Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 5A.560/2011
Zurück zum Index II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 2011
Retour à l'indice II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 2011


Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
5A_560/2011

Arrêt du 25 novembre 2011
IIe Cour de droit civil

Composition
Mme et MM. les Juges Hohl, Présidente,
Marazzi et Herrmann.
Greffière: Mme Carlin.

Participants à la procédure
A.________,
représenté par Me Dominique Morard, avocat,
recourant,

contre

B.________,
représentée par Me Michel Esseiva, avocat,
intimée.

Objet
entretien d'un enfant majeur,

recours contre l'arrêt de la Ie Cour d'appel civil du Tribunal cantonal de
l'Etat de Fribourg du 8 juin 2011.

Faits:

A.
Par jugement du 17 janvier 1997 (devenu définitif et exécutoire le 11 février
2000), le Tribunal civil de l'arrondissement de la Gruyère a prononcé le
divorce des époux A.________; il a attribué à la mère l'autorité parentale et
la garde sur les enfants B.________, née en 1990, et C.________, née en 1992.
Le droit de visite du père, exercé au Point rencontre un week-end sur deux, a
été suspendu le 17 décembre 2001 par la Justice de paix de la Sarine.

B.
Le 5 septembre 2009, B.________ a déposé une demande d'aliments devant le
Président du Tribunal civil de l'arrondissement de la Sarine. Elle concluait à
ce que son père soit astreint à contribuer à son entretien à hauteur de 700 fr.
par mois pendant la durée de sa formation.
Par jugement du 14 juin 2010, le Président du Tribunal a rejeté l'action
alimentaire de la fille, estimant que l'attitude de rejet de l'enfant à l'égard
de son père était disproportionnée et injustifiée, partant fautive.
Statuant le 8 juin 2011 sur le recours interjeté par la fille, la Ie Cour
d'appel civil du Tribunal cantonal du canton de Fribourg a partiellement admis
l'action et condamné le père à verser à sa fille une contribution d'entretien
mensuelle de 350 fr. jusqu'au terme de sa formation, éventuelles allocations
familiales en sus.

C.
Par acte du 25 août 2011, le père exerce un recours au Tribunal fédéral. Il
conclut principalement à la réforme de l'arrêt entrepris en ce sens qu'il est
libéré de toute contribution d'entretien en faveur de sa fille, subsidiairement
au renvoi de la cause à l'autorité précédente. A l'appui de ses conclusions, il
se plaint d'une violation des art. 9 et 29 al. 1 Cst. et de l'art. 277 al. 2
CC, se référant également aux art. 95 let. a et 97 al. 1 LTF.
Des observations n'ont pas été requises.

Considérant en droit:

1.
1.1 Le recours a été interjeté dans le délai (art. 46 al. 1 let. b et 100 al. 1
LTF) et la forme (art. 42 LTF) prévus par la loi, par une partie ayant pris
part à la procédure devant l'autorité précédente et justifiant d'un intérêt à
la modification ou à l'annulation de la décision attaquée (art. 76 al. 1 LTF).
L'arrêt entrepris, rendu en matière civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorité
cantonale de dernière instance statuant sur recours (art. 75 LTF), est une
décision finale (art. 90 LTF). Dès lors que le litige soumis au Tribunal
fédéral porte exclusivement sur la contribution d'entretien due à un enfant
majeur, le recours a pour objet une affaire pécuniaire (ATF 133 III 393 consid.
2 p. 395), dont la valeur litigieuse minimale de 30'000 fr. est atteinte (art.
51 al. 4 et 74 al. 1 let. b LTF). Le recours en matière civile est en principe
recevable de ce chef.

1.2 Le recours peut être interjeté pour violation du droit, tel qu'il est
délimité par les art. 95 et 96 LTF. Le Tribunal fédéral applique le droit
d'office (art. 106 al. 1 LTF); toutefois, il n'examine la violation de droits
constitutionnels que si un tel grief a été invoqué et motivé par la partie
recourante (art. 106 al. 2 LTF), c'est-à-dire s'il a été expressément soulevé
et exposé d'une manière claire et détaillée (ATF 134 II 349 consid. 3 et les
arrêts cités), les critiques de nature appellatoire étant irrecevables (ATF 133
III 589 consid. 2 et les arrêts cités).

