Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 5A.873/2010
Zurück zum Index II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 2010
Retour à l'indice II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 2010


Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
5A_873/2010

Arrêt du 3 mai 2011
IIe Cour de droit civil

Composition
Mme et MM. les Juges Hohl, Présidente,
Marazzi et Herrmann.
Greffière: Mme Jordan.

Participants à la procédure
1. A.________,
2. B.________ Ltd.,
tous les deux représentés par Me Charles Poncet, avocat,
recourants,

contre

C.________,
représentée par Mes Enrico Scherrer et Laurent Strawson, avocats,
intimée.

Objet
séquestre,

recours contre l'arrêt de la 1ère Section de la Cour de justice du canton de
Genève du 4 novembre 2010.

Faits:

A.
A.________, ressortissant italien, actuellement domicilié à Dubaï, exerce
l'activité de gérant de fortune indépendant.
C.________, née en 1977, ressortissante italienne, vit à Milan. Elle est la
fille unique de D.________.

B.
Lors de vacances à Capri, D.________ a fait la connaissance de A.________.

En 1999, à la suite de cette rencontre, il a ouvert un compte auprès de la
banque E.________ à Genève, lequel a été tenu par A.________ en qualité de
gérant indépendant.

Le 3 novembre 2000, A.________ a constitué B.________ Ltd., dont le siège se
trouve à Nassau (Bahamas) et dont il est l'ayant droit économique. Le 5
décembre 2000, il a conclu, au nom de cette société, un contrat de gérant de
fortune indépendant avec une banque genevoise (ci-après: la banque H.________
SA). Il a annoncé à D.________ qu'il quittait E.________ pour rejoindre ce
nouvel établissement.

D.________ a alors déplacé ses avoirs auprès de la banque H.________ SA. Par la
suite, il en a transféré une partie, à titre d'avancement d'hoirie, à sa fille,
C.________, sur un compte ouvert à cette occasion dans les livres de la banque
précitée.

Le 28 août 2001, C.________ a signé des documents d'ouverture d'un compte
intitulé « X.________ » no xxxx. Conformément à une pièce bancaire complétée le
23 août suivant par A.________, l'objectif de ce compte devait être une «
gestion traditionnelle fiduciaire et des obligations (traduction libre) ».
Au 1er décembre 2008, le portefeuille « X.________ » de C.________ s'élevait à
5'617'639,39 Euros. Selon les relevés de compte produits, 5'596'339 Euros, soit
99,62 % du portefeuille, étaient investis dans Thema International Fund
(ci-après: Thema), fonds lié à Bernard Madoff. Le solde de 21'300,39 Euros se
trouvait quant à lui sur un compte courant.
Le 31 décembre 2008, le portefeuille affichait un solde de 21'524,51 Euros. La
quasi-totalité des avoirs investis dans Thema a été perdue.

Requis par C.________ de fournir des explications, la banque H.________ SA lui
a répondu, le 12 février 2009, que le mandat de gestion avait été donné à
B.________ en qualité de gérant externe, laquelle avait initié toutes les
transactions contestées, de telle sorte que la banque ne pouvait encourir de
responsabilité.

C.
Le 4 mars 2009, C.________ a déposé une plainte pénale auprès du Procureur
général du canton de Genève pour abus de confiance, gestion déloyale et faux
dans les titres à l'encontre de la banque H.________ SA ainsi que contre toute
autre personne qui serait impliquée dans la commission des actes dénoncés.

Le 11 septembre suivant, cette dénonciation a entraîné l'inculpation de
A.________ pour gestion déloyale avec dessein d'enrichissement ainsi que la
saisie conservatoire du compte de B.________, auprès de la banque H.________
SA, sur lequel se trouvaient 2'155'000 Euros.

Le 10 avril 2010, la Chambre d'accusation a ordonné la levée de la saisie
conservatoire pour toutes les sommes autres que la rémunération perçue par
B.________ en relation avec l'investissement de C.________ dans le fonds Thema.

D.
Dans l'intervalle, le 31 mars 2010, sur requête de C.________ fondée sur la
responsabilité délictuelle (gestion déloyale; art. 41 CO) de A.________ et /ou
sa responsabilité contractuelle (art. 97 et 398 al. 2 CO), le Tribunal de
première instance de Genève avait ordonné le séquestre des avoirs en mains de
la banque H.________ SA déposés par A.________, notamment le compte no xxxx
ouvert au nom de B.________ dont il est l'ayant droit économique, à concurrence
de 7'688'931 fr. 99 (contre-valeur de 5'370'340,98 Euros), avec intérêts à 5 %
dès le 29 décembre 2006. Il n'a pas exigé la fourniture de sûretés.

