois
pas sollicitée pour leur donner des conseils au sujet de ceux-ci et ne l'ont
jamais associée aux discussions et tractations y relatives.

A l'époque, la fortune et le revenu annuel imposables des prénommés étaient,
respectivement, de 401'000 fr. et de 106'400 fr. pour A.X.________, de 331'000
fr. et de 101'400 fr. pour B.X.________.

Le 31 mai 1990, la Banque a octroyé à chacun des deux frères A.X.________ et
B.X.________ un crédit en compte courant de 6'000'000 fr., sans amortissement,
avec intérêts à 8,5% l'an et commission trimestrielle de 0,25% sur le solde
débiteur le plus élevé. A titre de garantie, chaque emprunteur a cédé en
propriété à la Banque une cédule hypothécaire au porteur de 6'000'000 fr. en
premier rang grevant sa quote-part d'une demie de la parcelle n° 2 (cédule n°
xxx pour B.X.________ et cédule n° yyy pour A.X.________), les deux cédules
ayant été constituées le 9 février 1990.

Le 26 juillet 1990, la Banque a augmenté la ligne de crédit consentie aux
frères A.X.________ et B.X.________ de 6'000'000 fr. à 7'500'000 fr. La moitié
de cette somme faisait l'objet d'une avance à terme fixe, la limite du crédit
en compte courant étant ramenée à 3'750'000 fr., sans amortissement, avec
intérêts échelonnés de 8,5 à 9% et commission trimestrielle de 0,25% sur le
solde débiteur le plus élevé. Afin de garantir cette augmentation de crédit,
les deux emprunteurs ont cédé en propriété à la Banque la cédule hypothécaire
au porteur de 2'000'000 fr. qu'ils avaient constituée sur la parcelle n° 1.
A.c A.X.________ a développé des activités agricoles au Portugal entre 1991 et
1994. Par lettre du 14 mai 1992, il a indiqué à la Banque que les montants
empruntés avaient servi "au montage complet d'un projet de haute qualité au
Portugal comprenant appartements, hôtels, tennis, piscines et golf". Cependant,
alléguant que la mise en oeuvre de ce projet avait pris du retard pour des
raisons d'ordre administratif,
il sollicitait une rallonge de crédits en précisant que l'affaire devrait
vraisemblablement se conclure dans le courant de l'hiver prochain et qu'il
avait donné oralement la priorité d'achat à l'un des grands groupes
internationaux de vacances.

Prenant acte de ces explications, la Banque a fixé à A.X.________ un délai au
15 août 1992 pour régulariser la situation et lui verser la somme de 160'562
fr. correspondant au dépassement de la limite de son compte courant. Elle l'a
relancé, par courriers des 27 octobre et 20 novembre 1992, pour des
dépassements de 95'854 fr. et de 96'104 fr.

Le 9 octobre 1992, la Banque a écrit à chacun des deux frères A.X.________ et
B.X.________ pour les informer qu'elle consentait à renouveler jusqu'au 26
février 1993 l'avance à terme fixe de 3'750'000 fr., au taux de 8,7/8% l'an,
échue le 26 août 1992. A la date du 16 février 1993, cette avance présentait un
solde débiteur de 3'916'406 fr. 25 pour l'un et l'autre emprunteur. Par
courrier du 2 juin 1993, la Banque a accepté d'en prolonger une dernière fois
l'échéance jusqu'au 26 octobre 1993, au taux de 6,5% l'an, pour autant que les
intérêts échus, totalisant 886'849 fr. 50, fussent intégralement payés avant le
30 juin de la même année.

Le 29 octobre 1993, A.X.________ a déposé plainte pénale, à Genève, contre
l'administrateur de la société qui lui avait vendu les terrains destinés à la
mise en oeuvre du projet immobilier au Portugal et contre un promoteur actif en
Algarve. La plainte a été classée par le Procureur général, le 27 janvier 1994,
et son auteur a recouru en vain contre l'ordonnance de classement.
A.d Par courriers séparés, de même contenu, envoyés le 10 décembre 1993 aux
frères A.X.________ et B.X.________, la Banque a dénoncé au remboursement les
crédits qu'elle leur avait alloués, soit un total de 8'135'862 fr. 20 -
4'219'456 fr., valeur au 30 septembre 1993, au titre du compte courant et
3'916'406 fr. 25, valeur au 26 février 1993, au titre de l'avance à terme fixe
- pour A.X.________ et un total de 8'110'950 fr. 25 - 4'194'544 fr., valeur au
30 septembre 1993, au titre du compte courant et 3'916'406 fr. 25, valeur au 26
février 1993, au titre de l'avance à terme fixe - pour B.X.________.

Il n'est pas établi que les débiteurs aient procédé à des versements en faveur
de la Banque de 1993 à 1999.

Le 8 mars 1994, des commandements de payer portant sur les sommes précitées et
les intérêts y afférents ont été notifiés à A.X.________ (n° ...) et à
B.X.________ (n° ...) dans le cadre de poursuites en réalisation des gages
immobiliers initiées par la Banque.
A fin juin 1995, le conseil des frères A.X.________ et B.X.________ a soumis,
sans succès, à la Banque une série de propositions en vue de trouver une
solution amiable.

Le 21 mai 1996, la Banque a fait notifier de nouveaux commandements de payer,
en rapport avec les susdites sommes, à A.X.________ (n° ...) et à B.X.________
(n° ...). Un commandement de payer identique a été notifié à chacun des deux
frères en sa qualité de tiers propriétaire de l'immeuble.
A.e Le 19 décembre 1996, les débiteurs se sont vu notifier chacun un
commandement de payer pour un montant de 2'000'000 fr., avec intérêts à 10%
l'an dès le 23 mars 1993, dans les poursuites en réalisation du gage immobilier
nos ... (B.X.________) et ... (A.X.________) au titre du capital de la cédule
hypothécaire n° zzz.

En date du 6 février 1997, l'Office des poursuites de ... a notifié un
commandement de payer, pour un montant de 6'000'000 fr., avec intérêts à 10%
dès le 9 février 1992, à B.X.________, dans la poursuite en réalisation de gage
immobilier n° ..., au titre du capital de la cédule hypothécaire n° xxx, et à
A.X.________, dans la poursuite en réalisation de gage immobilier n° ..., au
titre du capital de la cédule hypothécaire n° yyy. Un commandement de payer
identique a été notifié à chacun des deux frères en sa qualité de tiers
propriétaire de l'immeuble.

Le 14 décembre 1998, la Banque a requis la vente des immeubles grevés par les
cédules hypothécaires nos zzz, xxx et yyy.

Cependant, par lettre du 7 mars 2000, elle a indiqué aux frères A.X.________ et
B.X.________ qu'elle serait disposée à maintenir une position d'attente à leur
égard, pendant une durée déterminée, aux conditions admises par les parties,
dont un versement mensuel de 3'000 fr. à effectuer par chacun des deux
débiteurs.

Entre le mois d'avril 2000 et le mois de juillet 2002, A.X.________ et
B.X.________ se sont acquittés, respectivement, d'un total de 102'648 fr. 45 et
de 106'523 fr. 10 de ce chef. Leur endettement total s'élève à 12'621'527 fr.
pour le premier et à 12'469'694 fr. 35 pour le second.

Le 12 septembre 2003, de nouveaux commandements de payer ont été notifiés à
A.X.________ (n°s ... et ...) et à B.X.________ (n°s ... et ...) en rapport
avec les cédules hypothécaires nos yyy, xxx et zzz précitées.

Les poursuivis ont fait opposition totale à tous les commandements de payer
susmentionnés.

Par prononcés consécutifs à une audience du 8 janvier 2004, la Présidente du
Tribunal d'arrondissement compétent, statuant par défaut, a levé provisoirement
ces oppositions.
A.f B.X.________ et A.X.________ ont soulevé l'exception de prescription et
invoqué la compensation.

