Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Öffentlich-rechtliche Abteilung, Beschwerde in öffentlich-rechtlichen Angelegenheiten 2C.944/2015
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

[8frIR2ALAGK1]     
{T 0/2}
                   
2C_944/2015

Arrêt du 16 mars 2016

IIe Cour de droit public

Composition
MM. et Mme les Juges fédéraux Zünd, Président,
Aubry Girardin et Haag.
Greffière : Mme Thalmann.

Participants à la procédure
Département fédéral de justice et police,
recourant,

contre

A.________,
représentée par Me David Erard, avocat,
intimée,

Secrétariat d'Etat aux migrations.

Objet
Refus d'approbation au renouvellement d'une autorisation de séjour et renvoi de
Suisse,

recours contre l'arrêt du Tribunal administratif fédéral, Cour III, du 15
septembre 2015.

Faits :

A. 
A.________, ressortissante de la Côte d'Ivoire née en 1971, est entrée
illégalement en Suisse en septembre 2005. Elle a vécu sans autorisation chez
B.________, ressortissant portugais titulaire d'une autorisation
d'établissement UE/AELE. En 2006, l'intéressée a donné naissance à une fille,
C.________, de nationalité portugaise, qui a été reconnue par son père
B.________. Les parents se sont mariés le 8 août 2007. En avril 2008,
l'intéressée a été mise au bénéfice d'une autorisation de séjour UE/AELE au
titre de regroupement familial.

Par décision de mesures protectrices du 30 juin 2011, les époux ont été
autorisés à vivre séparés. La garde de l'enfant a été attribuée à A.________.
Le père a été condamné à verser une contribution d'entretien mensuelle à
l'enfant.

B. 
Par courrier du 13 février 2012, le Service des migrations du canton de
Neuchâtel a informé A.________ qu'il soumettait le dossier à l'Office fédéral
des migrations (depuis le 1er janvier 2015: le Secrétariat d'Etat aux
migrations; ci-après: le SEM).

Par décision du 20 juin 2013, le SEM a refusé de donner son approbation à la
prolongation de l'autorisation de séjour en faveur de l'intéressée et prononcé
son renvoi de Suisse.

Par arrêt du 15 septembre 2015, le Tribunal administratif fédéral a admis le
recours formé par l'intéressée contre la décision du SEM susmentionnée.

C. 
Agissant par la voie du recours en matière de droit public, le Département
fédéral de justice et police (ci-après: le Département fédéral) demande au
Tribunal fédéral, sous suite de frais, d'annuler l'arrêt rendu le 15 septembre
2015 par le Tribunal administratif fédéral. L'intimée conclut au rejet du
recours, sous suite de frais et dépens.

Le Tribunal administratif fédéral a produit le dossier de la cause et renoncé à
prendre position. Le SEM a déposé des observations et conclu à l'admission du
recours.

Considérant en droit :

1. 
Le Tribunal fédéral examine d'office sa compétence (art. 29 al. 1 LTF). Il
contrôle donc librement la recevabilité des recours qui sont déposés devant lui
(ATF 139 III 133 consid. 1 p. 133).

1.1. Selon l'art. 83 let. c ch. 2 LTF, le recours en matière de droit public
est irrecevable contre les décisions relatives à une autorisation de droit des
étrangers à laquelle ni le droit fédéral, ni le droit international ne donnent
droit. Selon la jurisprudence, il suffit, sous l'angle de la recevabilité,
qu'il existe un droit potentiel à l'autorisation, étayé par une motivation
soutenable, pour que cette clause d'exclusion ne s'applique pas et que,
partant, la voie du recours en matière de droit public soit ouverte. La
question de savoir si les conditions d'un tel droit sont effectivement réunies
relève du fond (ATF 137 I 305 consid. 2.5 p. 315; 136 II 177 consid. 1.1 p.
179).

En l'occurrence, en sa qualité de ressortissante portugaise, la fille de
l'intimée peut prétendre à l'octroi d'une autorisation de séjour en Suisse, en
vertu du droit à la libre circulation que lui confère l'ALCP (cf. ATF 136 II
177 consid. 1.1 p. 179; 131 II 339 consid. 1.2 p. 343). L'intimée qui a la
garde de sa fille peut également faire valoir un droit dérivé à séjourner en
Suisse sur la base de l'ALCP. Il s'ensuit que le recours échappe au motif
d'irrecevabilité de l'art. 83 let. c ch. 2 LTF (cf. ATF 136 II 65 consid. 1.3
p. 68).

1.2. Pour le surplus, dirigé contre une décision finale (art. 90 LTF), rendue
par le Tribunal administratif fédéral (art. 86 al. 1 let. a LTF), le présent
recours, déposé en temps utile (art. 100 al. 1 LTF) et dans les formes
prescrites (art. 42 LTF) par le Département fédéral de justice et police, qui a
un intérêt digne de protection à l'annulation de la décision attaquée (art. 89
al. 2 let. a LTF), est en principe recevable.