Le 26 août 2010, le Président du Tribunal de première instance de Genève a
rejeté l'opposition au séquestre formée par A.________ et B.________.
Statuant le 4 novembre 2010 sur le recours de ces derniers, la 1ère Section de
la Cour de justice du canton de Genève a confirmé ce jugement.

E.
Par écriture du 10 décembre 2010, A.________ (ci-après: le recourant) et
B.________ (ci-après: la recourante ou la société recourante) exercent un
recours en matière civile au Tribunal fédéral. Ils concluent à l'annulation de
l'arrêt cantonal et à sa réforme, en ce sens que le séquestre ordonné le 31
mars 2010 est annulé et, en conséquence, l'Office des poursuites et faillites
de Genève invité à lever ladite mesure.

Sans y être invités, les recourants ont déposé, le 27 décembre 2010, un
exemplaire corrigé de leur recours.

Considérant en droit:

1.
1.1 Interjeté à temps (art. 100 al. 1 LTF) à l'encontre d'une décision finale
(art. 90 LTF; ATF 133 III 589 consid. 1 p. 590) rendue en matière de poursuite
pour dettes (art. 72 al. 2 let. a LTF) par une autorité cantonale de dernière
instance statuant sur recours (art. 75 LTF), le présent recours est recevable
sous l'angle de ces dispositions. La valeur litigieuse étant atteinte, il l'est
aussi de ce chef (art. 74 al. 1 let. b LTF). S'agissant de la qualité pour
recourir, il convient de préciser que le débiteur n'est pas touché dans ses
intérêts par un séquestre portant sur les biens de tiers et qu'il n'a donc pas
qualité au sens de l'art. 76 al. 1 LTF pour critiquer lui-même le fait que le
créancier cherche à se désintéresser sur le patrimoine de tiers (cf. ATF 114 Ia
381 rendu sous l'empire de l'art. 88 OJ).

1.2 Déposé après l'échéance du délai de recours de l'art. 100 al. 1 LTF et sans
que le Tribunal fédéral n'ait imparti de délai pour remédier à d'éventuelles
irrégularités au sens de l'art. 42 al. 6 LTF (sur la portée de cette
disposition: FLORENCE AUBRY GIRARDIN, Commentaire de la LTF, 2009, no 41 ad
art. 42 LTF), le mémoire corrigé du 27 décembre 2010 ne peut pas être pris en
considération.

1.3 D'après la jurisprudence, la décision sur opposition au séquestre prise par
l'autorité judiciaire supérieure (cf. art. 278 al. 3 LP) porte sur des «
mesures provisionnelles » au sens de l'art. 98 LTF (ATF 135 III 232 consid. 1.2
p. 234); dès lors, seule peut être dénoncée la violation de droits
constitutionnels (cf. ATF 133 III 638 no 87; 134 II 349 consid. 3 p. 351).

Le Tribunal fédéral n'examine la violation des droits fondamentaux que si ce
grief a été invoqué et motivé par le recourant (art. 106 al. 2 LTF). Celui-ci
doit donc exposer de manière claire et détaillée en quoi des droits
constitutionnels auraient été violés (ATF 134 II 349 consid. 3 p. 351/352; 133
III 393 consid. 6 p. 397).