2.
En première instance, le Président du Tribunal a recherché les motifs
expliquant le rejet que le père subit de la part de ses deux filles et constaté
que celles-ci avaient "pris le pouvoir dans le conflit qui opposait leurs
parents, ceci sans aucune raison apparente qui justifierait ce comportement de
blocus contre leur père. [...], B.________ parle de maltraitance, d'enfermement
à la cave, de menaces d'enlèvement, mais rien de cela n'a été prouvé. Il
s'ensuit qu'aucune preuve à l'appui de ses dires ne justifie que A.________ a
été un mauvais père". Lors de l'audition des parties par le premier juge, le
père s'est déclaré d'accord de continuer à soutenir financièrement sa fille
majeure, si elle reprenait contact avec lui. Celle-ci a refusé tout contact
avec son père. Le Président a donc jugé qu'une faute était imputable à la
fille, justifiant le refus du père de payer une contribution d'entretien.
En appel, la cour cantonale a considéré, faute de preuve contraire, que le
comportement du recourant envers ses filles depuis qu'il ne les voit plus est
correct. Elle a retenu que les actes dont l'intimée accuse son père n'ont pas
été prouvés devant les autorités cantonales; au contraire, la cour cantonale a
retenu la déclaration de la mère, selon laquelle le recourant "pouvait être un
bon papa". Les juges d'appel ont admis qu'il ne pouvait être retenu aucune
faute de la part du père pour l'attitude de rejet adoptée par sa fille. La cour
d'appel a par ailleurs examiné si le refus de l'intimée de renouer contact avec
son père trouvait son fondement dans son état de santé. Les juges cantonaux ont
rappelé que, depuis la séparation de ses parents en 1995, la fille aînée avait
fait l'objet d'un suivi par le Service universitaire de psychiatrie de l'enfant
et de l'adolescent (ci-après: SUPEA) jusqu'en 2001, puis par le Service de
pédopsychiatrie du canton de Fribourg. Depuis le 2 mars 2007, elle consulte
régulièrement un médecin généraliste et a accepté un suivi psychiatrique après
sa tentative de suicide le 31 juillet 2010. Sur la base d'un rapport du 22
avril 2010 du médecin généraliste de l'intimée, la cour cantonale a constaté
que l'apparition ou l'aggravation de ses symptômes est non seulement favorisée
par la perspective de contacts avec son père, mais est principalement causée
par d'autres situations, ainsi le stress, l'insécurité ou l'impression
d'abandon. Les juges précédents ont encore admis, sur la base d'une attestation
médicale du 19 avril 2011 du psychiatre de l'intimée, qu'il existe un rapport
entre les mauvais traitements que celle-ci aurait subis durant son enfance,
faits non établis juridiquement, et son refus catégorique de renouer contact
avec son père. Les juges d'appel ont alors retenu que le comportement de la
fille découle d'une raison médicale, quand bien même l'attestation précitée ne
constitue ni un rapport médical complet, ni une expertise.
Sur la base de ses constatations, la Cour d'appel civil a jugé qu'il ne saurait
être imputé à la fille une faute exclusive, condition pour refuser l'obligation
d'entretien du père. Elle a néanmoins admis que le refus de la fille majeure
d'être traitée par un spécialiste jusqu'à la suite de sa tentative de suicide
lui était imputable à faute. En conséquence, l'autorité précédente, faisant
usage de son pouvoir d'appréciation, a estimé en équité qu'une réduction de 50
% de la pension mensuelle requise était la solution la plus justifiée, eu égard
à l'ensemble des circonstances du cas d'espèce.

3.
Dans un premier grief, le recourant invoque les art. 97 al. 1 LTF, 9 et 29 al.
1 Cst. pour le motif que l'autorité précédente aurait établi les faits de
manière manifestement inexacte et procédé à une appréciation arbitraire des
preuves. Le grief de violation de l'art. 29 al. 1 Cst., non explicité plus
avant est d'emblée irrecevable (art. 106 al. 2 LTF; cf. supra consid. 1.2).

