Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 5A.278/2008
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
5A_278/2008 / frs

Arrêt du 24 juillet 2008
IIe Cour de droit civil

Composition
Mmes et M. les Juges Escher, Juge présidant,

Meyer et Jacquemoud-Rossari.
Greffière: Mme Jordan.

Parties
dame X.________, (épouse),
recourante, représentée par Me Olivier Cramer, avocat,

contre

X.________, (époux),
intimé, représenté par Me David Bitton, avocat,

Objet
effets accessoires du divorce,

recours contre l'arrêt de la Chambre civile de la Cour de justice du canton de
Genève du 14 mars 2008.

Faits:

A.
X.________, né le 22 février 1947, et dame X.________, née le 11 avril 1965,
tous deux de nationalité autrichienne, se sont mariés le 26 septembre 1984.
Deux enfants, aujourd'hui majeurs, sont issus de cette union.

Les époux vivent séparés depuis le 15 mai 2004.

B.
Par jugement de mesures protectrices de l'union conjugale du 13 octobre 2004,
le Tribunal de première instance de Genève a attribué la garde du fils à la
mère et celle de la fille au père; il a en outre condamné ce dernier à payer
mensuellement une contribution à l'entretien de la famille de 5'000 fr., en sus
de la participation aux frais médicaux et d'écolage des enfants.

Le 7 novembre 2006, dame X.________ a ouvert action en divorce.

Statuant le 5 septembre 2007, le Tribunal de première instance a notamment
prononcé le divorce des parties et astreint le mari à verser mensuellement à sa
femme, au titre de l'indemnité équitable de l'article 124 al. 1 CC, la somme de
814 fr. 15 jusqu'à concurrence de 450'000 fr.

Sur appel de dame X.________, la Chambre civile de la Cour de justice du canton
de Genève a, le 14 mars 2008, réformé partiellement ce jugement en ce sens
qu'elle a arrêté le montant des mensualités à 1'000 fr. jusqu'à l'achèvement
des études du fils majeur, mais au plus tard jusqu'au 31 (recte : 30 ) novembre
2012, puis à 3'500 fr.

C.
Dame X.________ interjette un recours en matière civile au Tribunal fédéral
concluant, principalement, à ce que l'indemnité globale de 450'000 fr. soit
payable par mensualités de 3'500 fr. et, subsidiairement, au renvoi de la cause
à l'autorité cantonale pour enquêtes et nouvelle décision.

Des observations n'ont pas été requises.

Considérant en droit:

1.
Le Tribunal fédéral examine d'office et librement la recevabilité des recours
qui lui sont soumis (ATF 133 III 462 consid. 2 p. 465).

1.1 Interjeté - compte tenu des féries de Pâques (art. 46 al. 1 let. a LTF) -
dans le délai utile (art. 100 al. 1 LTF), par la partie qui a succombé dans ses
conclusions (art. 76 al. 1 LTF), contre une décision finale (art. 90 LTF) prise
en dernière instance cantonale et sur recours par le tribunal supérieur du
canton de Genève (art. 75 LTF), dans une cause de divorce (art. 72 al. 1 LTF),
dont seuls des effets accessoires de nature pécuniaire d'une valeur supérieure
à 30'000 fr. sont remis en cause (art. 51 al. 1 let. a et 74 al. 1 let. b LTF;
cf. ATF 116 II 493 consid. 2b p. 495), le recours en matière civile est
recevable.

1.2 Saisi d'un recours en matière civile, le Tribunal fédéral statue sur la
base des faits établis par l'autorité précédente (art. 105 al. 1 LTF). Il ne
peut s'en écarter que si ces faits ont été établis de façon manifestement
inexacte ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2
LTF), et si la correction du vice est susceptible d'influer sur le sort de la
cause (art. 97 al. 1 LTF). Le recourant qui entend invoquer que les faits ont
été établis de manière manifestement inexacte (art. 97 al. 1 LTF), c'est-à-dire
que les constatations de fait sont arbitraires au sens de l'art. 9 Cst. (ATF
133 II 249 consid. 1.2.2 p. 252), doit démontrer, par une argumentation
précise, en quoi consiste la violation. Le Tribunal fédéral n'examine en effet
la violation de l'interdiction de l'arbitraire que si ce grief a été invoqué et
motivé par le recourant (art. 106 al. 2 LTF), c'est-à-dire s'il a été
expressément soulevé et exposé de façon claire et détaillée (principe
d'allégation; ATF 133 IV 286 consid. 1.4 p. 287/288).

