Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Sozialrechtliche Abteilung, Beschwerde in öffentlich-rechtlichen Angelegenheiten 8C.628/2007
Zurück zum Index I. Sozialrechtliche Abteilung, Beschwerde in öffentlich-rechtlichen Angelegenheiten 2007
Retour à l'indice I. Sozialrechtliche Abteilung, Beschwerde in öffentlich-rechtlichen Angelegenheiten 2007


Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
8C_628/2007

Arrêt du 22 octobre 2008
Ire Cour de droit social

Composition
MM. et Mme les Juges Ursprung, Président,
Leuzinger et Frésard.
Greffier: M. Métral.

Parties
K.________,
recourant, représenté par Me Philippe Nordmann, avocat, place Pépinet 4, 1003
Lausanne,

contre

Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents, Fluhmattstrasse 1, 6004
Lucerne,
intimée.

Objet
Assurance-accidents,

recours contre le jugement du Tribunal des assurances du canton de Vaud du 6
juin 2007.

Faits:

A.
K.________, né en 1956, travaillait en qualité de sécheur-bobineur pour
l'entreprise X.________. Il était assuré contre les accidents et les maladies
professionnelles par la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents
(ci-après : CNA).

Le 5 janvier 2003, il a fait une chute lors d'une glissade sur une plaque de
verglas. Présentant une torsion de la jambe gauche engendrant d'importantes
douleurs, il a été hospitalisé du 5 au 15 janvier 2003 à l'Hôpital Y.________,
où les médecins ont posé le diagnostic de fracture spiroïde du tibia gauche
(diaphyse tibiale) et procédé le 7 janvier 2003 à un enclouage verrouillé
statique. La CNA a pris en charge le cas et alloué à l'assuré les prestations
légales dues pour les suites de cet accident.

Du 29 juillet au 10 septembre 2003, K.________ a séjourné dans le service de
réadaptation générale de l'Hôpital Z.________. Dans un rapport du 6 octobre
2003, les docteurs L.________ et H.________ ont posé les diagnostics de
fracture tibiale gauche traitée par enclouage le 7 janvier 2003, de
dynamisation proximale du clou tibial gauche le 5 juin 2003, de neuropathie
contusionnelle probable du nerf sciatique poplité externe gauche et de status
post-fracture du péroné proximal gauche.

L'assuré a pu reprendre le travail à 25 % dès le 13 octobre 2003, à 50 % dès le
27 octobre 2003 et à 100 % dès le 1er décembre 2003, malgré la persistance de
douleurs à la face interne du genou, ainsi qu'à la partie distale du tibia. Le
15 juin 2004, il a été licencié, avec effet dès le 1er octobre 2004, en raison
de la fermeture de l'entreprise pour laquelle il travaillait.

Le 20 août 2004, le docteur B.________ a procédé à une arthroscopie
diagnostique du genou gauche de l'assuré et à l'ablation du clou
centro-médullaire du tibia gauche. K.________ a annoncé une recrudescence des
douleurs, de sorte que le docteur T.________, médecin d'arrondissement de la
CNA, l'a examiné le 13 septembre 2004. Il n'a pas constaté d'atteinte objective
en relation avec les douleurs décrites; une reprise du travail devrait être
envisagée dans les semaines à venir, en l'absence d'indices suffisants d'une
éventuelle invalidité (rapport du 13 septembre 2004). Le docteur B.________ a
pour sa part attesté une pleine capacité de travail dès le 11 octobre 2004, en
l'absence de substrat objectif aux douleurs exprimées par l'assuré (lettre du 6
octobre 2004 au docteur T.________).

Par lettre du 21 octobre 2004, la CNA a avisé K.________ qu'elle mettrait fin à
ses prestations le 10 octobre 2004, les séquelles accidentelles pouvant être
tenues pour guéries dès cette date. Lors d'un examen médical du 21 décembre
2004, le docteur C.________, médecin d'arrondissement de la CNA, a constaté que
la fracture du tibia et du péroné gauche était guérie sans séquelle
significative autre qu'une amyotrophie qui devait s'améliorer moyennant des
sollicitations musculaires accrues. A l'examen clinique, l'assuré marchait avec
une légère boiterie gauche, variable à différents moments de l'observation avec
un pas devenant nettement plus alerte lorsque l'assuré ne se sentait pas
observé; la marche sur les talons et les pointes était possible;
l'accroupissement s'effectuait avec une sur-dénivellation du genou gauche;
l'appui unipodal était tenu des deux côtés et le sautillement unipodal était
réalisé à faible hauteur à gauche. L'assuré décrivait une zone d'hyperesthésie
sur le bord externe de la jambe, s'arrêtant à hauteur de la cheville, sans
autre déficit sensitivo-moteur à l'examen du pied. De l'avis du docteur
C.________, la capacité médico-théorique de travail était entière. Les troubles
résiduels n'atteignaient pas un degré suffisant pour ouvrir droit à une
indemnité pour atteinte à l'intégrité.