B.
Par demande du 29 janvier 2004 adressée à la Cour civile du Tribunal cantonal
du canton de Vaud, A.X.________ et B.X.________ ont ouvert action en libération
de dette contre la Banque afin de faire constater qu'ils ne sont pas débiteurs
de celle-ci des montants, en capital et intérêts, formant l'objet des
poursuites n°s ..., ..., ... et .... Les demandeurs ont pris des conclusions
additionnelles tendant à voir la Banque condamnée à payer 3'671'527 fr. à
A.X.________ et 3'519'694 fr. 35 à B.X.________, avec intérêts à 5% l'an dès le
1er juillet 2002, à titre de réparation du préjudice qu'elle leur avait causé
par l'octroi de crédits de manière totalement inconsidérée et par son refus de
négocier pendant cinq ans.

Dans sa réponse du 23 juin 2004, la défenderesse a conclu au rejet de l'action
en libération de dette et des conclusions additionnelles prises par les
demandeurs. Reconventionnellement, elle a réclamé le paiement, par ceux-ci, des
soldes des comptes courants et des avances à terme fixe, soit 8'705'120 fr. 75,
plus intérêts à 9,1/4% l'an dès le 1er juillet 2002, et 3'916'406 fr. 25, plus
intérêts à 8,7/8% l'an dès le 27 février 1993, s'agissant de A.X.________, et
8'553'288 fr. 10, avec intérêts à 9,1/4% l'an dès le 1er juillet 2002, ainsi
que 3'916'406 fr. 25 plus intérêts à 8,7/8% l'an dès le 27 février 1993,
s'agissant de B.X.________.

Statuant le 13 juillet 2010, la Cour civile a rendu un jugement dans le
dispositif duquel elle a admis partiellement l'action en libération de dette
formée par les demandeurs (I), dit que A.X.________ doit payer à la Banque,
d'une part, 4'219'456 fr., avec intérêts à 8,5% dès le 30 septembre 1993, sous
déduction de dix-huit versements de 3'000 fr., de quatre versements de 6'000
fr. et d'un versement de 5'125 fr. 35, valeur à la date de leur paiement (II),
et, d'autre part, 3'916'406 fr. 25, avec intérêts à 8 7/8% dès le 27 février
1993 (III). Elle a reconnu B.X.________ débiteur de la Banque, d'une part, de
4'194'544 fr., avec intérêts à 8,5% l'an dès le 30 septembre 1993, sous
déduction de vingt-neuf versements de 3'000 fr. et d'un versement de 19'523 fr.
10, valeur à la date de leur paiement (IV), et, d'autre part, de 3'916'406 fr.
25, avec intérêts à 8 7/8% dès le 27 février 1993 (V). Elle a levé
définitivement les oppositions formées par les demandeurs aux commandements de
payer relatifs à la poursuite n° ... de l'Office des poursuites et faillites de
... à concurrence de 6'000'000 fr., avec intérêts dès le 4 septembre 2000 à 8 7
/8% sur la somme de 3'916'406 fr. 25 et à 8,5% sur le solde (VI), levé
définitivement les oppositions formées par les demandeurs aux commandements de
payer relatifs à la poursuite n° ... dudit Office à concurrence de 6'000'000
fr. avec intérêts dès le 4 septembre 2000 à 8 7/8% sur la somme de 3'916'406
fr. 25 et à 8,5% sur le solde (VII), levé définitivement l'opposition formée
par B.X.________ au commandement de payer n° ... du même Office à concurrence
de 2'000'000 fr., avec intérêts à 8,5% dès le 4 septembre 2000 (VIII), levé
définitivement l'opposition formée par A.X.________ au commandement de payer n°
... de l'Office en question à concurrence de 2'000'000 fr. avec intérêts à 8,5%
dès le 4 septembre 2000 (IX), réglé le sort des frais de justice (X) et des
dépens (XI) et rejeté toutes autres ou plus amples conclusions (XII).

En droit, les premiers juges ont considéré que les demandeurs devaient payer à
la défenderesse les soldes des avances à terme fixe et des comptes courants à
la date de résiliation de ces prêts, sous déduction des versements effectués
par eux d'avril 2000 à juillet 2002. En ce qui concerne le taux de l'intérêt
moratoire dû sur ces sommes, ils ont retenu, pour les comptes courants, celui
prévu par les lettres d'octroi de crédit du 31 mai 1990 et, pour les avances à
terme fixe, celui prévu par les lettres du 9 octobre 1992 contresignées par les
demandeurs, cet intérêt courant dès la date fixée dans les résiliations des
prêts. Ils ont admis que les créances litigieuses n'étaient pas prescrites. Les
premiers juges ont considéré, par ailleurs, que la Banque n'avait pas violé ses
obligations contractuelles.

C.
C.a Le 14 septembre 2010, les demandeurs (ci-après: les recourants) ont
interjeté séparément un recours en matière civile au Tribunal fédéral. A titre
principal, chacun d'eux conclut à l'admission de son action en libération de
dette et à la constatation qu'il ne doit plus rien à la défenderesse (ci-après:
l'intimée), les oppositions aux commandements de payer nos ..., ... et ...
devant être définitivement maintenues. Subsidiairement, l'un et l'autre
recourant conclut à ce qu'il soit reconnu débiteur de l'intimée de 4'194'544
fr., sans intérêts, sous déduction des montants déjà versés, et de 3'916'406
fr. 25, également sans intérêts. Plus subsidiairement enfin, chaque recourant
reconnaît devoir à l'intimée ces deux sommes, sous imputation des montants déjà
payés, mais avec intérêts à 5% l'an dès le 1er juillet 2002 pour la première et
à compter du 27 février 1993 (A.X.________), resp. du 11 décembre 2003
(B.X.________), pour la seconde. B.X.________ demande en outre, relativement à
ses conclusions subsidiaires, que ses oppositions aux commandements de payer
précités soient maintenues pour les montants dépassant ceux qui seront alloués
à la créancière.
C.b Parallèlement à leurs recours en matière civile, A.X.________ et
B.X.________ ont recouru sur le plan cantonal contre le jugement de la Cour
civile. De ce fait, la procédure de recours fédérale a été suspendue à l'égard
des deux recourants jusqu'à droit connu sur les recours cantonaux par
ordonnances présidentielles du 22 septembre 2010.

Par arrêt du 25 novembre 2010 notifié le 23 mars 2011 aux parties, la Chambre
des recours du Tribunal cantonal vaudois a rejeté les deux recours et maintenu
le jugement attaqué.
C.c Le 9 mai 2011, A.X.________ a déposé un recours en matière civile
complémentaire dans lequel il a confirmé ses précédentes conclusions.

Les demandes d'effet suspensif présentées par les deux recourants ont été
rejetées par ordonnances présidentielles du 15 juin 2011.

Dans ses réponses du 20 juin 2011, l'intimée propose le rejet des deux recours.
La Cour civile s'en remet à justice quant au sort de ceux-ci.

Considérant en droit:

1.
Les recours soumis à l'examen du Tribunal fédéral visent tous deux le même
arrêt cantonal. Ils ont trait à la même affaire et soulèvent des questions
juridiques qui leur sont communes, en partie du moins. Dans ces conditions,
l'économie de la procédure justifie que les causes 4A_513/2010 et 4A_515/2010
soient jointes pour être traitées dans un seul et même arrêt.

2.
2.1 Interjetés par les demandeurs à l'action en libération de dette, qui ont
qualité pour le faire puisqu'ils n'ont obtenu que partiellement gain de cause
devant l'autorité précédente (art. 76 al. 1 LTF), et dirigés contre une
décision finale (art. 90 LTF) rendue en matière civile (art. 72 al. 1 LTF) par
une autorité cantonale de dernière instance (art. 75 al. 1 LTF) dans une
affaire dont la valeur litigieuse atteint le seuil prescrit (art. 74 al. 1 let.
b LTF), les deux recours en matière civile soumis à l'examen du Tribunal
fédéral, qui ont été déposés dans la forme prévue par la loi (art. 42 LTF),
sont recevables sous ces différents angles.

