Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 5A.60/2008
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 1/2}
5A_60/2008 / frs

Arrêt du 26 juin 2008
IIe Cour de droit civil

Composition
MM. et Mmes les Juges Raselli, Président, Meyer, Hohl, Marazzi et
Jacquemoud-Rossari.
Greffier: M. Fellay.

Parties
Sergio Witzig,
recourant, représenté par Me Christophe Tafelmacher, avocat,

contre

Pierre Keller,
intimé, représenté par Me Cyrille Piguet, avocat,

Objet
protection de la personnalité,

recours contre l'arrêt de la Chambre des recours du Tribunal cantonal du canton
de Vaud du 6 décembre 2007.

Faits:

A.
A.a Pierre Keller est le directeur de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne
(ci-après: ECAL) depuis 1995. Il est également artiste et a exposé ses oeuvres
dans le monde entier. Il est constant qu'il est un personnage public qui
s'exprime volontiers sur des sujets en relation avec l'ECAL ou l'art en
général.
A.b Les organisateurs du Marché-Concourt de Saignelégier ont, à l'occasion de
son 100ème anniversaire, proposé à chaque canton d'acquérir un étalon grandeur
nature en polyester et de le transformer en oeuvre originale.

Le canton de Vaud a choisi de présenter l'oeuvre créée par un étudiant de
l'ECAL, Victor de Castro. Le cheval présenté se singularisait par le fait qu'il
était vêtu d'un masque en cuir, de lanières hérissées de pics et de chaînettes
en métal reliant ses pattes.
A.c Le 20 juillet 2003, un article intitulé "Le sulfureux étalon vaudois" est
paru dans "Le Matin dimanche". Son auteur y tenait notamment les propos
suivants:
«Des petits, des grands, des frêles, en cent ans d'existence, le
Marché-Concours de Saignelégier en a vu défiler, des chevaux. Mais un comme
celui-là, avec masque en cuir, lanières hérissées de pics et chaînettes reliant
ses pattes, la parfaite panoplie sado-maso, jamais! (...).
Des septante projets de l'ECAL, c'est en tout cas le sien qui a été retenu par
un jury de professeurs, présidé par Pierre Keller, le fameux directeur de
l'école...
Militant de la cause gay
D'où cette question: comment, dans ce choix, ne pas voir la patte de ce
personnage charismatique, extraverti, libertin, ouvertement militant de la
cause gay? (...)».

Dans le même article, il est relevé que Pierre Keller, joint au téléphone sur
son lieu de vacances a déclaré:«...Un cheval comme outil de plaisir et de désir
avec son côté provocant, oui, ça m'a plu.».
A.d Cet article a suscité des réactions de la part des lecteurs du journal
susmentionné, qui a publié dans le courrier des lecteurs de l'édition du
dimanche 27 juillet 2003, sous l'intitulé «A propos de l'article "Le sulfureux
étalon vaudois" paru le 20 juillet», deux lettres dont celle de Sergio Witzig,
courtier en art.

La lettre de ce dernier, intitulée "Une mocheté", a la teneur suivante:
«Cela m'étonnerait que le cheval "vaudois" genre sado-maso, qui sera présenté
au Marché-Concours de Saignelégier prochainement, fasse scandale, la
banalisation des pratiques sexuelles, y compris les plus déviantes, ne faisant
plus guère recette depuis déjà pas mal de temps parmi le grand public.
Il n'y a plus que ce plouc de directeur de l'ECAL, Pierre Keller, pour y croire
encore, la preuve.
Car, si le jeune homme brésilien qui a créé cette mocheté a choisi ce thème du
sadomasochisme, c'est bien parce qu'il est étudiant dans cette école, où, c'est
désormais bien connu, pour s'y faire bien voir du directeur, il faut créer de
préférence dans le genre "sex" tendance déviant (sic), crade, pervers, etc., à
l'image de la boîte de jouets sexe et du botte-cul sexe, précédemment également
produits (...).
Ce cheval ne fera donc qu'apporter une lourde pierre de plus au jardin du
mauvais goût du susnommé, mais ne devrait susciter que de l'indifférence dans
le public.».

B.
B.a Le 29 août 2003, Pierre Keller a saisi le Président du Tribunal civil de
l'arrondissement de l'Est vaudois d'une action en protection de la personnalité
dirigée contre Sergio Witzig.

Par jugement du 29 septembre 2006, le Président du tribunal d'arrondissement a,
en substance, constaté que le courrier des lecteurs rédigé par le défendeur
portait une atteinte illicite aux droits de la personnalité du demandeur,
condamné le défendeur à payer au demandeur le montant de 1'000 fr., à verser en
mains de l'association « l'elac », et fait interdiction au défendeur de tenir
quelque propos que ce soit, en particulier par voie de presse, susceptible de
porter une atteinte illicite à la personnalité du demandeur.
B.b Par arrêt du 17 octobre 2007, le Tribunal cantonal vaudois a partiellement
admis le recours du défendeur contre le jugement du Président du tribunal
d'arrondissement et réformé ce jugement en annulant la condamnation à une
indemnité ainsi que l'interdiction faite de tenir tout propos de nature à
porter atteinte à la personnalité du demandeur. Le Tribunal cantonal a confirmé
le jugement attaqué pour le surplus.