Par décision du 22 décembre 2004, la CNA a, en substance, nié le droit de
K.________ à une indemnité pour atteinte à l'intégrité ou à d'autres
prestations pour la période postérieure au 10 octobre 2004.

L'assuré a formé opposition à cette décision. Le 21 février 2005, il a produit
un rapport médical établi le 15 février 2005 par son médecin traitant, le
docteur W.________. Celui-ci précisait que l'assuré présentait une boiterie de
décharge gauche, qu'il ressentait des douleurs constantes dans sa jambe gauche,
jambe qui lui paraissait moins «stable» qu'auparavant. Il était certainement
apte à travailler à 100 %, mais dans une activité statique avec la possibilité
éventuelle de s'asseoir (peu de déplacements, pas de manutention de charges, à
un poste permettant idéalement d'alterner les positions debout et assise).
K.________ a également produit un rapport établi le 18 février 2005 par le
docteur E.________, spécialiste FMH en chirurgie orthopédique, faisant état
d'un syndrome fémoro-rotulien douloureux gauche, d'ostéoporose de la jambe et
du pied gauche, de status après enclouage verrouillé et ablation du matériel
d'ostéosynthèse d'une fracture spiroïde gauche. D'après le docteur E.________,
un recyclage professionnel pouvait être envisagé, mais la poursuite du
traitement était nécessaire, sous forme de tonification isométrique active du
quadriceps, application de Compex pour électrostimulation deux à quatre fois
par jour, et prescription de calcium et vitamine D3 pour accélérer
l'amélioration de la structure osseuse. L'ostéoporose était due à l'inactivité
post-traumatique et pouvait expliquer les douleurs dans la jambe distale.

Dans un rapport du 28 février 2005, le docteur C.________ a maintenu son avis
concernant la pleine capacité de travail exigible sur le plan purement
somatique et médico-théorique. Il a précisé que l'atrophie osseuse distale ne
revêtait aucun caractère pathologique spécifique et ne nécessitait pas de
traitement particulier ni une supplémentation calcique. Les troubles résiduels
présentés par l'assuré étaient imputables à un léger état irritatif d'une
branche sensitive proximale du nerf sciatique poplité externe. Mais un
phénomène d'amplification et de surcharge psychogène influençait le processus
d'invalidation qui semblait s'installer.

Par lettre du 1er avril 2005, le docteur W.________ a invité la CNA a rouvrir
le dossier de l'assuré, au motif de la réapparition d'importantes douleurs dans
la jambe gauche.

Dans un nouveau rapport du 11 avril 2005, le docteur C.________ a considéré que
sur le plan strictement somatique, le cas pouvait être considéré comme
globalement stabilisé, et que la seule modification qu'on pouvait encore
attendre avec le temps était une amélioration spontanée de la fonction globale
du membre inférieur, moyennant les sollicitations physiologiques de la marche
et de l'activité physique.

Par décision du 31 mai 2005, la CNA a rejeté l'opposition.

B.
B.a Par acte du 4 juillet 2005, K.________ a déféré la cause au Tribunal des
assurances du canton de Vaud, en demandant notamment à la juridiction cantonale
d'ordonner une expertise judiciaire. Il a produit un rapport établi le 23 août
2005 par le docteur W.________, dans lequel celui-ci pose les diagnostics de
syndrome-fémoro rotulien douloureux gauche post-traumatique, et d'état
dépressivo-anxieux réactionnel à un état douloureux persistant et à un état
socio-économique précaire; depuis mars 2005, l'assuré souffrait également d'une
sciatique aiguë de territoire L5-S1 gauche sans déficit moteur. Le docteur
W.________ attestait une incapacité de travail totale depuis le 9 mars 2005.
K.________ a également produit un rapport établi le 8 juin 2006 par les
docteurs G.________ et M.________, médecins au Service psychiatrique de
l'Hôpital J.________. Ces médecins attestaient une incapacité de travail totale
en raison d'un trouble de l'humeur (épisode dépressif sévère sans symptôme
psychotique).