2.2 Le recours contre une décision doit être déposé devant le Tribunal fédéral
dans les 30 jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art.
100 al. 1 LTF). Cependant, si, comme c'est le cas dans la présente espèce, la
décision d'un tribunal cantonal supérieur peut être déférée à une autorité
judiciaire cantonale pour une partie seulement des griefs visés aux art. 95 à
98 LTF, le délai de recours commence à courir à compter de la notification de
la décision de cette autorité (art. 100 al. 6 LTF). En vertu de cette dernière
disposition, les recourants étaient en droit d'attaquer, dans les 30 jours dès
la notification de l'arrêt de la Chambre des recours, aussi bien ledit arrêt
que le jugement rendu antérieurement par la Cour civile. Seul A.X.________ a
fait usage, partiellement du reste, d'une telle faculté en déposant, en temps
utile (art. 100 al. 1 LTF en liaison avec les art. 45 al. 1 et 46 al. 1 let. a
LTF), un mémoire de recours complémentaire visant uniquement le jugement rendu
par la Cour civile. Quant au recours en matière civile principal dirigé contre
ledit jugement et au recours en matière civile interjeté par B.X.________
contre cette décision, ils avaient été déposés avant droit connu sur l'arrêt de
la Chambre des recours. Prématurés, ces deux recours n'en étaient pas moins
recevables, à l'instar du recours complémentaire formé subséquemment par
A.X.________ (cf. arrêt 4A_31/2009 du 30 novembre 2009 consid. 2 et l'arrêt
cité). Il y a lieu, partant, d'entrer en matière.

2.3 Le recours en matière civile peut être formé pour violation du droit
fédéral (art. 95 let. a LTF), y compris le droit constitutionnel (ATF 135 III
670 consid. 1.4 p. 674; 134 III 379 consid. 1.2 p. 382). Le Tribunal fédéral
applique le droit d'office (art. 106 al. 1 LTF). Il n'est pas limité par les
arguments soulevés dans le recours ni par la motivation retenue par l'autorité
précédente; il peut donc admettre un recours pour d'autres motifs que ceux qui
ont été articulés ou, à l'inverse, rejeter un recours en adoptant une
argumentation différente de celle de l'autorité précédente (ATF 135 III 397
consid. 1.4 p. 400; 134 III 102 consid. 1.1 p. 104). Compte tenu de l'exigence
de motivation figurant à l'art. 42 al. 1 et 2 LTF, sous peine d'irrecevabilité
(art. 108 al. 1 let. b LTF), le Tribunal fédéral n'examine en principe que les
griefs invoqués; il n'est pas tenu de traiter, comme le ferait une autorité de
première instance, toutes les questions juridiques qui se posent, lorsque
celles-ci ne sont plus discutées devant lui (ATF 135 III 397 consid. 1.4 p.
400; 134 III 102 consid. 1.1 p. 105). Par exception à la règle selon laquelle
il applique le droit d'office, il ne peut entrer en matière sur la violation
d'un droit constitutionnel ou sur une question relevant du droit cantonal ou
intercantonal que si le grief a été invoqué et motivé de manière précise par la
partie recourante (art. 106 al. 2 LTF; ATF 135 III 397 consid. 1.4 p. 400 s.).

2.4 Le Tribunal fédéral doit conduire son raisonnement juridique sur la base
des faits constatés dans la décision attaquée (art. 105 al. 1 LTF); en règle
générale, les allégations de fait et les moyens de preuve nouveaux sont
irrecevables (art. 99 al. 1 LTF). Le tribunal peut compléter ou rectifier même
d'office les constatations de fait qui se révèlent manifestement inexactes,
c'est-à-dire arbitraires au sens de l'art. 9 Cst. (ATF 133 II 249 consid. 1.1.2
p. 252), ou établies en violation du droit (art. 105 al. 2 LTF). La partie
recourante est autorisée à attaquer les constatations de fait ainsi viciées si
la correction du vice est susceptible d'influer sur le sort de la cause (art.
97 al. 1 LTF).

Force est toutefois de souligner, à cet égard, que, dans la mesure où ils
entendraient reprocher à la Cour civile d'avoir établi les faits de manière
arbitraire dans son jugement du 13 juillet 2010, les recourants n'y seraient
plus recevables à ce stade de la procédure, faute d'avoir soumis les griefs
correspondants à l'examen de la Chambre des recours ou, s'ils l'ont fait, faute
d'avoir attaqué l'arrêt de cette autorité rejetant les griefs en question (cf.
arrêt 4A_17/2009 du 14 avril 2009 consid. 1.2).

3.
Devant la Cour civile, les demandeurs à l'action en libération de dette avaient
aussi pris des conclusions additionnelles afin que l'intimée fût condamnée à
payer 3'671'527 fr. à l'un et 3'519'694 fr. 35 à l'autre (cf. let. B.
ci-dessus). Ils ont été déboutés de leurs conclusions sur ce point et ne
remettent pas en cause le rejet de celles-ci. Dès lors, quel que soit le
résultat de l'examen de leurs griefs, les recourants ne sauraient se voir
allouer une quelconque somme, ne pouvant prétendre au mieux qu'à l'admission
totale de leurs conclusions libératoires.

La même remarque peut être faite en ce qui concerne la part, non admise dans le
jugement déféré, des prétentions élevées par l'intimée à l'encontre des deux
recourants. Faute d'un recours de l'intimée, celle-ci ne pourra obtenir
davantage, devant la Cour de céans, que ce qu'elle s'est vu reconnaître par
l'autorité précédente.

Cela étant, il y a lieu de passer à l'examen des moyens soulevés par les
recourants à l'encontre du jugement attaqué. Dans un premier temps, l'analyse
portera sur ceux qui se rapportent aux créances de l'intimée, en capital et
intérêts (I). Une fois fixée la dette de chaque recourant envers la créancière,
il conviendra de rechercher si le débiteur peut se soustraire à son paiement en
la compensant avec sa propre créance du chef de la prétendue violation, par
l'intimée, de ses obligations contractuelles à son égard (II). Dans la mesure
où la plupart des griefs articulés dans l'un et l'autre recours se recoupent,
il n'est pas nécessaire d'envisager séparément la situation de chaque
recourant. Il suffira de traiter de manière distincte, le cas échéant, le ou
les arguments qui ne seraient avancés que par un seul des deux recourants.

I.

4.
4.1 Dans un moyen qui leur est commun, les deux recourants reprochent à la Cour
civile de ne point s'être avisée du fait que les prétentions élevées à leur
encontre par l'intimée, dans ses conclusions reconventionnelles du 23 juin 1994
(cf. let. B., 2e §, ci-dessus), étaient prescrites en tant qu'elles dépassaient
les montants de 6'000'000 fr. et de 2'000'000 fr., avec intérêts à 10% l'an dès
le 4 septembre 2000, afférents aux poursuites en réalisation des cédules
hypothécaires introduites par la créancière.

Le moyen tombe à faux. Comme le souligne avec raison l'intimée, il ne s'agit
pas de déterminer, à ce stade de la procédure, si une partie des prétentions
formulées par elle dans l'instance cantonale était prescrite ou non, mais de
vérifier que celles qui ont été admises par les premiers juges ne le fussent
point. Or, relativement aux seuls montants mis à la charge des recourants, les
explications fournies par la cour cantonale au considérant IX de son jugement
(p. 54 à 56) n'apparaissent en rien contraires au droit fédéral. La
prescription a couru dès le 10 décembre 1993, suite à la dénonciation avec
effet immédiat des crédits en compte courant et des avances à terme fixe (art.
130 al. 1 CO). Les parties s'accordent pour dire que son délai était de dix
ans, en vertu de l'art. 127 CO. Conformément à l'art. 135 ch. 2 CO, la
prescription a été interrompue une première fois, le 8 mars 1994, par la
notification à chacun des deux débiteurs d'un commandement de payer portant sur
un capital et des intérêts identiques à ceux qui figurent sous chiffres II à V
du dispositif du jugement attaqué, une seconde fois, le 21 mai 1996, par un
nouveau commandement de payer de même contenu, une troisième fois enfin, le 23
juin 2004, par le dépôt de la demande reconventionnelle tendant au paiement des
soldes des comptes courants et des avances à terme fixe. Elle a repris son
cours à compter de chaque acte de poursuite (art. 138 al. 2 CO), puis, durant
l'instance, à compter de chaque acte judiciaire des parties et de chaque
ordonnance ou décision du juge (art. 138 al. 1 CO), de sorte que le délai de
dix ans ne s'est jamais écoulé complètement.