3.1 Le Tribunal fédéral conduit son raisonnement juridique sur la base des
faits établis par l'autorité précédente (art. 105 al. 1 LTF). Il ne peut s'en
écarter que si ceux-ci l'ont été de façon manifestement inexacte - c'est-à-dire
arbitraire - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2
LTF). La partie recourante qui entend s'écarter des constatations de l'autorité
précédente doit expliquer de manière circonstanciée en quoi les conditions
d'une exception prévue par l'art. 105 al. 2 LTF seraient réalisées (art. 97 al.
1 LTF), faute de quoi il n'est pas possible de tenir compte d'un état de fait
qui diverge de celui contenu dans la décision attaquée (ATF 133 III 462 consid.
2.4 p. 466; 133 IV 150 consid. 1.3 p. 152).
De jurisprudence constante, lorsque la constatation des faits et l'appréciation
des preuves sont critiquées pour violation de l'art. 9 Cst., le Tribunal
fédéral se montre réservé avant d'annuler une décision, vu le large pouvoir
qu'il reconnaît dans ce domaine aux autorités cantonales (ATF 120 Ia 31 consid.
4b p. 40; 104 Ia 381 consid. 9 p. 399). Il n'intervient que si l'autorité
cantonale n'a manifestement pas compris le sens et la portée d'un moyen de
preuve, a omis sans raisons objectives de tenir compte de preuves pertinentes
ou a opéré, sur la base des éléments recueillis, des déductions insoutenables
(ATF 137 III 226 consid. 4.2 p. 234; 136 III 552 consid. 4.2 p. 560; 134 V 53
consid. 4.3 p. 62) et si la décision se révèle en plus arbitraire dans son
résultat (art. 97 al. 1 in fine LTF; ATF 137 I 1 consid. 2.4 p. 5; 136 I 316
consid. 2.2.2 p. 318 s.; 134 I 140 consid. 5.4 p. 148; 133 I 149 consid. 3.1 p.
153). Celui qui se plaint d'arbitraire ne saurait se borner à critiquer la
décision attaquée comme il le ferait en procédure d'appel, où l'autorité de
recours jouit d'une libre cognition; il ne peut, en particulier, se contenter
d'opposer sa thèse à celle de l'autorité précédente (cf. supra consid. 1.2; ATF
134 II 349 consid. 3 p. 352; 133 II 396 consid. 3.2 p. 400).

3.2 Le recourant fait valoir que les juges cantonaux ont opéré une appréciation
arbitraire des preuves en retenant, sur la base d'une attestation médicale qui
ne constitue ni un rapport ni une expertise, que l'état de santé de l'intimée
justifiait son attitude de rejet. A son avis, l'attestation du psychiatre ne
suffit pas à exclure toute faute de l'intimée dans la rupture des relations
personnelles, dès lors que ce document se fonde sur une anamnèse et sur
l'observation clinique, ne contenant ni justification, ni analyse médicale. Il
ajoute que l'attestation du 19 avril 2011 ne correspond en outre pas au moyen
de preuve "annoncé", à savoir un rapport médical complet, et qu'elle n'apporte
pas de nouvel élément quant au statut psychologique de l'intimée après sa
tentative de suicide. En appel, le recourant avait requis que l'attestation du
psychiatre soit écartée du dossier.
La Cour d'appel a d'abord relevé que le contenu de l'attestation du psychiatre
de la fille ne correspondait certes pas à la pièce annoncée, mais que son