Le Tribunal des assurances du canton de Vaud a fait produire en cause le
dossier constitué par l'Office de l'assurance-invalidité du canton de Vaud,
auquel l'assuré avait entre-temps adressé une demande de prestations. Il en
ressort qu'un examen bidisciplinaire a été réalisé le 22 septembre 2005 au
Service médical régional de l'assurance-invalidité, par les docteurs
S.________, spécialiste en chirurgie orthopédique, et V.________, psychiatre.
Ces derniers ont nié l'existence d'une atteinte à la santé entraînant une
incapacité de travail de l'assuré depuis le 11 octobre 2003, date à laquelle la
fracture de la jambe qu'il avait subie était consolidée.

Par décision incidente du 8 juin 2006 et jugement incident du 13 juillet 2006,
le juge instructeur, puis le Tribunal des assurances du canton de Vaud, ont
refusé d'ordonner l'expertise judiciaire demandée par l'assuré. Ce dernier a
recouru devant le Tribunal fédéral des assurances (aujourd'hui : Ire et IIème
Cours de droit social du Tribunal fédéral), en produisant un nouveau rapport
médical établi par le docteur E.________ le 14 août 2006. Le Tribunal fédéral
des assurances a déclaré le recours irrecevable par arrêt du 3 novembre 2006.
Il a retourné à l'assuré le rapport du docteur E.________ produit à l'appui de
son recours.
B.b Par jugement du 6 juin 2007, le Tribunal des assurances du canton de Vaud a
rejeté le recours interjeté contre la décision sur opposition du 31 mai 2005.

C.
K.________ interjette un recours en matière de droit public contre ce jugement,
dont il demande l'annulation. Il conclut au renvoi de la cause à la juridiction
cantonale pour qu'elle fasse administrer une expertise judiciaire puis statue à
nouveau sur le droit à des indemnités journalières, à une rente et à une
indemnité pour atteinte à l'intégrité. L'intimée conclut au rejet du recours,
alors que l'Office fédéral de la santé public a renoncé à se déterminer.
A la demande du Tribunal fédéral, la recourante a produit, le 7 octobre 2008,
le rapport médical établi le 14 août 2006 par le docteur E.________. L'intimée
ayant déjà exposé son point de vue sur ce rapport dans sa réponse au recours,
elle n'a pas été invitée à se déterminer à nouveau.

Considérant en droit:

1.
Le litige porte sur le droit du recourant à des prestations en espèces de
l'assurance-accidents (indemnités journalières et rente pour la période
postérieure au 10 octobre 2004; indemnité pour atteinte à l'intégrité). Compte
tenu des conclusions prises en instance fédérale, le droit à la prise en charge
du traitement médical n'est en revanche plus litigieux.

2.
L'art. 6 al. 1 LAA prévoit que les prestations de l'assurance-accidents
obligatoire sont allouées en cas d'accident professionnel ou non professionnel,
ou de maladie professionnelle. Par accident au sens de cette disposition, on
entend toute atteinte dommageable, soudaine et involontaire, portée au corps
humain par une cause extérieure extraordinaire qui compromet la santé physique,
mentale ou psychique, ou qui entraîne la mort (art. 4 LPGA). Le droit aux
prestations suppose notamment entre l'événement dommageable de caractère
accidentel et l'atteinte à la santé un lien de causalité naturelle. Cette
condition est remplie lorsqu'il y a lieu d'admettre que, sans cet événement
accidentel, le dommage ne se serait pas produit du tout ou qu'il ne serait pas
survenu de la même manière. Il n'est pas nécessaire que l'accident soit la
cause unique ou immédiate de l'atteinte à la santé : il suffit qu'associé
éventuellement à d'autres facteurs, il ait provoqué l'atteinte à la santé,
c'est-à-dire qu'il se présente comme la condition sine qua non de cette
atteinte. Savoir si l'événement assuré et l'atteinte en question sont liés par
un rapport de causalité naturelle est une question de fait que l'administration
ou, le cas échéant, le juge, examine en se fondant essentiellement sur des
renseignements d'ordre médical, et qui doit être tranchée en se conformant à la
règle du degré de vraisemblance prépondérante, appliquée généralement à
l'appréciation des preuves dans l'assurance sociale (ATF 129 V 177 consid. 3.1
p. 181, 402 consid. 4.3 p. 406).