Au demeurant, il faut admettre, avec l'intimée, en tout cas pour ce qui
concerne les crédits en compte courant octroyés aux recourants, que ces
derniers ont eux-mêmes interrompu la prescription des créances y relatives en
effectuant des versements mensuels, d'avril 2000 à juillet 2002, pour payer une
partie des intérêts dus ou commencer à rembourser ces crédits (art. 135 ch. 1
CO).

4.2 Dans ce contexte, A.X.________ fait encore valoir, à titre subsidiaire,
que, si le commandement de payer qui lui a été notifié le 8 mars 1994 portait
sur la somme de 4'219'456 fr., celui qui lui a été notifié le 21 mai 1996 ne
portait plus que sur la somme de 4'194'544 fr. Dès lors, selon lui, la
prescription serait acquise pour la créance dépassant ce dernier montant, étant
donné qu'il s'est écoulé plus de dix ans entre l'envoi du premier commandement
de payer et le dépôt de la réponse contenant les conclusions reconventionnelles
de l'intimée.

Le grief considéré ne peut pas être admis. D'abord, s'il est vrai que, dans sa
narration des circonstances pertinentes, la Cour civile constate que le
commandement de payer notifié le 21 mai 1996 à A.X.________ portait, notamment,
sur la somme de 4'194'544 fr. (jugement, p. 23, 2e §), il est non moins vrai
que, dans la partie juridique de sa décision, elle retient, en se référant au
commandement de payer du 8 mars 1994 portant sur la somme de 4'219'456 fr. et à
celui notifié le même jour à B.X.________, que, "[l]e 21 mai 1996, de nouvelles
poursuites ont été introduites à l'encontre des demandeurs pour les mêmes
sommes" (jugement, p. 55/56; termes mis en évidence par la Cour de céans),
ajoutant que les montants formant l'objet des poursuites "correspondent aux
créances causales en faveur de la défenderesse, telles qu'établies ci-dessus"
(jugement, p. 56, consid. IX, dernier §). Autrement dit, la Cour civile a fondé
sa décision sur le fait que la seconde poursuite portait, elle aussi, sur la
somme de 4'219'456 fr., à l'instar de la première. Comme A.X.________ ne
critique pas la constatation sur laquelle les juges cantonaux se sont fondés,
le Tribunal fédéral doit s'y tenir (art. 105 al. 1 LTF), sans chercher à
déterminer laquelle des deux constatations inconciliables correspond à la
réalité. L'argumentation développée par le recourant s'en trouve réduite à
néant.

Quoi qu'il en soit, la situation de cette partie ne serait pas meilleure s'il
fallait rectifier d'office la constatation décisive des premiers juges, en
application de l'art. 105 al. 2 LTF, et retenir que la seconde poursuite
portait sur la somme de 4'194'544 fr. Il faut, en effet, garder à l'esprit que
la créance dont il est ici question est celle qui résultait de la dénonciation
du crédit en compte courant alloué à A.X.________. Or, comme on l'a vu, la
prescription de cette créance a été interrompue à tout le moins dès le mois
d'avril 2000 du fait des versements opérés par le débiteur (cf. consid. 4.1,
dernier §, ci-dessus). Le délai de prescription décennal ne s'est donc jamais
entièrement écoulé entre l'envoi du commandement de payer du 8 mars 1994 et le
premier acte interruptif émanant du débiteur.

Il s'ensuit que la créance de 4'219'456 fr., admise par la Cour civile, n'était
pas prescrite.

4.3 De son côté, B.X.________ rappelle que le commandement de payer interruptif
de prescription qui lui a été notifié le 12 septembre 2003 portait sur un
montant de 6'000'000 fr. avec intérêts à 10% dès le 4 septembre 2000. Or,
poursuit-il, dans ses conclusions reconventionnelles, l'intimée lui a réclamé
la somme de 8'553'288 fr. 10 avec intérêts à 9,1/4% l'an dès le 1er juillet
2002. Et d'en déduire qu'en vertu du principe ne eat iudex ultra petita
partium, dans l'hypothèse la plus favorable à l'intimée, le montant de
6'000'000 fr. ne pouvait être assorti d'un intérêt pour la période antérieure
au 1er juillet 2002. Aussi, la Cour civile aurait-elle retenu à tort, sous
chiffre IV du dispositif de son jugement, relativement au montant de 4'194'544
fr., "que l'intérêt est dû antérieurement au 1er juillet 2002".

A dire vrai, le sens de ce grief n'est pas perceptible, non plus que la
relation entre la critique qu'y formule le recourant et le problème de la
prescription. Le chef du dispositif du jugement déféré, auquel le recourant se
réfère, indique, en effet, que la somme de 4'194'544 fr., à payer par
B.X.________, portera intérêts à 8,5% l'an "dès le 30 septembre 1993". Il
s'agit très précisément de la date qui a été apposée en regard de ladite somme
dans les commandements de payer notifiés les 8 mars 2004 et 21 mai 2006 au
prénommé, lesquels ont interrompu la prescription de cette créance et des
intérêts y afférents. De surcroît, les versements effectués par le recourant
sur son compte courant débiteur d'avril 2000 à juillet 2002 ont interrompu à
nouveau le cours de la prescription; celle-ci n'est donc jamais intervenue,
quoi qu'en dise le recourant.

Quant au principe ne eat iudex ultra petita partium, il fait l'objet d'un moyen
spécifique et plus général soulevé par les deux recourants. Dès lors, il peut
être renvoyé ici aux considérations qui seront émises lors du traitement de ce
moyen (cf. consid. 5.2 ci-après).

5.
Les recourants soulèvent, par ailleurs, la question de l'intérêt moratoire
alloué à l'intimée. Ils contestent, à cet égard, tant le taux que la date de
départ de cet intérêt, tels qu'ils ont été retenus par la Cour civile. Il y a
lieu d'examiner successivement ces deux points.

5.1 S'agissant du taux de l'intérêt moratoire, les recourants, se fondant sur
l'arrêt rendu le 9 septembre 2004 dans la cause 4C.131/2004 et publié
partiellement aux ATF 130 III 694, soutiennent que la cour cantonale aurait dû
appliquer le taux légal de 5% l'an, faute d'un accord des parties quant au taux
applicable après la dénonciation des crédits ou pour maintenir ultérieurement
les taux d'intérêt stipulés dans les contrats résiliés.