2.
La Cour de justice a rappelé que, lorsque le débiteur n'habite pas en Suisse et
qu'il n'y a pas d'autres cas de séquestre, le créancier ne peut obtenir le
séquestre qu'à la condition que la créance ait un lien suffisant avec la
Suisse, ce qu'elle a admis en l'espèce. Elle a jugé en bref que les prestations
liées à la gestion de fortune étaient concrètement exécutées en Suisse, dès
lors que le recourant avait reconnu que les rémunérations perçues dans le cadre
de la gestion de fortune étaient versées sur le compte de la recourante auprès
de la banque H.________ SA, à Genève. Il était par ailleurs constant que
l'intimée avait ouvert un compte bancaire auprès de ce même établissement, dont
elle avait confié la gestion au recourant ou à la recourante. Les prestations
de gestion convenues étaient concrètement exécutées en Suisse, quand bien même
le recourant pouvait donner des instructions à distance de son domicile à Dubaï
ou d'ailleurs. La créance de l'intimée découlant d'une violation des
obligations de l'un ou l'autre des recourants dans la gestion de son compte
présentait dès lors un lien matériel avec la Suisse suffisant pour fonder un
cas de séquestre. La présence des biens de l'intimée en Suisse avait également
pour conséquence que le résultat de l'infraction reprochée au recourant, soit
l'appauvrissement de l'intimée, était selon toute vraisemblance survenu en
Suisse.
S'agissant de la condition prise de l'existence de biens appartenant au
débiteur, l'autorité cantonale a considéré que la société recourante n'avait,
selon toute vraisemblance, aucune indépendance vis-à-vis du recourant. Dans le
cadre de la procédure pénale, celui-ci avait en effet déclaré avoir constitué
cette société au début des années 2000, afin que ses clients puissent avoir un
nom de société pour signer un mandat de gestion de fortune. Il avait en outre
exposé n'avoir qu'un seul et unique compte en Suisse, à savoir celui auprès de
la banque H.________ SA, au nom de sa société. Il avait en outre précisé que
toutes ses rémunérations, y compris celles concernant les parts du fonds Thema
acquises par l'intimée, figuraient sur ce compte, qu'il avait par ailleurs
utilisé pour acquérir un bien immobilier à Dubaï ainsi que pour effectuer des
opérations d'acquisition et de vente de montres.
Les recourants taxent d'arbitraires ces considérations en tant qu'elles
admettent l'existence d'un lien suffisant de la créance avec la Suisse et
l'appartenance au débiteur des biens séquestrés. S'agissant de la condition
tirée de la vraisemblance de la créance en dommages-intérêts fondée sur un acte
illicite (art. 41 CO) et/ou la violation de dispositions contractuelles (art.
97 CO), ils n'entreprennent nullement l'arrêt cantonal (cf. supra, consid. 1.3)
qui la juge remplie, vu l'inculpation pour gestion déloyale du recourant et
l'absence de contestation sur cet élément du séquestre.

3.
D'après la jurisprudence, une décision est arbitraire lorsqu'elle est
manifestement insoutenable, méconnaît gravement une norme ou un principe
juridique clair et indiscuté, ou heurte le sentiment de la justice et de
l'équité; il ne suffit pas qu'une solution différente soit concevable, voire
préférable; pour qu'une telle décision soit annulée, encore faut-il qu'elle se
révèle arbitraire, non seulement dans ses motifs, mais aussi dans son résultat
(ATF 135 V 2 consid. 1.3 et les arrêts cités).

4.
Selon l'art. 272 al. 1 LP, le séquestre est autorisé, entre autres exigences,
si l'on est en présence d'un cas de séquestre (ch. 2) et qu'il existe des biens
appartenant au débiteur (ch. 3).

4.1 Aux termes de l'art. 271 al. 1 ch. 4 LP, le créancier d'une dette échue et
non garantie par gage peut requérir le séquestre des biens du débiteur lorsque
celui-ci n'habite pas en Suisse, s'il n'y a pas d'autres cas de séquestre, pour
autant que la créance ait un lien suffisant avec la Suisse ou qu'elle se fonde
sur un jugement exécutoire ou sur une reconnaissance de dette au sens de l'art.
82 al. 1 LP.
4.1.1 En l'espèce, les recourants prétendent que la Cour de justice est tombée
dans l'arbitraire en admettant que la créance invoquée à l'appui du séquestre a
un lien suffisant avec la Suisse.

Ils reprochent d'abord à l'autorité cantonale d'avoir retenu que l'acte
illicite, en l'occurrence la gestion fautive, a été commis en Suisse. Ils
soutiennent en bref que le recourant, citoyen italien, domicilié à Dubaï,
exerce l'activité de gérant de fortune, que celle-ci consiste à conseiller le
client et à passer des ordres d'investissements, que ces derniers, en tant
qu'ils concernaient l'intimée, ont été donnés de Milan, puis de Dubaï, et qu'il
a dès lors agi à distance. Dans de telles circonstances, il était insoutenable
de retenir que les prestations de gestion litigieuses avaient été concrètement
exécutées en Suisse.