3.
Le recourant fait grief aux premiers juges d'avoir considéré qu'il ne souffrait
plus d'une atteinte à la santé physique d'origine accidentelle et de nature à
entraîner une incapacité de travail postérieurement au 10 octobre 2004, ou
constituant une atteinte durable à l'intégrité physique. Il leur reproche
d'avoir tenu les constatations médicales des docteurs B.________ et C.________
pour suffisamment probantes et d'avoir refusé d'administrer une expertise
judiciaire, compte tenu des constatations contraires rapportées par les
docteurs W.________ et E.________. Le docteur C.________ n'avait pas pu réfuter
de manière convaincante les objections soulevées par le docteur E.________ dans
un rapport du 14 août 2006, ce dernier rapport n'ayant jamais été soumis au
médecin d'arrondissement de la CNA. Par ailleurs, contrairement aux autres
médecins consultés, le docteur E.________ avait constaté un oedème du genou
jusqu'au pied et avait exposé, en se référant à diverses publications
scientifiques, que l'intervention chirurgicale subie par l'assuré laissait
subsister des douleurs chez de nombreux patients. Quant au docteur B.________,
ses constatations étaient entachées d'inobjectivité dès lors qu'il mettait en
doute les plaintes de l'assuré à peine quinze jours après avoir enlevé le
matériel d'ostéosynthèse, dans les termes suivants : «Bien entendu, les
déclarations de ce patient sont en contradiction avec un examen clinique tout à
fait calme».

4.
4.1 Selon le principe de la libre appréciation des preuves (art. 61 let. c
LPGA; art. 40 PCF, en relation avec l'art. 55 al. 1 LTF), le juge apprécie les
preuves médicales qu'il a recueillies sans être lié par des règles formelles.
Le juge doit examiner objectivement tous les documents à disposition, quelle
que soit la provenance, puis décider s'ils permettent de porter un jugement
valable sur le droit litigieux. S'il existe des avis contradictoires, il ne
peut trancher l'affaire sans indiquer les raisons pour lesquelles il se fonde
sur une opinion plutôt qu'une autre. En ce qui concerne la valeur probante d'un
rapport médical, ce qui est déterminant c'est que les points litigieux aient
fait l'objet d'une étude circonstanciée, que le rapport se fonde sur des
examens complets, qu'il prenne également en considération les plaintes
exprimées par la personne examinée, qu'il ait été établi en pleine connaissance
de l'anamnèse, que la description du contexte médical et l'appréciation de la
situation médicale soient claires et enfin que les conclusions du médecin
soient dûment motivées. Au demeurant, l'élément déterminant pour la valeur
probante n'est ni l'origine du moyen de preuve ni sa désignation comme rapport
ou comme expertise, mais bel et bien son contenu (ATF 125 V 351 consid. 3a p.
352, 122 V 157 consid. 1c p. 160 et les références).
4.2
4.2.1 Le recourant ne peut reprocher à la juridiction cantonale d'avoir omis de
prendre en considération le rapport établi le 14 août 2006 par le docteur
E.________, puisqu'il n'a jamais produit ce document en procédure cantonale. Il
est vrai qu'il a joint le rapport du 14 août 2006 en annexe à son recours
devant le Tribunal fédéral des assurances contre le refus d'administrer une
expertise judiciaire, en procédure incidente. Il ne s'y est toutefois pas
autrement référé dans ses différentes déterminations en instance cantonale.
Quoi qu'il en soit, le rapport en question ne justifie pas l'instruction
complémentaire demandée par le recourant, pour les motifs exposés ci-après.
4.2.2 Contrairement à ce que soutient le recourant, le docteur E.________ n'a
pas constaté directement un oedème du genou jusqu'au pied, mais a cité, dans un
rapport du 22 février 2005, les constatations effectuées sur ce point par le
docteur T.________ lors d'un examen pratiqué le 13 septembre 2004. Le docteur
E.________ n'est donc pas le seul praticien a avoir pris en considération cet
aspect des symptômes présentés par l'assuré, dont le docteur T.________ était,
au demeurant, mieux à même d'apprécier l'importance sur la base de l'examen
clinique auquel il a procédé. Il n'y a aucun motif de penser qu'il aurait
négligé de prendre en considération cet oedème pour déterminer l'étiologie des
symptômes dont souffre le recourant.
4.2.3
4.2.3.1 Le docteur E.________ pose le diagnostic de syndrome fémoro-rotulien
douloureux. Il explique que l'introduction et l'ablation du clou
centro-médullaire au tibia a été faite par un abord à travers le tendon
rotulien. On a donc effectué une incision longitudinale de ce tendon, qui a été
recousu par la suite. Sans contester la justification de ce traitement, le
docteur E.________ précise que celui-ci peut provoquer un remaniement du
tendon, une fibrose et éventuellement un rétrécissement du tendon, ce qui peut
entraîner des douleurs persistantes après le traitement chirurgical. Il est
souvent difficile de préciser le substrat organique de la douleur localisée et
due aux altérations du tendon. Mais des gonalgies antérieures après enclouage
centro-médullaire du tibia gauche sont assez fréquentes (plus de 50 % des cas)
et sont une conséquence de cette intervention.
4.2.3.2 Le docteur E.________ expose ce qui précède dans un rapport du 14 août
2006. Auparavant, il avait déjà posé le diagnostic de syndrome fémoro-rotulien
douloureux gauche, mais avait attribué les douleurs présentées par l'assuré à
une ostéoporose d'inactivité de la jambe et du pied gauche (rapport du 18
février 2005), ce qui avait été réfuté par le docteur C.________. Ce dernier
avait précisé, en se référant notamment au résultat d'examens radiographiques
pratiqués par le docteur F.________, que l'assuré présentait une atrophie
osseuse distale légère et relativement banale, sans caractère pathologique
(rapport du 28 février 2005).