contenu était suffisant pour prouver les allégations de l'intimée. L'autorité
précédente a ensuite exposé les principes applicables à l'entretien d'un enfant
majeur. Elle a enfin examiné si une faute était imputable au père et si le
refus de la recourante de renouer contact avec son père trouvait une
justification dans son état de santé.

3.3 Le recourant n'a pas requis d'expertise complète, ni de complément devant
les juges précédents. Il a, par la suite, renoncé à plaider devant les juges
cantonaux, alors que ceux-ci n'avaient pas fait droit à sa requête tendant à
écarter du dossier l'attestation du psychiatre. Le recourant ne revient pas sur
ces points devant la cour de céans. Il se limite à remettre en doute la valeur
probante de l'attestation, ainsi que le fait qu'elle ne correspond pas au moyen
de preuve annoncé. Il ressort toutefois de l'arrêt attaqué que l'autorité
précédente s'est fondée sur le rapport du médecin généraliste du 22 avril 2010,
sur l'attestation du psychiatre du 19 avril 2011, ainsi que sur l'historique du
suivi médical de l'intimée (cf. supra consid. 2). Elle ne s'est pas prononcée
sur l'existence ou l'inexistence de mauvais traitements durant l'enfance, mais
a uniquement retenu que le refus de contacts est fondé sur une raison médicale
en lien avec la période de l'enfance. Il résulte en effet des constatations des
juges précédents que l'intimée souffre de troubles psychiques depuis la
séparation de ses parents en 1995, ce que le recourant ne conteste d'ailleurs
pas, pas plus que l'état de santé actuel de sa fille, admettant même qu'il est
évident que celle-ci a besoin d'un suivi psychiatrique. L'autorité cantonale ne
s'est donc pas fondée, ainsi que cela ressort clairement des considérants de
l'arrêt querellé, sur la seule attestation du psychiatre de l'intimée, ni ne
lui a accordé une importance prépondérante par rapport aux autres éléments de
la cause.
La critique du recourant relative à l'absence d'investigations sur l'état
psychologique de sa fille postérieurement à sa tentative de suicide n'est pas
pertinente pour établir la responsabilité de la rupture des relations
personnelles, dès lors que le refus de l'intimée d'entretenir des contacts avec
son père remonte à l'enfance et que les rapports ne se sont pas améliorés après
le divorce lorsque la fille est devenue majeure, à savoir plusieurs années
avant l'événement de l'été 2010. Le recourant s'en prend certes à la force
probante de l'attestation médicale du psychiatre, qui ne satisfait pas aux
formes et au contenu d'une expertise, en affirmant que le résultat de la cause
aurait été autre si l'attestation avait été objectivement et adéquatement
appréciée. Il admet cependant que les troubles de sa fille sont restés trop
longtemps non traités et qu'il est évident qu'elle a besoin d'un suivi
psychologique. Le recourant ne démontre donc pas que l'autorité cantonale
aurait apprécié arbitrairement les preuves en retenant que le refus de
relations personnelles de la part de l'intimée ne lui serait pas imputable à
faute, dès lors qu'il est admis qu'elle souffre de troubles psychiques.

