Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 5A.313/2010
Zurück zum Index II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 2010
Retour à l'indice II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 2010


Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
5A_313/2010

Arrêt du 6 septembre 2010
IIe Cour de droit civil

Composition
Mmes et MM. les Juges Hohl, Présidente, Escher, Marazzi, von Werdt et Herrmann.
Greffière: Mme Jordan.

Participants à la procédure
A.________,
représenté par Me Stéphane Piletta-Zanin, avocat,
recourant,

contre

B.________,
représenté par Me Philippe Gorla, avocat,
intimé.

Objet
mainlevée définitive de l'opposition, compensation

recours contre l'arrêt de la 1ère Section de la Cour de justice du canton de
Genève du 4 mars 2010.

Faits:

A.
Le 27 octobre 2008, B.________ a fait notifier à A.________ un commandement de
payer (poursuite no xxx) les sommes de 625 fr. avec intérêts à 5% dès le 7
juillet 2004, 1'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 7 juillet 2004, 1'000 fr.
avec intérêts à 5% dès le 16 décembre 2005, 1'603 fr. avec intérêts à 5% dès le
25 janvier 2007, 8'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 1er juin 2005, 75'103 fr.
avec intérêts à 5% dès le 1er juin 2005, 3'000 fr. avec intérêts à 5% dès le 7
juin 2004, 3'397 fr. avec intérêts à 5% dès le 12 octobre 2007 et 4'000 fr.
avec intérêts à 5% dès le 28 avril 2008. Il a invoqué, comme titre de la
créance, des arrêts du Tribunal de première instance et de la Cour de justice
du canton de Genève, ainsi que du Tribunal fédéral, et des états de frais taxés
par diverses autorités. Le poursuivi a fait opposition.

Par jugement rendu par défaut le 18 septembre 2009, le Tribunal de première
instance du canton de Genève a levé définitivement l'opposition.

Statuant le 17 décembre 2009 sur l'opposition à défaut formée par A.________,
le Tribunal de première instance a confirmé son prononcé du 18 septembre
précédent.

Le 4 mars 2010, la 1ère Section de la Cour de justice du canton de Genève a
rejeté l'appel interjeté par A.________, sous suite de frais et dépens. Elle a
refusé d'admettre le moyen libératoire du poursuivi tiré de la compensation
pour le motif que la validité de la créance compensante, qui se fondait sur une
reconnaissance de dette établie le 19 avril 2001, faisait l'objet d'une
procédure pendante en France.

B.
Agissant le 23 août 2010 par la voie du recours en matière civile, A.________
conclut, principalement, à l'annulation de l'arrêt cantonal et au renvoi pour
nouvelle décision. Il demande, subsidiairement, qu'il soit dit et prononcé "que
la compensation est valablement intervenue dès le 10 septembre 2008 et que
l'entier de la dette de B.________ s'en est trouvée éteinte".

L'intimé et l'autorité cantonale n'ont pas été invités à répondre sur le fond.

C.
Après l'avoir accordé à titre superprovisoire le 27 avril 2010, la Présidente
de la IIe Cour de droit civil a refusé l'effet suspensif au recours par
ordonnance du 14 mai suivant.

Considérant en droit:

1.
La décision rendue en matière de mainlevée - définitive ou provisoire - de
l'opposition est une décision finale au sens de l'art. 90 LTF puisqu'elle met
fin à l'instance (ATF 134 III 115 consid. 1.1 p. 117). Elle peut faire l'objet
du recours en matière civile (art. 72 al. 2 let. a LTF) lorsque la valeur
litigieuse atteint, comme en l'espèce, au moins 30'000 fr. (art. 74 al. 1 let.
b LTF; ATF 133 III 399 consid. 1.3 p. 399/400).
Interjeté en temps utile (art. 45 al. 1, 46 al. 1 let. a et 100 al. 1 LTF) par
la partie qui a succombé en instance cantonale (art. 76 al. 1 LTF) à l'encontre
d'une telle décision prise sur recours en dernière instance cantonale (art. 75
LTF), le présent recours est en principe recevable.

2.
Les compléments que le recourant apporte à l'état de fait de la décision
attaquée dans ses exposés introductifs sont irrecevables (art. 105 al. 1 LTF),
à moins que ne soit démontré, conformément aux exigences légales (art. 106 al.
2 LTF), que les faits sur lesquels se sont fondés les magistrats cantonaux sont
arbitrairement lacunaires.