Aux termes de l'art. 104 al. 1 et 2 CO, le débiteur qui est en demeure pour le
paiement d'une somme d'argent doit l'intérêt moratoire à 5% l'an, même si un
taux inférieur avait été fixé pour l'intérêt conventionnel (al. 1). Si le
contrat stipule, directement ou sous la forme d'une provision de banque
périodique, un intérêt supérieur à 5%, cet intérêt plus élevé peut également
être exigé du débiteur en demeure (al. 2). Le texte du deuxième alinéa de la
disposition citée est clair et ne souffre aucune interprétation qui s'en
écarterait: si la dette portait déjà intérêt avant la demeure à un taux
supérieur au taux légal, c'est ce taux conventionnel qui s'applique à titre de
taux de l'intérêt moratoire (ATF 130 III 312 consid. 7.1 p. 319 confirmé par
l'arrêt 4A_204/2009 du 10 septembre 2009 consid. 2; cf., parmi d'autres:
WOLFGANG WIEGANG, Commentaire bâlois, Obligationenrecht I, 4e éd. 2007, n° 7 ad
art. 104 CO; GAUCH/SCHLUEP/SCHMID/EMMENEGGER, Schweizerisches
Obligationenrecht, Allg. Teil, vol. II, 9e éd 2008, n° 2690; LUC THÉVENOZ,
Commentaire romand, Code des obligations I, 2003, n° 14 ad art. 104 CO;
STÉPHANE SPAHR, L'intérêt moratoire, conséquence de la demeure, in RVJ 1990 p.
351 ss, 366). Le débiteur ne doit, en effet, pas pouvoir profiter de conditions
plus favorables que celles qu'il a acceptées en concluant le contrat, du seul
fait qu'il est en demeure (jugement du Tribunal cantonal valaisan du 7
septembre 1995, in RVJ 1996 p. 286 ss, 290). L'arrêt fédéral invoqué par les
recourants traite essentiellement de l'interdiction de l'anatocisme en liaison
avec la résiliation d'un contrat de compte courant, problème qui n'est pas
d'actualité en l'espèce dès lors que les premiers juges n'ont pas procédé à une
composition de l'intérêt moratoire (sur cette figure juridique, cf. THÉVENOZ,
op. cit., n° 6 ad art. 105 CO). Vrai est-il, toutefois, que, dans un passage
non publié de ce précédent, il a été jugé qu'il convenait d'appliquer le taux
légal de 5%, étant donné qu'aucune disposition des conditions générales et
spéciales de la banque "ne précis[ait] le taux d'intérêt valable après la
résiliation du contrat" (arrêt 4C.131/2004, précité, consid. 4; préposition
mise en évidence par la Cour de céans). Dans la mesure où elle paraît avoir
voulu exclure, ce faisant, la possibilité d'appliquer au débiteur en demeure le
taux fixé pour l'intérêt conventionnel, la Ire Cour civile s'est écartée de
l'opinion qu'elle avait émise dans un arrêt rendu quelques mois auparavant (ATF
130 III 312, précité), qui a été confirmé par la suite (arrêt 4A_204/2009,
susmentionné), et a exprimé un avis qui n'est pas compatible avec le texte même
de l'art. 104 al. 2 CO, comme l'ont souligné les commentateurs de l'arrêt en
question (DANIEL SCHWANDER, in Pra 2005 n° 64 p. 497; CORINNE
ZELLWEGER-GUTKNECHT, in Aktuelle Rechtsprobleme des Finanz- und Börsenplatzes
Schweiz, 12/2004, p. 203). Aussi les recourants ne sauraient-ils s'appuyer sur
ce précédent pour réclamer l'application du taux légal de 5%.

Dès lors, la cour cantonale n'a pas violé le droit fédéral en portant en
compte, au titre de l'intérêt moratoire, les taux arrêtés d'un commun accord
par l'intimée et chacun des recourants pour la rémunération des différents
crédits que la première avait octroyés aux seconds.

5.2 Invoquant le principe ne eat iudex ultra petita partium, les recourants
font grief à la Cour civile d'avoir retenu la date du 30 septembre 1993 comme
dies a quo pour le cours de l'intérêt moratoire sur les créances afférentes aux
comptes courants, alors que, dans les conclusions reconventionnelles déposées
avec sa réponse du 23 juin 2004, l'intimée n'avait réclamé l'intérêt moratoire
qu'à partir du 1er juillet 2002.

Le principe ne eat iudex ultra petita partium est énoncé à l'art. 58 al. 1 du
Code de procédure civile du 19 décembre 2008 (CPC; RS 272), entré en vigueur le
1er janvier 2011. Il fait donc actuellement partie du droit fédéral. Cependant,
le 13 juillet 2010, lorsque le jugement attaqué a été prononcé, ce principe
relevait du droit cantonal (ATF 111 II 358 consid. 1 p. 360; arrêt 4P.285/2005
du 27 mars 2006 consid. 5.2.1.1). Par conséquent, les recourants ne pouvaient
pas faire de sa violation un grief autonome, puisque, sauf dans les hypothèses
visées par les let. c et d de l'art. 95 LTF, la violation du droit cantonal ne
constitue pas un motif de recours au sens de cette disposition. Ils n'auraient
pu s'en plaindre, au titre de la violation du droit fédéral (art. 95 let. a
LTF), qu'en soulevant le moyen pris de l'application arbitraire (art. 9 Cst.)
de la disposition du droit de procédure civile vaudois énonçant ce principe.
Or, ils ne l'ont pas fait. Comme le Tribunal fédéral ne peut pas examiner
d'office la violation de droits fondamentaux (art. 106 al. 2 LTF), le grief
considéré se révèle irrecevable.

Au demeurant, il appert de l'arrêt de la Chambre des recours du 25 novembre
2010 que A.X.________ avait fait valoir, devant cette autorité, le moyen fondé
sur la violation de l'art. 3 du Code de procédure civile vaudois, qui énonçait
le susdit principe, moyen qui avait été jugé recevable, mais infondé (p.26/27
consid. 3). D'où il suit que le grief tiré de la violation du même principe,
que B.X.________ soumet au Tribunal fédéral sans l'avoir apparemment formulé
dans son recours cantonal, est irrecevable à un autre titre aussi, à savoir
pour défaut d'épuisement des instances cantonales (art. 75 al. 1 LTF). La même
remarque vaut d'ailleurs pour A.X.________, lequel attaque, sur ce point, non
pas l'arrêt de la Chambre des recours qui a écarté le grief correspondant, mais
le jugement de la Cour civile qui n'émane pas de la dernière instance cantonale
à cet égard, étant précisé que le recours complémentaire déposé par l'intéressé
ne vise, lui aussi, que le jugement de première instance.

Serait-elle recevable, la critique formulée par les recourants ne pourrait, de
toute façon, qu'être rejetée. En effet, comme l'intimée le démontre dans sa
réponse par des calculs que les recourants n'ont pas cherché à réfuter dans une
réplique, et comme les juges de la Chambre des recours l'ont constaté, le total
des intérêts portés en compte par la Cour civile est inférieur aux intérêts
dont l'intimée a réclamé le paiement en procédure.

5.3 En ce qui concerne l'avance à terme fixe, B.X.________ fait encore valoir
que la Cour civile n'aurait pas dû faire courir l'intérêt moratoire sur les
3'916'406 fr. 25 alloués à l'intimée de ce chef dès le 27 février 1993, mais,
"en application des principes qui précèdent", à compter du 11 décembre 1993,
soit un jour après la dénonciation du prêt.

Tel qu'il est présenté, le grief n'est pas recevable, faute d'une motivation
suffisante, outre les raisons déjà invoquées. On peine, d'ailleurs, à discerner
le rapport entre ce grief et le principe ne eat iudex ultra petita partium,
d'autant que l'intimée a réclamé, pour cette créance, un intérêt moratoire à
partir du 27 février 1993 (conclusion IV de la réponse du 23 juin 2004). Pour
le reste, force est de constater que la Cour civile a fourni, quant au choix de
cette date, une explication spécifique que le recourant laisse intacte
(jugement, p. 54 let. c, 2e §).

6.
6.1 En vertu de l'art. 845 al. 1 CC, le propriétaire de l'immeuble grevé du
gage, qui n'est pas lui-même débiteur de la cédule hypothécaire, est soumis aux
règles applicables en matière d'hypothèques. L'une de ces règles - l'art. 831
CC - prévoit que, lorsque le propriétaire n'est pas personnellement tenu, la
dénonciation du remboursement par le créancier ne lui est opposable que si elle
a lieu tant à son égard qu'à l'égard du débiteur.