Les recourants exposent ensuite qu'il est arbitraire de considérer que
l'appauvrissement de l'intimée s'est produit en Suisse, motif pris que le
compte sur lequel portait la gestion se trouve dans ce pays. Ils affirment en
résumé que les avoirs bancaires n'ont pas de « réalité physique », qu'ils ne
peuvent ainsi être localisés, que l'appauvrissement d'un compte bancaire, qui
n'a pas de personnalité juridique, est impossible et que, dès lors, le lieu du
siège de la banque dans lequel est ouvert le compte n'est pas relevant pour
déterminer le lieu de résultat. Par ailleurs, la gestion déloyale étant une
infraction portant directement atteinte aux « intérêts pécuniaires » de la
victime, il serait absurde de situer ces intérêts ailleurs qu'à l'endroit où se
trouve cette dernière, étant précisé que c'est elle-même qui est lésée et non
son patrimoine. Enfin, situer l'appauvrissement de la victime au lieu du siège
de la banque où sont déposés les avoirs créerait une instabilité juridique
manifeste, tout déplacement des avoirs bancaires ayant pour effet de déplacer
le for.
4.1.2 L'exigence d'un « lien suffisant » avec la Suisse ne doit pas être
interprétée restrictivement (ATF 124 III 219 consid. 3 p. 220; 123 III 494
consid. 3a p. 496); elle est notamment réalisée, lorsque la créance invoquée à
l'appui de la réquisition est soumise au droit suisse ou que les juridictions
suisses sont compétentes ratione loci pour connaître du litige (ATF 124 III 219
consid. 3b/bb p. 220; 123 III 494 consid. 3a p. 495; WALTER A. STOFFEL,
Kommentar zum SchKG, vol. III, no 85 ad art. 271 LP; PATOCCHI/LEMBO, Le lien
suffisant de la créance avec la Suisse en tant que condition de recevabilité du
séquestre selon la nouvelle teneur de l'art. 271 al. 1er ch. 4 LP - Quelques
observations, in FS SchKG im Wandel, p. 385 ss, spéc. 400 ss et les auteurs
cités).

La question de savoir si les juridictions suisses sont compétentes ratione loci
pour connaître du litige doit s'examiner, lorsque la créance en jeu est fondée
sur un acte illicite et présente des éléments d'extranéité, au regard de l'art.
129 LDIP. Cette disposition détermine le for relatif à de telles prétentions
et, selon la jurisprudence, aussi celui de l'action, qui, en sus d'actes
illicites, reproche au défendeur une violation d'obligations contractuelles
(ATF 117 II 204, spéc. 207).
Selon l'art. 129 al. 2 LDIP, lorsque, comme en l'occurrence, le défendeur n'a
ni domicile ou résidence habituelle, ni établissement en Suisse, l'action peut
être intentée devant le tribunal suisse du lieu de l'acte ou du résultat.

Le lieu de l'acte vise le lieu dans lequel l'activité illicite a été réalisée,
le lieu de survenance de l'événement à l'origine du dommage, le lieu du fait
générateur. En cas d'actes partiels répartis dans différents endroits, la
compétence à raison du lieu est multipliée, dans le sens où chaque tribunal
dans le ressort duquel un acte a été commis est compétent à raison du lieu de
manière concurrente. Sous réserve de simples actes préparatoires, tout lieu
dans lequel est survenu un événement causal pour le résultat dommageable peut
être considéré comme un lieu de l'acte (cf. ATF 131 III 153 consid. 6.2 p. 160/
161 et les références).