2. 
Le Département fédéral se plaint d'une violation des art. 6 et 16 par. 2 ALCP
ainsi que des art. 3 et 24 par. 1 Annexe I ALCP. Il soutient que les art. 6
ALCP et 24 Annexe I ALCP ne permettent pas à un ressortissant européen mineur
de se prévaloir d'un droit originaire à l'octroi d'une autorisation de séjour.
Il estime ensuite qu'un droit dérivé de la mère de cet enfant n'est pas prévu
par l'ALCP.

2.1. Aux termes de l'art. 16 par. 2 ALCP, dans la mesure où l'application de
l'Accord implique des notions de droit communautaire, il sera tenu compte de la
jurisprudence pertinente de la Cour de justice des Communautés européennes
antérieure à la date de sa signature. Dans un arrêt de principe du 26 novembre
2015 (arrêt 2C_716/2014 du 26 novembre 2015 destiné à la publication), le
Tribunal fédéral a rappelé que, de jurisprudence constante, dans le but
d'assurer une situation juridique parallèle entre les États membres de la
Communauté européenne, d'une part, et entre ceux-ci et la Suisse, d'autre part,
il s'inspire des arrêts rendus par la Cour de justice de l'Union européenne
après la date de signature de l'ALCP, pour autant que des motifs sérieux ne s'y
opposent pas (cf. ATF 140 II 112 consid. 3.2 p. 117; 139 II 393 consid.. 4.1.1
p. 397 s.; 136 II 5 consid. 3.4 p. 12 s.; arrêt 2C_375/2014 du 4 février 2015
consid. 3.3). Le Tribunal fédéral a précisé que le nouvel article 121a de la
Constitution fédérale, selon lequel la Suisse gère de manière autonome
l'immigration des étrangers, n'est pas directement applicable. Cette
disposition n'entraîne aucune modification de l'interprétation de l'ALCP,
lequel demeure applicable aussi longtemps qu'il n'a pas été renégocié ou
dénoncé. En outre, cet article ne constitue pas un motif sérieux permettant de
s'écarter du principe selon lequel le Tribunal fédéral s'inspire de la
jurisprudence rendue par la Cour de justice de l'Union européenne en matière
d'ALCP postérieure à la date de signature de l'accord (cf. arrêt 2C_716/2014
précité, consid. 3 et les références citées).
Le Tribunal fédéral a dès lors confirmé qu'il convenait de tenir compte de
l'arrêt Zhu et Chen rendu par la Cour de Justice des Communautés européennes
(arrêt du 19 octobre 2004 C-200/02, Rec. 2004 I-9925), conformément à sa
jurisprudence constante (arrêt 2C_716/2014 précité, consid. 5.2; cf. not. ATF
135 II 265 consid. 3.3 p. 269; arrêts 2C_375/2014 du 4 février 2015 consid. 3.1
à 3.3; 2C_470/2014 du 29 janvier 2015 consid. 3.3 et 2C_574/2010 du 15 novembre
2010 consid. 2.2.2). Selon cette jurisprudence, le parent qui a effectivement
la garde d'un enfant mineur de nationalité d'un Etat membre, a le droit de
séjourner avec lui dans l'Etat membre d'accueil, à condition en particulier que
lui-même et son enfant disposent de ressources suffisantes pour ne pas devenir
une charge pour les finances publiques de l'Etat membre d'accueil.

2.2. En l'espèce, il découle de ce qui précède que, contrairement à ce que
soutient le recourant, c'est à bon droit que le Tribunal administratif fédéral
a jugé que la fille de l'intimée, de nationalité portugaise et habitant en
Suisse, pouvait se prévaloir d'un droit de séjour originaire conféré par les
art. 6 ALCP et 24 Annexe I ALCP pour autant que les conditions soient remplies
(cf. ATF 135 II 265 consid. 3.3 p. 269; arrêts 2C_470/2014 du 29 janvier 2015
consid. 3.1; 2C_190/2011 du 23 novembre 2011 consid. 4.2.1 et 2C_574/2010 du 15
décembre 2010 consid. 2). Si tel est le cas, et afin d'éviter de priver de tout
effet utile le droit de séjour de l'enfant (cf. arrêt 2C_716/2014 précité,
consid. 5.2 et les références citées), sa mère, intimée, qui a effectivement la
garde de son enfant, peut se prévaloir d'un droit dérivé, à condition qu'elle
dispose elle aussi de ressources suffisantes.

Compte tenu de ce qui précède, le grief du recourant doit être rejeté.

3. 
Pour le surplus, c'est à bon droit également que l'instance précédente a jugé
que l'intimée et sa fille disposaient de moyens financiers suffisants au sens
des art. 6 ALCP et 24 Annexe I ALCP et de la jurisprudence. Le Département
fédéral ne le conteste d'ailleurs pas.