Les docteurs S.________ et V.________ ont également posé le diagnostic de
syndrome rotulien bilatéral. Mais alors que le docteur E.________ ne se
prononce pas précisément sur les limites fonctionnelles qu'entraîne cette
atteinte, les médecins du SMR ont précisé, pour leur part, qu'aucune limitation
fonctionnelle ne pouvait être attribuée à la fracture de la jambe de l'assuré,
qui avait consolidé en parfaite position; le syndrome rotulien n'engendrait pas
davantage de limitation fonctionnelle. Pour sa part, le docteur C.________ ne
nie pas toute douleur séquellaire à l'accident et au traitement chirurgical
subi par l'assuré, mais constate un phénomène d'amplification et de surcharge
psychogène. Il est d'avis que les séquelles de l'accident n'entraînent pas,
abstraction faite de cette surcharge psychogène, d'atteinte à l'intégrité
significative ni d'incapacité de travail, l'assuré ayant d'ailleurs pu
travailler à 100 % pendant plus de huit mois malgré les troubles
post-fracturaires résiduels. Les constatations des médecins du SMR et du
docteur C.________ concordent ainsi dans une large mesure. Ces médecins n'ont
pas seulement envisagé la possibilité que l'assuré éprouve des douleurs en
raison de l'accident ou du traitement chirurgical subi, comme le docteur
E.________, mais ont vérifié si l'intensité de ces douleurs et des symptômes
décrits par l'assuré, avec notamment des épisodes de lâchage du genou gauche,
pouvait être attribuée à des séquelles de l'accident ou de l'intervention
chirurgicale, au degré de la vraisemblance prépondérante. Leurs constatations
sur ce point revêtent une valeur probante suffisante pour statuer sur le
litige, sans que les rapports établis par le docteur E.________ justifient de
mettre en oeuvre un complément d'instruction sous forme d'expertise judiciaire.

Dans ce contexte, on précisera que le docteur B.________ avait lui aussi
souligné la bonne consolidation de la fracture tout en évoquant une surcharge
psychologique entraînant une aggravation des symptômes. Il a précisé que
l'ablation du matériel d'ostéosynthèse avait - au dire du patient et de sa
fille - aggravé la situation, avec «le genou qui lâche, des douleurs plus
importantes de la jambe avec un pied qui bouge tout seul». Qu'après cet exposé
des symptômes décrits par l'assuré, le docteur B.________ ait évoqué son
impression d'une nette surcharge psychologique et qu'il ait jugé opportun de
préciser que cet exposé était «bien entendu» en contradiction avec un examen
clinique tout à fait calme, avec un genou sans épanchement, des cicatrices
opératoires sans rougeur, sans déhiscence ni oedème, ne permet pas de conclure
à son absence d'objectivité.