1.3 Le Tribunal fédéral applique le droit d'office (art. 106 al. 1 LTF) à
l'état de fait constaté dans l'arrêt cantonal ou à l'état de fait qu'il aura
rectifié et complété conformément aux principes exposés ci-dessus. Il n'est lié
ni par les motifs invoqués par les parties ni par l'argumentation juridique
retenue par l'autorité cantonale (cf. ATF 130 III 297 consid. 3.1 p. 298/299);
iI peut donc admettre un recours pour un autre motif que ceux qui ont été
invoqués par le recourant, comme il peut le rejeter en adoptant une
argumentation différente de celle de l'autorité précédente (cf. ATF 130 III 136
consid. 1.4 in fine p. 140, 297 consid. 3.1 p. 298/299). Compte tenu de
l'exigence de motivation contenue à l'art. 42 al. 1 et 2 LTF - sous peine
d'irrecevabilité (art. 108 al. 1 let b LTF) -, le Tribunal fédéral n'examine en
principe que les griefs invoqués; il n'est pas tenu de traiter, comme le ferait
une autorité de première instance, toutes les questions juridiques qui se
posent, lorsque celles-ci ne sont plus discutées devant lui. Il ne peut par
ailleurs pas entrer en matière sur la violation d'un droit constitutionnel ou
sur une question relevant du droit cantonal ou intercantonal si le grief n'a
pas été invoqué et motivé de manière précise par la partie recourante (art. 106
al. 2 LTF; ATF 133 III 545 consid. 2.2 p. 550; 131 III 26 consid. 12.3 p. 32 et
les arrêts cités).

2.
La recourante ne remet en cause ni le principe ni la quotité de l'indemnité
équitable selon l'art. 124 CC, arrêtée à 450'000 fr., mais uniquement le
montant des mensualités à verser à titre de modalité de paiement de cette
créance. Elle soutient que celles-là devraient s'élever à 3'500 fr. par mois eu
égard aux revenus de l'intimé. A ce sujet, se fondant sur un contrat faisant
état d'une mission temporaire de trois mois que le mari avait effectuée pour le
compte de l'ONU en 2007 et pour laquelle il avait perçu 36'780 US$, elle
reproche à l'autorité cantonale de ne pas avoir tenu compte d'un revenu
hypothétique en sus de la rente de prévoyance, gain qu'elle fixe à 57'812,50
US$ correspondant, selon le contrat précité, à la rémunération annuelle
maximale d'un mandataire onusien.

2.1 Selon la Cour de justice, vu sa situation patrimoniale, l'intimé n'était
pas en mesure de s'acquitter de l'indemnité équitable de 450'000 fr. par le
versement d'un capital payable en une seule fois et devait par conséquent être
condamné à verser à ce titre des acomptes mensuels. Elle a arrêté ces derniers
à 1'000 fr. par mois jusqu'à la fin des études du fils majeur du couple, mais
jusqu'au 31 (recte 30) novembre 2012 au plus tard, puis à 3'500 fr. Elle a en
bref jugé que, compte tenu de son minimum vital (6'175 fr.), auquel il
convenait d'ajouter les frais d'entretien de l'enfant majeur (2'833 fr). à sa
charge jusqu'aux termes susmentionnés, et de ses revenus (10'000 fr.), l'intimé
disposait en effet d'un disponible de 992 fr. par mois, qui lui permettait de
verser mensuellement 1'000 fr. à titre d'acompte sur l'indemnité équitable. Par
la suite, il bénéficierait d'un solde de 3'825 fr. (10'000 fr. - 6'175 fr.) qui
justifierait le versement de 3'500 fr., dès lors qu'il ne pourrait être réduit
à son strict minimum vital vu la durée de l'obligation de versement des
mensualités (plus de dix ans). Plus particulièrement, l'autorité cantonale a
considéré que l'on ne pouvait exiger de l'intimé, qui avait atteint l'âge de la
retraite, qu'il reprenne une activité lucrative. Aussi, les revenus qu'il
pourrait sporadiquement réaliser par des missions temporaires, au demeurant non
garanties, n'avaient pas à être pris en considération.