Le « lieu du résultat » est celui où le bien juridique protégé a été lésé. Il
faut distinguer de ce lieu celui où le dommage supplémentaire s'est produit; le
lieu du résultat se trouve à l'endroit où est survenue la première atteinte
illicite immédiate au bien juridiquement protégé (ATF 125 III 103 consid. 2b/aa
p. 105/106; VOLKEN, Zürcher Kommentar zum IPRG, 2ème éd., no 86 ad art. 129
LDIP). En cas de dommage purement patrimonial, le lieu du résultat ne
correspond pas nécessairement au domicile du lésé (ATF 125 précité, consid. 2b/
bb p. 106). Si les valeurs patrimoniales atteintes peuvent être distinguées du
reste du patrimoine et que le lieu où elles se trouvaient lors de l'atteinte
peut être constaté, c'est le droit de ce lieu qui trouve application; dans les
cas d'escroquerie, c'est le lieu dans lequel le lésé a accompli l'acte de
disposition sur son patrimoine (ATF 125 précité, consid. 3a p. 106).
4.1.3 En l'espèce, l'acte illicite susceptible d'engager la responsabilité
délictuelle du recourant ou de la recourante consiste en la gestion déloyale
des avoirs de l'intimée déposés sur le compte d'une banque genevoise. En
résumé, les recourants soutiennent d'une part que cet acte n'a pas été commis
en Suisse dans la mesure où les ordres d'investissement litigieux ont été
passés à distance, depuis l'étranger (Dubaï ou Milan). Ils estiment d'autre
part que son résultat ne s'est pas produit au lieu de situation de la banque
(Genève), mais au domicile de l'intimée (Milan), dès lors que les avoirs
bancaires n'ont pas de « réalité physique » et ne sont pas localisables et
qu'un compte ne peut être appauvri (pour les détails de l'argumentation: supra,
consid. 4.1.1).
Ce faisant, ils semblent oublier que l'ordre d'investissement donné, comme dans
le cas particulier, par un gérant externe n'est qu'un facteur « déclenchant »:
l'acte de gestion n'est réalisé qu'au moment où l'opération boursière est
exécutée par la banque dépositaire selon l'ordre qui lui a été donné par ce
gérant (sur les rapports entre le gérant de fortune indépendant, le client et
la banque: arrêt 4A_270/2007 du 19 février 2007 consid. 4.1.1 publié à la RtiD
2008 II p. 671; 4C.108/2002 du 23 juillet 2002 consid. 2b publié à la Pra 2003
no 51 p. 244). En l'occurrence, si l'ordre d'investissement a pu être passé de
l'étranger, l'acte de disposition et l'atteinte aux valeurs patrimoniales se
sont produits en Suisse lors de son exécution par la banque auprès de laquelle
l'intimée a ouvert le compte dont l'un ou l'autre des recourants avait la
gestion. Ainsi que l'a relevé la Cour de justice, les prestations de gestion
litigieuses sont ainsi concrètement intervenues à Genève. Les recourants ne
contestent par ailleurs pas l'arrêt cantonal en tant qu'il constate que les
rémunérations perçues pour cette activité étaient versées sur le compte de la
recourante auprès du même établissement bancaire.
D'un autre côté, il est établi que le compte ouvert par l'intimée dans la
banque genevoise était destiné à accueillir le portefeuille reçu à titre
d'avancement d'hoirie, que sa gestion a été confiée à l'un ou l'autre des
recourants et que, à la suite des investissements ordonnés, la quasi-totalité
des avoirs figurant sur ce compte a été perdue. Or, selon la jurisprudence, en
cas de dommage purement patrimonial affectant des valeurs qui peuvent être
distinguées du reste du patrimoine et dont le lieu de situation peut être
constaté avec précision, le lieu du résultat ne correspond pas nécessairement
au domicile du lésé. Il se trouve là où s'est produite la première atteinte
illicite directe au bien juridiquement protégé, soit, en l'occurrence, Genève
(cf. ATF 125 III 103 consid. 2b/aa et bb p. 106 rendu sous l'angle du droit
applicable).
Cela étant, l'autorité cantonale pouvait sans arbitraire considérer que la
créance présentait, sous l'angle de la vraisemblance, un lien suffisant avec la
Suisse au vu de la compétence des juridictions suisses pour connaître du litige
selon l'art. 129 LDIP.