3.1. Selon l'art. 24 par. 1 Annexe I ALCP, une personne ressortissante d'une
partie contractante n'exerçant pas d'activité économique dans le pays de
résidence reçoit un titre de séjour d'une durée de cinq ans au moins, à
condition qu'elle prouve aux autorités nationales compétentes qu'elle dispose
pour elle-même et les membres de sa famille de moyens financiers suffisants
pour ne pas devoir faire appel à l'aide sociale pendant son séjour (let. a) et
d'une assurance-maladie couvrant l'ensemble des risques (let. b). Le paragraphe
2 de l'art. 24 Annexe I ALCP précise que les moyens financiers nécessaires sont
réputés suffisants s'ils dépassent le montant en-dessous duquel les nationaux,
eu égard à leur situation personnelle, peuvent prétendre à des prestations
d'assistance. Selon l'art. 16 al. 1 OLCP, tel est le cas si ces moyens
dépassent les prestations d'assistance qui seraient allouées en vertu des
directives "Aide sociale: concepts et normes de calcul" de la Conférence suisse
des institutions d'action sociale (CSIAS), à un ressortissant suisse,
éventuellement aux membres de sa famille, sur demande de l'intéressé et compte
tenu de sa situation personnelle. En d'autres termes, on considère que la
condition de l'art. 16 al. 1 OLCP est remplie si les moyens financiers d'un
citoyen suisse, dans la même situation, lui fermeraient l'accès à l'aide
sociale (ATF 135 II 265 consid. 3.3 p. 269; arrêts 2C_375/2014 du 4 février
2015 consid. 3.2 et 2C_470/2014 du 29 janvier 2015 consid. 3.2). Il importe
peu, pour apprécier la situation économique de l'intéressé, que ce dernier
génère lui-même ses moyens financiers ou que ceux-ci lui soient procurés par un
tiers (arrêt 2C_716/2014 précité, consid. 5.1; ATF 135 II 265 consid. 3.3 p.
269 s.; arrêts 2C_375/2014 du 4 février 2015 consid. 3.2 et 2C_470/2014 du 29
janvier 2015 consid. 3.2).

3.2. En l'espèce, il ressort des faits constatés par l'autorité précédente que
l'intimée est au bénéfice d'un contrat de durée indéterminée et travaille pour
le même employeur depuis le 1er janvier 2011 au taux de 80%. Elle perçoit un
salaire mensuel moyen net, allocation pour enfant comprise, de 3'593 fr. Le
montant de ses revenus excède le montant de ses charges, lesquelles s'élèvent à
un montant mensuel total d'environ 2'849 fr. Au demeurant, l'arrêt attaqué
n'indique pas quel est le montant que verse, le cas échéant, le père pour son
enfant. Le Tribunal administratif fédéral a encore relevé que l'intimée ne
bénéficiait plus de l'aide sociale depuis 2011, ne faisait pas l'objet de
poursuites et n'avait pas de dettes. Par ailleurs, aucun élément du dossier ne
laissait "entrevoir l'éventualité d'une détérioration subite et prochaine de la
situation professionnelle et financière" de celle-ci. Au contraire, selon une
attestation produite par son employeur, en août 2015, l'intimée a commencé une
formation d'aide en soins et accompagnement d'une durée de deux ans, à raison
d'un jour par semaine. Cet élément améliorerait la situation financière de
l'intimée à l'avenir, ainsi que sa position sur le marché de l'emploi.
Il s'ensuit que l'intimée et sa fille disposent de ressources suffisantes au
sens des art. 6 ALCP et 24 Annexe I ALCP et de la jurisprudence précitée. Il
n'est par ailleurs pas contesté que celles-ci disposent d'une
assurance-maladie.

Il découle de ce qui précède que l'intimée peut se prévaloir d'un droit dérivé
de celui de sa fille, conformément à la jurisprudence susmentionnée (cf. supra
consid. 2.1).

4. 
Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours. Il n'est pas
perçu de frais judiciaires (art. 66 al. 4 LTF). L'intimée, qui obtient gain de
cause avec l'assistance d'un mandataire professionnel, a droit à des dépens à
la charge du Département fédéral de justice et police (art. 68 al. 1 et 2 LTF).

 Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce :

1. 
Le recours est rejeté.

2. 
Il n'est pas perçu de frais judiciaires.

3. 
Le Département fédéral de justice et police versera à l'intimée la somme de
2'500 fr. à titre de dépens pour la procédure devant le Tribunal fédéral.

4. 
Le présent arrêt est communiqué au Département fédéral de justice et police, au
mandataire de l'intimée, au Tribunal administratif fédéral, Cour III, au
Service de la population du canton de Neuchâtel, ainsi qu'au Secrétariat d'Etat
aux migrations.

Lausanne, le 16 mars 2016

Au nom de la IIe Cour de droit public
du Tribunal fédéral suisse

Le Président : Zünd

La Greffière : Thalmann

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