3.
Le recourant reproche à la Cour de justice de ne pas avoir examiné les
considérations du Tribunal de première instance fondées sur l'inexistence, en
l'état, d'une créance susceptible d'être compensée. Sans citer aucune
disposition légale, il se plaint confusément d'un défaut de motivation et d'une
violation de la garantie du double degré de juridiction.

En soutenant que l'autorité cantonale aurait dû "prendre acte de l'erreur" des
premiers juges sur l'existence de la créance compensante et leur renvoyer la
cause afin qu'ils établissent leur raisonnement en partant du principe qu'une
telle créance existe depuis le 19 avril 2001, le recourant méconnaît que la
question en jeu a trait à l'application du droit et non à l'établissement des
faits. A cet égard, il est manifeste que les deux instances cantonales ont
traité le même problème juridique, à savoir la possibilité pour le débiteur
poursuivi d'opposer en compensation, dans le cadre de la mainlevée définitive,
la reconnaissance de dette invoquée alors même que celle-ci était contestée
devant les tribunaux français. On ne voit dès lors pas en quoi le principe du
double degré de juridiction - dont le recourant ne démontre au demeurant pas
quelles dispositions le garantiraient (art. 42 al. 2 et 106 al. 2 LTF) - aurait
été violé. Par ailleurs, l'acte de recours démontre à l'évidence que le
recourant a saisi le point litigieux et a ainsi pu attaquer en connaissance de
cause la décision attaquée, excluant ainsi toute violation du droit d'être
entendu (sur l'obligation de motivation: ATF 134 I 83 consid. 4.1 p. 88; 133
III 439 consid. 3.3 p. 445).

4.
Selon le recourant, que la reconnaissance de dette signée le 19 avril 2001
fasse l'objet d'une procédure pendante en France ne s'oppose pas à l'admission
du moyen libératoire tiré de la compensation. Il est d'avis que cette dernière
doit être admise et la mainlevée définitive de l'opposition rejetée tant que le
titre invoqué n'est pas définitivement annulé ou déclaré nul ou, en d'autres
termes, même s'il est contesté.

4.1 La Cour de justice a considéré que le Tribunal de première instance n'avait
pas violé la loi en retenant que la preuve stricte de l'extinction de la
créance en poursuite n'avait pas été rapportée. En effet, si la créance
invoquée en compensation était certes fondée sur une reconnaissance de dette,
la validité de cette dernière était contestée et une action tendant au prononcé
de sa nullité avait été introduite en France.
4.2
4.2.1 En vertu de l'art. 81 al. 1 LP, lorsque la poursuite est fondée sur un
jugement de la Confédération ou du canton dans lequel la poursuite a lieu, le
juge ordonne la mainlevée définitive de l'opposition, à moins que, notamment,
le poursuivi ne prouve par titre que la dette a été éteinte postérieurement au
jugement.

Par extinction de la dette, la loi ne vise pas seulement le paiement, mais
aussi toute autre cause de droit civil, en particulier la compensation (ATF 124
III 501 consid. 3b p. 503 et les références citées). Un tel moyen ne peut
toutefois être retenu que si la créance compensante résulte elle-même d'un
titre exécutoire ou qu'elle est admise sans réserve par le poursuivant (ATF 115
III 97 consid. 4 p. 100 et les références citées). Contrairement à ce qui vaut
pour la mainlevée provisoire (art. 82 al. 2 LP), le poursuivi ne peut se borner
à rendre sa libération vraisemblable; il doit, au contraire, en apporter la
preuve stricte (ATF 125 III 42 consid. 2b p. 44 in fine; 124 III 501 consid. 3a
p. 503 et les références).
4.2.2 En l'espèce, il est établi que, le 19 avril 2001, l'intimé (créancier
poursuivant) a signé un document intitulé "reconnaissance de dette" dans lequel
il reconnaissait devoir au recourant (débiteur poursuivi) la somme de deux
millions de francs français portant intérêts à 5% l'an dès la signature. Il s'y
engageait par ailleurs à rembourser ce montant en deux échéances égales d'un
million de francs chacune aux dates ultimes des 31 mai et 30 novembre 2001.
S'agissant d'un acte sous seing privé signé de la main de l'intimé, d'où
découle sa volonté de payer au recourant, sans réserve ni condition, une somme
d'argent déterminée et échue, un tel document doit être qualifié de
reconnaissance de dette (ATF 130 III 87 consid. 3.1 p. 88).
4.2.3 La particularité du cas d'espèce réside dans le fait - non contesté - que
le titre opposé en compensation fait l'objet d'une procédure pendante en
France, introduite en novembre 2001, tendant à faire constater sa nullité. Se
référant à l'art. 120 al. 2 CO, selon lequel le débiteur peut opposer la
compensation même si la créance est contestée, le débiteur poursuivi prétend
que cette circonstance ne permet pas de considérer qu'il a échoué à prouver par
titre l'extinction de sa dette par compensation. On ne saurait le suivre dans
cette voie.