Appliquant ces dispositions à la présente espèce, la Cour civile constate, tout
d'abord, que les cédules hypothécaires nos xxx et yyy ont été dénoncées à leurs
débiteurs respectifs, B.X.________ et A.X.________, par courriers du 23 avril
1996. Elle souligne ensuite qu'aucune de ces deux cédules n'a été dénoncée au
tiers propriétaire, à savoir le frère du débiteur inscrit sur la cédule.
Toutefois, ajoute-t-elle, chacun des recourants s'est vu notifier par
l'intimée, le 6 février 1997, en sa qualité de tiers propriétaire, un
commandement de payer relatif à la cédule souscrite par son frère (poursuites
nos ... et ...). A son avis, une telle notification correspondait à une
dénonciation au sens de l'art. 831 CC, en tant qu'elle manifestait, de manière
clairement reconnaissable, la volonté de la créancière d'exiger le paiement de
la cédule. Sans doute, concède la cour cantonale, la dénonciation n'était-elle
pas immédiatement opposable au tiers propriétaire, car elle devait être faite
moyennant un préavis de six mois, conformément à la teneur des deux cédules;
cependant, elle l'est devenue six mois plus tard, soit bien avant la
notification, le 12 septembre 2003, à chacun des demandeurs, des commandements
de payer nos ... et ..., concernant les mêmes cédules, pour lesquels la Cour
civile a prononcé la mainlevée définitive des oppositions faites par les
recourants (ch. VI et VII du dispositif du jugement attaqué).

6.2 Seul l'un des recourants, en l'occurrence A.X.________, s'en prend à cette
motivation. Selon lui, un commandement de payer ne saurait correspondre à une
dénonciation au sens de l'art. 831 CC, car il n'en remplit pas les conditions
de validité, s'agissant d'un acte de poursuite qui ne fait pas ressortir la
volonté du créancier de résilier le contrat. Le recourant relève, en outre, que
les commandements de payer sont postérieurs de quelque dix mois aux lettres de
dénonciations que l'intimée a adressées aux débiteurs des cédules. Dès lors,
selon ce recourant, la mainlevée définitive ne pouvait pas être prononcée dans
le cadre des deux poursuites susmentionnées, faute pour la créancière d'avoir
respecté le principe de la double dénonciation.

6.3 La dénonciation de la dette doit également être adressée au tiers
propriétaire de l'immeuble afin qu'il puisse au besoin prévenir la réalisation
forcée en éteignant la dette (cf. art. 827 CC; PAUL-HENRI STEINAUER, Les droits
réels, tome III, 3e éd. 2003, n° 2815c; BERNHARD TRAUFFER, in Commentaire
bâlois, Zivilgesetzbuch II, 3e éd. 2007, n° 1 ad art. 831 CC). L'art. 831 CC,
qui établit ce principe, et l'art. 844 al. 1 CC, qui règle la dénonciation de
la cédule hypothécaire, ne prévoient aucune forme particulière pour une telle
démarche. Quant au contenu de la dénonciation, il est nécessaire, mais
suffisant, que celle-ci fasse ressortir clairement l'intention du créancier de
réclamer le remboursement de la dette cédulaire. Du reste, comme la doctrine le
souligne à juste titre, "la dénonciation du remboursement", stricto sensu,
n'est pas concevable dans le cas du tiers propriétaire, celui-ci n'étant pas le
débiteur de la créance incorporée dans la cédule hypothécaire ou garantie par
une hypothèque, de sorte qu'il suffit que le créancier porte à sa connaissance
la dénonciation faite au débiteur (HANS LEEMANN, Commentaire bernois, 1925, n°
3 ad art. 831 CC; TRAUFFER, op. cit., n° 2 ad art. 831 CC).
En l'espèce, à réception du commandement de payer du 6 février 1997, qui lui
était adressé personnellement en qualité de "tiers propriétaire de l'immeuble"
et qui faisait référence expresse à la lettre de dénonciation du 23 avril 1996,
chacun des recourants ne pouvait plus ignorer que son frère était recherché par
l'intimée pour le montant indiqué dans le commandement de payer et au titre de
la cédule hypothécaire mentionnée dans cet acte. Il pouvait d'autant moins
ignorer la chose, abstraction faite des liens de parenté l'unissant au
débiteur, qu'il avait reçu, à la même date, un courrier de dénonciation
similaire touchant sa propre dette à l'égard du même établissement bancaire.
Aussi la Cour civile n'a-t-elle pas violé l'art. 831 CC en assimilant ledit
commandement de payer à une dénonciation adressée au tiers propriétaire. Elle
ne l'a pas davantage méconnu en retenant que la poursuite, pour laquelle elle a
levé définitivement les oppositions formées par le débiteur et le propriétaire
du gage, portait sur une dette exigible ratione temporis. Pour le surplus, le
fait pour A.X.________ de plaider son ignorance quant aux véritables intentions
de l'intimée n'apparaît guère compatible avec les règles de la bonne foi dans
les circonstances particulières qui caractérisent la présente affaire.

II.

7.
Les créances de l'intimée à l'égard des recourants ayant ainsi été établies
correctement par la Cour civile, il reste à examiner si les débiteurs étaient
en droit de leur opposer en compensation leurs propres créances du chef de la
responsabilité de la banque en tant que dispensatrice de crédits. On commencera
par rappeler les principes juridiques régissant ce type de responsabilité
bancaire avant de les appliquer aux circonstances du cas concret à la lumière
des arguments présentés de part et d'autre.

7.1 La jurisprudence s'est interrogée sur les devoirs spécifiques d'information
et de conseil des banques dans le cadre de pourparlers contractuels (cf. arrêt
4C.108/2002 du 23 juillet 2002 consid. 2b, traduit in Pra 2003 no 51 p. 244;
arrêt 4C.410/1997 du 23 juin 1998 consid. 3, publié in Pra 1998 no 155 p. 827
et traduit in SJ 1999 I 205; voir aussi: ATF 124 III 155 consid. 3a p. 162; 119
II 333 consid. 5a). Il en ressort que la banque, pas plus que n'importe quel
autre partenaire en négociation, n'est tenue de libérer le client potentiel du
risque lié à sa décision dans la phase préalable au contrat; la règle de base,
également à ce stade, est celle de la responsabilité personnelle. Hormis son
intérêt propre de couverture, qui ne concerne pas cette problématique, la
banque n'est en règle générale pas tenue de faire des investigations sur le
besoin de crédit du client, sur ses intentions quant à l'utilisation des fonds
ou sur la justification matérielle et l'opportunité de sa demande; le banquier
n'est pas le tuteur de son client (arrêt 4C.108/2002, précité, ibid.). A titre
exceptionnel toutefois, la banque est tenue à un devoir de loyauté l'obligeant
à informer le client de manière étendue. Un devoir précontractuel de mise en
garde incombe notamment à la banque lorsqu'elle peut prévoir un danger non
reconnaissable pour le client et menaçant un placement ou en cas de conflit
d'intérêts; par exemple, la banque ne doit pas encourager les crédits à une
entreprise en danger dans le but de favoriser le remboursement de ses propres
créances incertaines. Si le client réclame un crédit qui n'est pas lié à une
affaire à connotation bancaire, la banque n'a pas de devoir général de conseil,
sous réserve des affaires conclues avec la banque, à son instigation ou par son
intermédiaire. Un devoir de mise en garde n'existe que dans des conditions très
spécifiques, notamment en cas de connaissances particulières de la banque quant
au risque spécial lié au financement d'un projet (arrêt 4C.82/2005 du 4 août
2005 consid. 6.2).

7.2 Appliquant ces principes aux faits retenus par elle, la Cour civile a émis
les considérations résumées ci-après.

S'agissant des gages immobiliers fournis par les recourants en garantie des
crédits alloués, il résulte de l'expertise judiciaire, qu'entre 1989 et 1990,
le prix pratiqué pour des terrains constructibles comparables était de 550 fr.
le m2. Certes, l'intimée a tenu compte de l'évolution probable de la valeur des
immeubles. Elle n'a toutefois pas procédé, ce faisant, à une évaluation
audacieuse puisque les objets de comparaison étaient vendus à un prix
similaire. Aussi est-ce à tort que les recourants lui font grief de s'être
satisfaite d'une garantie immobilière insuffisante tout en spéculant sur une
augmentation hypothétique de la valeur de cette garantie.