2.2 Selon la jurisprudence, le débirentier peut se voir imputer un revenu
hypothétique supérieur à celui qu'il obtient effectivement, pour autant qu'une
telle augmentation soit possible et qu'elle puisse raisonnablement être exigée
de lui; peu importe, en principe, le motif pour lequel il a renoncé au revenu
supérieur pris en compte (ATF 128 III 4 consid. 4 p. 5 et les arrêts cités). La
prise en considération d'un revenu hypothétique ne revêt pas un caractère
pénal; il s'agit simplement d'inciter le débiteur à réaliser le revenu qu'il
est à même de se procurer en faisant preuve de bonne volonté et dont on peut
attendre de lui qu'il l'obtienne afin de remplir ses obligations. Les critères
permettant de déterminer le montant du revenu hypothétique sont l'âge, l'état
de santé et la situation du marché du travail (ATF 128 III 4 consid. 4a p. 5/6
et la jurisprudence). Savoir si l'on peut raisonnablement exiger du débiteur
une augmentation de son revenu est une question de droit; en revanche,
déterminer quel revenu une personne a la possibilité effective de réaliser est
une question de fait (ATF 128 III 4 consid. 4c/bb p. 7; 126 III 10 consid. 2b
p. 12/13).

2.3 Contrairement à ce que soutient la recourante, les juges cantonaux n'ont
pas ignoré la mission temporaire effectuée par l'intimé en 2007, mais ont jugé
que, vu son caractère aléatoire, elle n'était pas pertinente pour imputer à
l'intimé un gain supplémentaire régulier. Pour le surplus, la recourante ne
démontre pas en quoi cette appréciation serait arbitraire, se bornant à
affirmer que les revenus n'ont rien de "sporadiques". Or, en matière
d'appréciation des preuves et de constatation des faits, il appartient au
recourant de démontrer précisément, pour chaque constatation de fait
incriminée, comment les preuves administrées auraient dû, selon lui, être
correctement appréciées et en quoi leur appréciation par l'autorité cantonale
est insoutenable (cf. supra, consid. 1.2; ATF 129 I 113 consid. 2.1 p. 120; 128
I 295 consid. 7a p. 312; 125 I 492 consid. 1b p. 495 et les arrêts cités).
Autant que la recourante se réfère par ailleurs à des missions que l'intimé
effectuera en 2008, elle allègue des faits nouveaux qui sont irrecevables (art.
99 LTF).

2.4 Selon la Chambre civile, il n'y a pas lieu d'exiger de l'intimé, qui a
atteint l'âge de la retraite et perçoit une rente vieillesse, qu'il exerce une
activité lucrative. Lorsque la recourante oppose à ce raisonnement - au
demeurant conforme à la jurisprudence (cf. ATF 100 Ia 12 consid. 4d p. 17) -
que l'intimé a fait preuve de bonne volonté en travaillant durant trois mois en
2007, sa critique tombe à faux. La simple circonstance de l'acceptation d'un
mandat ponctuel rémunéré n'est pas de nature à établir en quoi l'autorité
cantonale aurait violé le droit fédéral en retenant qu'il n'y avait pas lieu
d'imposer à l'intimé la poursuite d'une activité lucrative postérieurement à sa
retraite, et partant de lui fixer un revenu hypothétique. Le grief est ainsi
mal fondé.

3.
En conclusion, le recours doit être rejeté dans la mesure où il est recevable.
La recourante, qui succombe, supportera l'émolument de justice (art. 66 al. 1
LTF). Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens à l'intimé qui n'a pas été invité à
répondre (art. 68 al. 1 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 3'000 fr., sont mis à la charge de la
recourante.

3.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Chambre civile de la Cour
de justice du canton de Genève.

Lausanne, le 24 juillet 2008

Au nom de la IIe Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
La Juge présidant: La Greffière:
Escher Jordan