Certes, l'art. 120 al. 2 CO signifie que le débiteur peut compenser sa
prestation même si celle-ci n'est pas "liquide", à savoir n'est pas déterminée
avec certitude dans son principe et son montant (PIERRE TERCIER, Le droit des
obligations, 4ème éd., p. 312, no 1534). En d'autres termes, la créance
compensante permet l'exercice de l'exception même si elle est contestée en l'un
de ses éléments. Toutefois, l'effet compensatoire ne se produit que si la
contestation est levée par le juge (cf. arrêt 5P.245/1992 du 16 novembre 1992
consid. 2 et la référence à VIKTOR AEPLI, Commentaire zurichois, 1991, no 148
ad art. 120 CO; TERCIER, ibidem).

Or, dans la procédure sommaire de la mainlevée d'opposition à une poursuite
fondée sur un jugement (art. 80 et 81 LP), le juge ne peut procéder à un tel
examen. Le caractère d'une telle procédure s'oppose à ce qu'il tranche des
questions délicates de droit matériel ou pour la solution desquelles le pouvoir
d'appréciation joue un rôle important, dont la connaissance ressortit
exclusivement au juge du fond (ATF 124 III 501 consid. 3a p. 503 et les arrêts
cités). Par ailleurs, l'art. 81 LP exige, pour maintenir l'opposition, la
preuve par titre - et non la seule vraisemblance, ainsi qu'il en va dans la
mainlevée provisoire (art. 82 al. 2 LP) - de l'extinction de la dette. A cet
égard, il appartient au poursuivi d'établir non seulement par titre la cause de
l'extinction (existence d'une contre-créance, cf. supra, consid. 4.2.2), mais
aussi le montant exact à concurrence duquel la dette est éteinte. Le titre de
mainlevée au sens de l'art. 81 al. 1 LP créant la présomption que la dette
existe, cette présomption ne peut être renversée que par la preuve stricte du
contraire (cf. ATF 124 III 501 consid. 3b p. 504). Or, cette preuve n'est pas
apportée si la créance compensante est contestée (dans ce sens: arrêt du
Tribunal fédéral 5P.495/1993 du 2 février 1994 consid. 2; Extraits 1977 p. 39
ss cité par HENRI-ROBERT SCHÜPBACH, Compensation et exécution forcée, in
Schuldbetreibung und Konkurs im Wandel, Festschrift 75 Jahre Konferenz der
Betreibungs- und Konkursbeamten der Schweiz, Bâle 2000, p. 160, n. 111 ainsi
que par DIETER GESSLER, Scheidungsurteile als definitive Rechtsöffnungstitel,
in SJZ 1987 p. 257, ce dernier se prononçant en outre clairement pour une
non-application de l'art. 120 al. 2 CO; VIKTOR AEPLI, Commentaire zurichois,
1991, no 151 ad art. 120 CO, qui réserve les dispositions contraires du droit
fédéral, en particulier les règles spéciales de la LP qui exige une preuve par
titre (Urkundenbeweis); également: SJZ 1966 p. 129, RBUR 1988 p. 52; contra: SJ
1957 p. 523; peu clair: arrêt 5P.125/1994 du 2 juin 1994 consid. 2b/aa non
publié aux ATF 120 Ia 256; contra: Rep. 1999 p. 273, no 86 s'agissant toutefois
de la mainlevée provisoire).

5.
Vu ce qui précède, le recours doit être rejeté. Le recourant, qui succombe,
supportera les frais de la procédure (art. 66 al. 1 LTF). L'intimé a droit à
des dépens pour sa détermination sur la demande d'effet suspensif (art. 68 al.
1 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 3'000 fr., sont mis à la charge du recourant.

3.
Une indemnité de 500 fr., à verser à l'intimé à titre de dépens, est mise à la
charge du recourant.

4.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la 1ère Section de la Cour de
justice du canton de Genève.

Lausanne, le 6 septembre 2010
Au nom de la IIe Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
La Présidente: La Greffière:

Hohl Jordan