5.
Dans un second grief, le recourant reproche à la juridiction cantonale de
n'avoir pas pris en considération les atteintes à la santé psychique dont il
souffre - attestées notamment par les docteurs G.________ et M.________ -, au
motif que ces atteintes n'étaient pas en relation de causalité adéquate avec
l'accident.

5.1 Le droit à des prestations d'assurance suppose entre l'événement
dommageable de caractère accidentel et l'atteinte à la santé, un lien de
causalité naturelle mais aussi adéquate. Il faut que, d'après le cours
ordinaire des choses et l'expérience de la vie, l'accident soit propre à
entraîner un effet du genre de celui qui s'est produit, la survenance de ce
résultat paraissant de façon générale favorisée par une telle circonstance (ATF
129 V 177 consid. 3.2 p. 181 et la référence), au point que le dommage puisse
encore équitablement être mis à la charge de l'assurance-accidents eu égard aux
objectifs poursuivis par la LAA (cf. ATF 123 V 98 consid. 3 p. 100 ss et les
références). D'après la jurisprudence, l'existence d'un lien de causalité
adéquate entre un accident insignifiant ou de peu de gravité et des troubles
psychiques consécutifs à l'accident doit, en règle générale, être niée
d'emblée, tandis qu'elle doit être admise en cas d'accident grave; pour
admettre le rapport de causalité adéquate entre un accident de gravité moyenne
et des troubles psychiques, il faut prendre en considération certains critères,
dont les plus importants sont les circonstances concomitantes particulièrement
dramatiques ou le caractère particulièrement impressionnant de l'accident, la
gravité ou la nature particulière des lésions physiques, compte tenu notamment
du fait qu'elles sont propres, selon l'expérience, à entraîner des troubles
psychiques, la durée anormalement longue du traitement médical, les douleurs
physiques persistantes, les erreurs dans le traitement médical entraînant une
aggravation notable des séquelles de l'accident, les difficultés apparues au
cours de la guérison et les complications importantes qui ont pu en résulter,
ainsi que le degré et la durée de l'incapacité de travail due aux lésions
physiques.

Tous ces critères ne doivent pas être réunis pour que la causalité adéquate
soit admise. Un seul d'entre eux peut être suffisant, notamment si l'on se
trouve à la limite de la catégorie des accidents graves. Inversement, en
présence d'un accident se situant à la limite des accidents de peu de gravité,
les circonstances à prendre en considération doivent se cumuler ou revêtir une
intensité particulière pour que le caractère adéquat du lien de causalité soit
admis (ATF 115 V 133 consid. 6c/aa p. 140, 403 consid. 5c/aa p. 409).

5.2 L'accident subi par l'assuré le 5 janvier 2003 était une simple glissade
sur un sol verglacé. On peut donc se demander s'il ne devrait pas être qualifié
de léger, de sorte que la causalité adéquate devrait être niée d'emblée, pour
ce motif. Quoi qu'il en soit, il s'agit tout au plus d'un accident de gravité
moyenne, à la limite d'un accident de faible gravité. Les premiers juges ont
exposé à juste titre que les critères posés par la jurisprudence exposée
ci-avant (consid. 5.1) n'étaient pour la plupart pas remplis, de sorte qu'il
convient de nier l'existence du rapport de causalité adéquate litigieux. En
particulier, on précisera que les critères relatifs aux douleurs et à
l'incapacité de travail dues aux seules séquelles physiques de l'accident,
auxquels se réfère le recourant, ne revêtent pas, en l'occurrence, une
intensité telle qu'elle permettrait, les autres critères n'étant pas remplis,
d'admettre un rapport de causalité adéquate entre des troubles psychiques et un
événement à la limite d'un accident de faible gravité.

6.
Vu ce qui précède, les conclusions du recourant sont mal fondées. Celui-ci ne
peut prétendre de dépens à la charge de l'intimée et supportera les frais de
justice (art. 66 al.1 et 68 al. 1 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 500 fr., sont mis à la charge du recourant.

3.
Le présent arrêt est communiqué aux parties, au Tribunal des assurances du
canton de Vaud et à l'Office fédéral de la santé publique.

Lucerne, le 22 octobre 2008

Au nom de la Ire Cour de droit social
du Tribunal fédéral suisse
Le Président: Le Greffier:

Ursprung Métral