Chaque recourant disposait à l'époque d'un revenu annuel d'un peu plus de
100'000 fr., alors que les intérêts, au taux de 8,5%, sur le crédit de
6'000'000 fr. qui lui avait été alloué représentaient un montant supérieur à
500'000 fr. par an. En dépit de cette disproportion évidente entre la charge
d'intérêts et le revenu des emprunteurs, l'intimée ne saurait se voir reprocher
d'avoir accordé des crédits avec légèreté. En effet, les projets des recourants
n'avaient aucun lien avec le domaine bancaire, de sorte que la Banque ne
disposait d'aucune connaissance particulière propre à justifier une mise en
garde. Les recourants ne lui avaient d'ailleurs pas donné de détails quant à
leurs projets lors de l'octroi des crédits; elle n'était donc pas tenue de
vérifier la faisabilité des projets financés avec son concours ni d'instruire
les emprunteurs des risques liés aux promotions immobilières réalisées à
l'étranger, ne devant considérer, à ce stade, que son propre risque. Au
demeurant, admettre la position des recourants impliquerait qu'une personne
sans activité lucrative, mais détenant une fortune immobilière importante, ne
pourrait pas se voir octroyer un crédit en vue de lancer un projet du fait que
la banque risquerait, sinon, d'être actionnée ultérieurement pour ne s'être pas
assurée que l'emprunteur était en mesure de payer les intérêts avec ses revenus
usuels. Cela reviendrait à étendre par trop la notion de responsabilité de la
banque dispensatrice de crédits.

Les recourants soutiennent également à tort que l'intimée aurait dû examiner
les projets qu'ils entendaient réaliser à l'étranger et les dissuader de s'y
engager. D'abord, ils ne l'avaient pas consultée à ce sujet. Ensuite, la Banque
ne disposait d'aucune connaissance particulière lui permettant de détecter un
danger relatif à un projet immobilier mis en oeuvre à l'étranger. Enfin, les
recourants eux-mêmes étaient assistés de professionnels (architecte, courtiers,
etc.), tant en Suisse qu'à l'étranger.
D'où il suit que l'intimée n'assumait aucune obligation particulière
d'information envers les recourants et qu'elle n'a ainsi pas violé ses devoirs
en leur octroyant les crédits litigieux.

7.3 A l'encontre de cette argumentation, les recourants font valoir des moyens
qui se recoupent et qui peuvent, dès lors, faire l'objet d'un seul et même
examen.
7.3.1 En premier lieu, les recourants reprochent à l'intimée de ne pas avoir
fait montre de ce qu'ils appellent une "curiosité active" et de s'être
totalement désintéressée de l'arrière-plan économique des demandes de crédit
déposées par eux. A les en croire, la Banque aurait violé son devoir de
diligence à leur égard en ne prenant pas le moindre renseignement sur
l'affectation des fonds empruntés et en ne s'interrogeant pas sur la viabilité
de leurs projets immobiliers.

Le reproche ainsi formulé prend appui sur l'opinion du professeur FRANÇOIS
CHAUDET (L'obligation de diligence du banquier en droit privé, in RDS 113/1994,
vol. II, p. 1 ss, spéc. p. 60 ss, nos 117 ss), lequel pose en la matière des
exigences qui vont au-delà de celles fixées par la jurisprudence fédérale
susmentionnée (cf. LUC THÉVENOZ, La responsabilité fondée sur la confiance dans
les services bancaires et financiers, in La responsabilité fondée sur la
confiance - Vertrauenshaftung, Publications du Centre d'études juridiques
européennes, Genève 2001, p. 37 ss, 40 in limine), rendue en connaissance de
cette opinion, jurisprudence dont les recourants ne sollicitent pas un
réexamen. Ce reproche n'est pas fondé.

En l'occurrence, les crédits demandés par les recourants n'étaient pas liés à
des affaires à connotation bancaire, dans le sens restrictif que la
jurisprudence donne à cette expression (cf. arrêt 4C.410/1997, précité, consid.
3c, dernier §, qui cite l'exemple des placements en valeurs mobilières), mais à
des promotions immobilières qui devaient être réalisées à l'étranger (Portugal
et Espagne), dans les secteurs agricoles et touristiques notamment. Dans son
recours complémentaire, A.X.________ objecte que l'immobilier est l'un des
domaines clés de l'activité d'une banque, tout particulièrement lorsqu'il
s'agit d'une caisse d'épargne et de crédit. Toutefois, de ce que l'octroi de
prêts hypothécaires caractérise ce type d'établissements, il ne s'ensuit pas
pour autant qu'une telle activité puisse être rangée dans la catégorie des
affaires à connotation bancaire strico sensu. Dès lors, l'intimée n'était pas
fondamentalement tenue de vérifier d'office la possibilité pour les recourants
de réaliser - d'un point de vue juridique ou économique - les projets
envisagés, ni d'instruire les preneurs de crédit des risques liés au
financement d'affaires de ce genre. Les premiers juges constatent, au
demeurant, que les recourants, d'ailleurs assistés de professionnels
(architecte, courtiers, etc.), n'avaient pas sollicité les conseils de
l'intimée et ne lui avaient pas donné de détails au sujet de leurs projets lors
de l'octroi des crédits, pas plus qu'ils ne l'avaient associée aux discussions
et tractations y relatives. Ayant ainsi tenu consciemment la Banque à l'écart
des projets pour le financement desquels ils requéraient son concours, les
recourants ne sauraient venir lui imputer à faute, a posteriori, de ne pas les
avoir dissuadés de s'y lancer. A.X.________ en est du reste conscient, qui
explique, dans son recours complémentaire, que "ce n'est pas tant le projet
envisagé" par lui que la disproportion entre ses revenus et la charge
d'intérêts grevant son budget qui aurait dû conduire la Banque à intervenir et
à refuser, au besoin, de lui allouer le crédit litigieux.
7.3.2
7.3.2.1 En second lieu, les recourants font grief à l'intimée de leur avoir
prêté d'importantes sommes d'argent sans tenir compte de leur solvabilité
personnelle. Ils soulignent, à ce propos, que le paiement des intérêts de la
dette constituait une charge équivalant à cinq ou six fois le montant de leurs
revenus annuels imposables. Selon eux, la Banque ne pouvait raisonnablement
croire que deux agriculteurs, certes prospères, mais aux revenus limités,
seraient en mesure de supporter le poids financier d'un crédit de 7'500'000 fr.
et des intérêts y afférents; elle pouvait d'autant moins le faire qu'ils
entretenaient des relations d'affaires depuis 1977, de sorte qu'elle
connaissait parfaitement leur capacité financière respective. Aussi aurait-elle
dû s'abstenir d'octroyer des crédits d'une telle ampleur à des néophytes en
matière de promotion immobilière. Et les recourants de se demander si le but
poursuivi par l'intimée n'était pas tout simplement de mettre la main sur des
immeubles susceptibles de connaître à terme une importante plus-value. Quoi
qu'il en soit, pour eux, la Banque, en leur octroyant de manière inconsidérée
des crédits totalement disproportionnés par rapport à leurs capacités
financières, a violé le principe de la confiance et méconnu son devoir de
sauvegarder loyalement les intérêts de ses clients.
7.3.2.2 En mettant l'accent sur l'octroi même, par la Banque, des crédits
qu'elle leur a alloués, les recourants sortent du cadre juridique tracé par la
jurisprudence précitée (cf. consid. 7.1). Selon cette jurisprudence, ce n'est
pas cet acte-là qui est susceptible d'engager la responsabilité de la banque
dispensatrice de crédits, mais la violation d'un éventuel devoir précontractuel
d'information et de mise en garde de l'emprunteur.