4.
Dans un second grief, le recourant reproche à la cour cantonale d'avoir
partiellement admis la demande d'aliments introduite par sa fille alors que la
rupture des relations personnelles est uniquement due à celle-ci, ce qui a en
principe pour conséquence d'exclure toute contribution d'entretien. A l'appui
de sa critique, le père invoque les art. 277 al. 2 CC, 9 et 29 al. 1 Cst. Le
grief de violation de l'art. 29 al.1 Cst., non explicité plus avant, est
d'emblée irrecevable (art. 106 al. 2 LTF, cf. supra consid. 1.2).
4.1
4.1.1 L'art. 277 al. 2 CC pose les conditions de l'obligation d'entretien des
père et mère à l'égard de leur enfant majeur poursuivant sa formation. Cette
obligation dépend expressément de l'ensemble des circonstances et notamment des
relations personnelles entre les parties. L'inexistence de celles-ci attribuée
au seul comportement du demandeur d'aliments peut ainsi justifier un refus de
toute contribution d'entretien. La jurisprudence exige toutefois que l'attitude
de l'enfant lui soit imputable à faute, celle-ci devant être appréciée
subjectivement (ATF 113 II 374 consid. 2 p. 376 s.); l'enfant doit avoir violé
gravement (ATF 111 II 411 consid. 2 p. 416) les devoirs qui lui incombent en
vertu de l'art. 272 CC, et dans les cas où les relations personnelles sont
rompues, avoir provoqué la rupture par son refus injustifié de les entretenir,
son attitude gravement querelleuse ou son hostilité profonde. Admettre, dans de
telles circonstances, le droit à l'entretien après la majorité reviendrait en
effet à réduire le débiteur au rôle de parent payeur, ce que n'a assurément pas
voulu le législateur (ATF 120 II 177 consid. 3c p. 179; 113 II 374 consid. 2 p.
376).
Toutefois, une réserve particulière s'impose lorsqu'il s'agit du manquement
filial d'un enfant de parents divorcés envers ceux-ci ou l'un d'eux; il faut
tenir compte des vives émotions que le divorce des parents peut faire naître
chez l'enfant et des tensions qui en résultent normalement, sans qu'on puisse
lui en faire le reproche. Néanmoins, si l'enfant persiste, après être devenu
majeur, dans l'attitude de rejet adoptée lors du divorce à l'égard du parent
qui n'avait pas la garde, bien que celui-ci se soit comporté correctement
envers lui, cette attitude inflexible lui est imputable à faute (ATF 129 III
375 consid. 4.2 p. 379 s.; 117 II 127 consid. 3b p. 130; 113 II 374 consid. 4
p. 378 ss).
4.1.2 Dans ce domaine, le juge jouit d'un large pouvoir d'appréciation (ATF 127
III 136 consid. 3a p. 141; 120 II 285 consid. 3b/bb p. 291; arrêt 5A_507/2007
du 23 avril 2008 consid. 5.1), il applique les règles du droit et de l'équité
(art. 4 CC; HEGNAUER, Berner Kommentar, 4e éd. 1997, n° 89 ad art. 277 CC). Le
Tribunal fédéral n'intervient qu'en cas d'excès ou d'abus de ce pouvoir, à
savoir lorsque la décision attaquée repose sur une appréciation insoutenable
des circonstances, qu'elle est inconciliable avec les règles du droit et de
l'équité, qu'elle omet de tenir compte de tous les éléments propres à fonder la
décision ou, au contraire, prend en considération des facteurs dénués de
pertinence (ATF 132 III 49 consid. 5.2 p. 57, 97 consid. 1 p. 99 et la
jurisprudence citée).
Par analogie avec les art. 125 al. 3 et 329 al. 2 CC, la doctrine admet que la
contribution d'entretien due sur la base de l'art. 277 al. 2 CC puisse être
réduite dans son montant ou sa durée, compte tenu de l'ensemble des
circonstances, notamment en raison de la rupture des relations personnelles
sans faute exclusive imputable au parent débiteur d'aliments ou à l'enfant
majeur (SCHNYDER, Die privatrechtliche Rechtsprechung des Bundesgerichts im
Jahre 1985, in: RJB 1987, let. m p. 109 ss, p. 111; HEGNAUER, op. cit., n° 135
ss, spéc. n° 140 ad art. 277 CC; LE MÊME, Die Dauer der elterlichen
Unterhaltspflicht, in: Festschrift für Max Keller zum 65. Geburtstag, Zurich,
1989, n° 3.2.4 p. 29; MEIER/STETTLER, Droit civil suisse, droit de la
filiation, 4e éd., 2009, n° 1099; D. PIOTET, Commentaire Romand, 2010, n° 16 in
fine ad art. 277 CC; HAUSHEER/VERDE, Mündigenunterhalt, in: Jusletter 15
février 2010, n° 54). Cette interprétation de l'art. 277 al. 2 CC est confortée
par le Message du Conseil fédéral du 5 juin 1974 concernant la modification du
code civil suisse (Filiation), à teneur duquel: "Les facteurs importants sont,
à côté des prestations déjà fournies par les parents, leur situation économique
actuelle, les dépenses qu'ils font pour d'autres enfants et les rapports entre
parents et enfant. Si l'enfant n'a pas donné aux parents l'aide et les égards
qu'il leur doit (art. 272 du projet), les parents sont déliés en tout ou partie
de cette obligation supplémentaire" (FF 1974 II 1 ss, p. 58). Pour sa part, le
Tribunal fédéral a laissé ouverte la question de la réduction du montant de la
contribution d'entretien dans le cadre de l'art. 277 al. 2 CC (ATF 111 II 413
consid. 5a p. 419; arrêts 5A_563/2008 du 4 décembre 2008 consid. 5.3; 5C.274/
2006 du 18 décembre 2006 consid. 3.2; 5C.94/2006 du 14 décembre 2006 consid.
3.4 in fine; 5C.270/2002 du 29 mars 2003 consid. 2.2 in fine).