4.2 Conformément à l'art. 272 al. 1 ch. 3 LP, le créancier doit rendre
vraisemblable l'existence de biens appartenant au débiteur.
4.2.1 Selon la société recourante, la Cour de justice serait tombée dans
l'arbitraire en considérant que cette condition est réalisée en l'espèce. Elle
conteste que le séquestre puisse porter, en vertu du principe de la
transparence, sur son compte bancaire. Elle soutient en substance qu'aucun des
quatre motifs retenus par l'autorité cantonale n'établit que le débiteur se
réfugie, de manière abusive, derrière la dualité juridique de la société et du
propriétaire d'actions.
4.2.2 Selon l'art. 271 al. 1 ch. 3 LP, le séquestre ne peut frapper que les «
biens du débiteur ». Doivent être considérés comme biens de tiers tous ceux
qui, en vertu des règles du droit civil, appartiennent à une personne physique
ou morale autre que le débiteur; en principe, seule l'identité juridique est
ainsi déterminante en matière d'exécution forcée (ATF 107 III 103 consid. 1 p.
104; 105 III 107 consid. 3a p. 112 et les citations). Ce n'est que dans des
circonstances particulières qu'un tiers peut être tenu des engagements d'un
débiteur avec lequel il forme une identité économique; tel est le cas si
l'identité économique absolue entre le débiteur et le tiers n'est ni
contestable ni sérieusement contestée et que la dualité des sujets n'est
invoquée qu'aux fins de se soustraire abusivement à l'exécution forcée (ATF 105
III 107 consid. 3a p. 113 et la jurisprudence citée; 126 III 95 consid. 4a p.
96; arrêts 5A_144/2008 du 11 avril 2008 consid. 3.3 et 5P.1/2007 du 20 avril
2007 consid. 3.1). Il appartient au séquestrant de rendre vraisemblable que,
malgré notamment la possession, l'inscription dans un registre public ou
l'intitulé du compte bancaire, les avoirs à mettre sous main de justice
appartiennent au débiteur (art. 272 al. 1 ch. 3 LP; ATF 107 III 33 consid. 2 p.
35/36; 126 III 95 consid. 4a p. 97, avec les nombreuses citations); de simples
allégations sont insuffisantes (arrêt 5P.1/2007 du 20 avril 2007 consid. 3.2 et
les arrêts cités).
4.2.3 Se fondant sur les déclarations du débiteur dans le cadre de la procédure
pénale, l'autorité cantonale a jugé que la société recourante n'avait, selon
toute vraisemblance, aucune indépendance vis-à-vis de celui-là et que, partant,
il y avait lieu de maintenir le séquestre du compte bancaire inscrit au nom de
la société au préjudice du débiteur.
4.2.4 Sous l'angle de l'arbitraire, ces considérations résistent à l'examen. Il
résulte de l'arrêt attaqué que, dans le cadre de la procédure pénale, le
débiteur a déclaré avoir constitué la société recourante au début des années
2000 afin que ses clients puissent avoir un nom de société pour signer un
mandat de gestion de fortune et n'avoir eu qu'un seul et unique compte bancaire
en Suisse, à savoir celui ouvert au nom de la société recourante à Genève, sur
lequel figuraient toutes ses rémunérations, y compris celles concernant les
parts du fonds I.________ acquises par l'intimée, et qu'il avait par ailleurs
utilisé pour acquérir un bien immobilier à Dubaï et effectuer des opérations
d'acquisition et de ventes de montres. Il n'est pas insoutenable de considérer
que de telles déclarations - dont il n'est pas prétendu qu'elles auraient été
arbitrairement ténorisées (art. 106 al. 2 LTF; supra, consid. 1.3) - laissent
supposer, sous l'angle de la vraisemblance, que la société recourante - dont le
siège est à Nassau (Bahamas) et dont le débiteur est l'ayant droit économique -
n'est en réalité qu'un simple instrument au service de ce dernier et ne
poursuit aucune activité propre. De l'aveu même des intéressés, elle n'a été
constituée que pour une question de « marketing ». Au vu de ces éléments et de
la localisation offshore de la société recourante, il ne paraît pas choquant
d'admettre qu'en l'espèce, il y a lieu de faire abstraction de la dualité
juridique et, conformément à la réalité économique, de considérer que les biens
séquestrés appartiennent au débiteur (cf. VINCENT JEANNERET/JEAN-YVES DE BOTH,
Séquestre international, for du séquestre en matière bancaire et séquestre de
biens détenus par des tiers, in SJ 2006 II p. 169, spéc. 183). Le recours se
résume de fait à exposer appellatoirement, en contradiction avec la teneur des
propres déclarations du recourant telles que rapportées par la cour cantonale
ainsi qu'avec les faits constatés, qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que le
débiteur n'ait pas de compte en Suisse vu l'absence de lien avec ce pays, que
les rémunérations liées à la gestion des avoirs de l'intimée se trouvent sur le
compte de la société recourante pour le motif que le mandat de gestion a été
passé entre ces deux parties, que rien n'empêche une société d'effectuer des
investissements indépendants de l'activité économique pour laquelle elle a été
constituée et qu'aucun élément ne permet de dire que les opérations
immobilières ont profité directement au débiteur.

5.
Vu ce qui précède, le recours doit être rejeté dans la mesure où il est
recevable. Les recourants, qui succombent, supporteront les frais de la
procédure, solidairement entre eux (art. 66 al. 1 et 5 LTF). L'intimée, qui n'a
pas été invitée à répondre, n'a pas droit à des dépens (art. 68 al. 1 et 2
LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 12'000 fr., sont mis à la charge des
recourants, solidairement entre eux.

3.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la 1ère Section de la Cour de
justice du canton de Genève.

Lausanne, le 3 mai 2011
Au nom de la IIe Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
La Présidente: La Greffière:

Hohl Jordan