Considérée sous cet angle, la présente affaire apparaît pour le moins
singulière. En effet, il devrait être évident pour toute personne raisonnable
que le paiement d'intérêts annuels représentant cinq ou six fois le montant du
revenu annuel imposable du preneur de crédit est chose impossible. C'est dire
qu'une personne sensée n'a pas besoin d'une information spécifique pour s'en
aviser. Aussi une mise en garde spécifique des recourants par l'intimée, quant
aux risques que leur ferait courir la lourde charge annuelle d'intérêts
qu'engendrerait l'allocation des crédits sollicités, n'eût fait qu'enfoncer une
porte ouverte. Par conséquent, il paraît exclu d'imputer à faute à l'intimée
l'absence d'une information et d'une mise en garde superflues.
Vrai est-il que l'on peut alors se demander ce qui a poussé les recourants à
solliciter l'octroi de crédits dont ils ne seraient normalement pas en mesure
d'assumer seuls la charge. On en est réduit aux conjectures sur ce point: il
est possible que les recourants aient compté sur une aide externe
(investisseurs suisses ou étrangers) pour assumer une partie de la charge
d'intérêts liée au financement des projets qu'ils entendaient mettre sur pied
au Portugal et en Espagne; peut-être envisageaient-ils de vendre leurs projets
sur plans à relativement brève échéance à des acquéreurs intéressés, tel "l'un
des grands groupes internationaux de vacances" dont il est question dans la
lettre adressée le 14 janvier 1992 par A.X.________ à l'intimée.

Quoi qu'il en soit, il faut admettre, dans les circonstances du cas concret,
que la Banque n'avait aucun devoir spécifique d'information à l'égard des
emprunteurs quant au risque lié à l'ampleur des crédits litigieux. Par
conséquent, les recourants adoptent une attitude peu compatible avec les règles
de la bonne foi en venant lui reprocher après coup de ne pas les avoir mis en
garde au sujet d'un risque qui sautait aux yeux.
7.4
Au demeurant, s'il fallait entrer dans les vues des recourants et imputer à
l'intimée une violation de son devoir d'information ou de toute autre
obligation précontractuelle, la créance compensatoire invoquée par les premiers
ne devrait pas nécessairement être reconnue pour autant.
7.4.1 La responsabilité contractuelle ou précontractuelle suppose, outre une
faute de la partie recherchée, que le lésé ait subi un dommage en relation de
causalité adéquate avec la violation du contrat (ATF 132 III 379 consid. 3.1 p.
381). Celui qui élève une prétention de ce chef doit apporter la preuve du
dommage qu'il a subi (ATF 127 III 543 consid. 2b et les références).

La notion juridique du dommage est commune aux responsabilités contractuelle et
délictuelle (art. 99 al. 3 CO; ATF 87 II 290 consid. 4a p. 291): consistant
dans la diminution involontaire de la fortune nette, le dommage correspond à la
différence entre le montant actuel du patrimoine du lésé et le montant que ce
même patrimoine aurait si l'événement dommageable - ou la violation du contrat
- ne s'était pas produit. Il peut survenir sous la forme d'une diminution de
l'actif, d'une augmentation du passif, d'une non-augmentation de l'actif ou
d'une non-diminution du passif (ATF 133 III 462 consid. 4.4.2 p. 471; 132 III
359 consid. 4 p. 366; 132 III 321 consid. 2.2.1 p. 323/324).

S'agissant plus particulièrement de la violation d'un devoir déterminé, tel le
devoir d'information, le dommage équivaut à la différence entre l'état actuel
du patrimoine et son état (hypothétique) tel qu'il serait si le devoir avait
été observé. En d'autres termes, le dommage se calcule par référence à
l'intérêt à l'exécution du devoir (GILLES PETITPIERRE, Enfoncer une porte
ouverte? in La responsabilité fondée sur la confiance - Vertrauenshaftung,
Publications du Centre d'études juridiques européennes, Genève 2001, p. 183 ss,
nos 4 et 16).
7.4.2 En l'espèce, à suivre leur argumentation, les recourants, dûment informés
par l'intimée des risques liés à l'octroi des crédits qu'ils sollicitaient,
auraient renoncé à emprunter l'argent qui leur a été avancé et, partant, à
réaliser les projets que cet argent devait servir à financer. Ils n'auraient
donc pas eu à rembourser les crédits qui leur ont été alloués ni les intérêts y
afférents et n'auraient pas dû payer les honoraires des mandataires qu'ils ont
dû mettre en oeuvre avant l'introduction de la demande afin de sauvegarder
leurs droits.

Toutefois, ces arguments n'épuisent pas le sujet. Comme on vient de le
rappeler, en effet, le dommage équivaut à la différence entre l'état actuel du
patrimoine et son état (hypothétique) tel qu'il serait si le devoir
d'information avait été observé. Or, les arguments en question ne concernent
que ce terme-ci du second membre de cette équation, à savoir la dette, en
capital et intérêts, de chacun des recourants envers l'intimée du fait de
l'octroi des crédits litigieux, dette qui n'existerait pas à ce défaut. Ils ne
sont d'aucune utilité, en revanche, pour en fixer l'autre terme, c'est-à-dire
pour déterminer l'état actuel du patrimoine de chaque recourant. A cet égard,
il ne faut pas perdre de vue que l'argent emprunté a servi à l'acquisition de
terrains à l'étranger et à la réalisation de projets immobiliers censés générer
des profits. A supposer que ces projets aient été couronnés de succès et aient
permis aux recourants d'encaisser suffisamment d'argent pour pouvoir rembourser
leurs dettes en capital, intérêts et frais à l'égard de l'intimée et payer les
honoraires de leurs mandataires, après s'être acquittés des frais occasionnés
par la réalisation de leurs projets, ni l'un ni l'autre n'aurait subi de
dommage, au sens donné à cette notion par la jurisprudence fédérale. Or, la
Cour civile constate que "ni l'étendue du projet du demandeur B.X.________, ni
le résultat final - l'issue favorable ou défavorable - des projets de chacun
des demandeurs n'ont été allégués ni par conséquent établis" (jugement attaqué,
consid. X.dc), p. 61; adjectif mis en évidence par la Cour de céans). Dès lors,
comme le souligne avec raison l'intimée, les premiers juges n'excluent pas que
les projets réalisés aient été rentables. Partant, il n'est pas avéré que
chaque recourant ait subi, in fine, une diminution involontaire de sa fortune
nette.

La preuve du dommage allégué n'a ainsi pas été établie à satisfaction de droit.
Les recourants, qui en avaient la charge, doivent en supporter les
conséquences, en ce sens que l'existence de la créance qu'ils opposent en
compensation à celle de l'intimée tendant au remboursement des crédits alloués
n'est pas prouvée. Il est, par ailleurs, exclu de renvoyer la cause à la Cour
civile afin qu'elle éclaircisse ce point, faute pour les recourants d'avoir
formulé les allégations nécessaires à cet effet.

8.
Au terme de cet examen, il y a donc lieu de rejeter les deux recours. En
conséquence, chacun des recourants supportera les frais et dépens afférents à
la cause qui le concerne (art. 66 al. 1 LTF, art. 68 al. 1 et 2 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Les causes 4A_513/2010 et 4A_515/2010 sont jointes.

2.
Les recours sont rejetés.

3.
Les frais judiciaires sont mis à la charge des recourants, à raison de 30'000
fr. pour chacun d'eux.

4.
Chaque recourant versera à l'intimée une indemnité de 35'000 fr. à titre de
dépens.

5.
Le présent arrêt est communiqué aux mandataires des parties, à la Cour civile
du Tribunal cantonal du canton de Vaud et à la Chambre des recours du Tribunal
cantonal du canton de Vaud.

Lausanne, le 30 août 2011

Au nom de la Ire Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse

La Présidente: Klett

Le Greffier: Carruzzo