4.2 Le recourant ne nie pas l'instabilité émotionnelle et comportementale de sa
fille, mais soutient que son attitude de rejet complet envers lui et ses
grands-parents paternels est totalement disproportionnée et infondée, au vu des
abus évoqués qui ne sont pas prouvés. Il affirme que l'autorité précédente ne
pouvait pas, sans faire preuve d'arbitraire et violer le droit fédéral,
l'astreindre à verser une contribution d'entretien à sa fille, à tout le moins
pour la période précédant le suivi psychiatrique de celle-ci, alors qu'aucune
faute ne lui est imputable; le comportement de rejet de sa fille étant
imputable à celle-ci au moins jusqu'à ce qu'elle accepte un traitement par un
spécialiste.
La Cour d'appel civil a considéré que l'attestation médicale du 19 avril 2011
du psychiatre établissait que le refus de contact de la fille avec son père est
justifié par des craintes médicales liées à une éventuelle aggravation de son
état de santé en cas "d'exposition directe ou indirecte" avec son père (cf.
supra consid. 2). L'autorité précédente n'a pas retenu de faute exclusive de la
fille - condition pour refuser l'obligation d'entretien du père -, mais une
faute non exclusive "qui ne justifie pas l'octroi d'une pension «complète»".
4.2.1 En l'occurrence, la rupture des relations personnelles entre le père et
sa fille est fondée sur des motifs médicaux, sans qu'il faille rechercher si
ces troubles sont la conséquence ou non des abus dont la fille accuse son père.
Le suivi psychiatrique régulier de l'intimée durant sa minorité a débuté alors
qu'elle était âgée de 5 ans, à savoir l'année de la séparation de ses parents.
Le dernier droit de visite du père aurait été exercé en 1998, avant d'être
suspendu en 2001 par la Justice de paix, sans qu'il soit établi que le père ait
ou non entrepris des démarches pour exercer à nouveau, par la suite, son droit
de visite sur ses filles. La responsabilité de la fille dans la rupture des
relations personnelles avec son père, consécutive au divorce de ses parents,
peut être exclue vu les faits constatés dans l'arrêt querellé et qui lient le
Tribunal fédéral (art. 105 al. 1 LTF).
En ce qui concerne l'absence actuelle de relations personnelles et le refus de
renouer contact après qu'elle eut atteint ses dix-huit ans, les médecins
traitants de l'intimée attestent que leur patiente ne saurait y être contrainte
- même de manière "indirecte" - sans danger pour sa santé psychique. On ne peut
dès lors qu'approuver le raisonnement des juges cantonaux qui ont examiné la
responsabilité de la fille (ATF 113 II 374 consid. 4 p. 378 ss), d'une part,
dans la rupture des relations personnelles pour des motifs de santé et d'autre
part, dans la prise en charge de ses problème psychiatriques. Alors que l'état
de santé de l'intimée l'empêche de renouer et d'entretenir des contacts avec
son père, son refus d'entreprendre une thérapie pour soigner sa pathologie à la
base de l'absence de relations personnelles avec son père était un choix
conscient et volontaire, autrement dit imputable à faute (arrêt 5A_112/2009 du
7 mai 2009 consid. 4.1). Dans ces conditions et compte tenu de leur pouvoir
d'appréciation (cf. supra consid. 4.1.1), les juges cantonaux n'ont pas violé
le droit, ni versé dans l'arbitraire, en considérant qu'aucune des parties
n'endosse la responsabilité exclusive du différend qui les oppose, mais que la
fille demeure partiellement responsable de cette situation, n'ayant entrepris
que tardivement un suivi psychiatrique une fois majeure, à savoir après avoir
refusé un tel traitement jusqu'aux événements de l'été 2010.
4.2.2 Le point de savoir si une réduction de la contribution d'entretien en
raison de la rupture des relations personnelles et du refus de renouer contact
non imputables à la faute exclusive de la fille, est envisageable (cf. supra
consid. 4.1.2) peut cependant souffrir de demeurer indécis. L'intimée n'a pas
recouru contre l'arrêt querellé. Le Tribunal fédéral étant lié par les
conclusions prises devant lui (art. 107 al. 1 LTF; ATF 130 III 136 consid. 1.4
p. 140) - en l'espèce celles prises par le père tendant à la suppression de
toute obligation d'entretien -, la question litigieuse concerne en définitive
le point de savoir si une faute exclusive peut être imputée à la fille,
entraînant la suppression de la contribution d'entretien en sa faveur. En
l'occurrence, il ne saurait être imputé à l'intimée une responsabilité
exclusive dans la rupture des relations personnelles et dans le refus de
renouer contact avec son père (cf. supra consid. 4.2.1), de surcroît celle-ci a
entrepris de remédier à son comportement partiellement fautif depuis les
événements de l'été 2010. Par conséquent, la suppression de l'obligation
d'entretien du père n'est pas admissible (cf. supra consid. 4.1.1).
4.2.3 Il s'ensuit que l'autorité précédente a opéré une pondération de tous les
éléments du cas d'espèce pour déterminer la responsabilité des parties dans la
rupture et l'absence de relations personnelles, dans le cadre de la fixation du
droit à l'entretien; ce faisant, elle n'a pas appliqué faussement l'art. 277
al. 2 CC, ni outrepassé son pouvoir d'appréciation (art. 4 CC), ni même fait
preuve d'arbitraire (art. 9 Cst.).

5.
Vu ce qui précède, le recours apparaît mal fondé et doit être rejeté. Le
recourant, qui succombe, supportera les frais judiciaires (art. 66 al. 1 LTF).
Il n'y a pas lieu d'octroyer une indemnité de dépens à l'intimée qui n'a pas
été invitée à se déterminer (art. 68 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 2'000 fr., sont à la charge du recourant.

3.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Ie Cour d'appel civil du
Tribunal cantonal de l'Etat de Fribourg.

Lausanne, le 25 novembre 2011
Au nom de la IIe Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse

La Présidente: Hohl

La Greffière: Carlin