En bref, selon l'arrêt cantonal, la lettre de lecteur incriminée échappait à
toute critique dans la mesure où elle avait émis des pronostics ou jugements de
valeur et utilisé le terme de « plouc »; en revanche, elle avait porté une
atteinte illicite à la personnalité du demandeur en mettant en doute sa probité
intellectuelle et son honnêteté artistique dans sa fonction de directeur de
l'ECAL et en énonçant un fait objectivement faux au sujet de la manière dont
celui-ci assumait cette direction.

C.
Contre l'arrêt du Tribunal cantonal, dont l'expédition complète lui a été
notifiée le 10 décembre 2007, le défendeur a interjeté, le 25 janvier 2008, un
recours en matière civile au Tribunal fédéral. Il conteste avoir porté une
atteinte illicite aux droits de la personnalité de l'intimé (demandeur) et
invoque la violation des art. 28 et 28a al. 1 ch. 3 CC. Il conclut
principalement à la réforme de la décision attaquée en ce sens que les
conclusions du demandeur sont intégralement rejetées, subsidiairement au renvoi
de la cause à l'autorité cantonale pour nouvel arrêt.

Il sollicite également le bénéfice de l'assistance judiciaire.

L'intimé conclut au rejet du recours dans la mesure de sa recevabilité.

Considérant en droit:

1.
1.1 L'action en protection de la personnalité est une contestation civile
portant sur un droit de nature non pécuniaire, qui peut faire l'objet d'un
recours en matière civile en vertu de l'art. 72 al. 1 LTF (5A_78/2007 du 24
août 2007 consid. 1; cf., sous l'empire de l'art. 44 OJ, ATF 110 II 411 consid.
1 et 127 III 481 consid. 1a). Le recours est dirigé contre une décision finale
(art. 90 LTF) rendue par l'autorité cantonale de dernière instance (art. 75 al.
1 LTF); il émane de la partie qui a succombé partiellement dans ses conclusions
en instance cantonale (art. 76 al. 1 LTF) et il a été déposé en temps utile,
compte tenu de la suspension des délais durant les féries du 18 décembre au 2
janvier (art. 46 al. 1 let. c et 100 al. 1 LTF); partant, il est recevable.

1.2 Le recours en matière civile peut être formé pour violation du droit, tel
qu'il est délimité par les art. 95 et 96 LTF. Le Tribunal fédéral applique le
droit d'office (art. 106 al. 1 LTF), sans être lié ni par les motifs de
l'autorité précédente, ni par les moyens des parties. Compte tenu des exigences
de motivation posées à l'art. 42 al. 2 LTF, sous peine d'irrecevabilité (art.
108 al. 1 let. b LTF), le Tribunal fédéral n'examine en principe que les griefs
soulevés; il n'est pas tenu de traiter, à l'instar d'une juridiction de
première instance, toutes les questions juridiques pouvant se poser
lorsqu'elles ne sont plus discutées devant lui (ATF 133 IV 150 consid. 1.2). Il
ne connaît de la violation de droits fondamentaux ou du droit cantonal que si
ce grief a été soulevé et motivé par le recourant (art. 106 al. 2 LTF), les
exigences de motivation correspondant à celles de l'ancien art. 90 al. 1 let. b
OJ (ATF 133 II 249 consid. 1.4.2; 133 III 393 consid. 6).

1.3 Le Tribunal fédéral statue sur la base des faits établis par l'autorité
précédente (art. 105 al. 1 LTF); il ne peut s'en écarter que si ces faits ont
été établis de façon manifestement inexacte ou en violation du droit au sens de
l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF), et si la correction du vice est susceptible
d'influer sur le sort de la cause (art. 97 al. 1 LTF). Le recourant qui entend
s'écarter des constatations de la juridiction cantonale doit exposer de manière
circonstanciée en quoi les exceptions prévues par l'art. 105 al. 2 LTF seraient
réalisées (ATF 133 IV 150 consid. 1.3). Les faits nouveaux et les preuves
nouvelles sont prohibés, à moins de résulter de la décision de l'autorité
précédente (art. 99 al. 1 LTF).

En ce qui concerne l'établissement des faits et l'appréciation des preuves, le
Tribunal fédéral se montre réservé, vu le large pouvoir qu'il reconnaît en ce
domaine aux autorités cantonales. Il n'intervient, du chef de l'art. 9 Cst.,
que si le juge n'a manifestement pas compris le sens et la portée d'un moyen de
preuve, s'il a omis, sans raison sérieuse, de tenir compte de preuves
pertinentes ou encore s'il a effectué, sur la base des éléments recueillis, des
déductions insoutenables; encore faut-il que la décision attaquée en soit
viciée dans son résultat (ATF 129 I 8 consid. 2.1; 127 I 38 consid. 2a et les
arrêts cités).

2.
Aux termes de l'art. 28 CC, celui qui subit une atteinte illicite à sa
personnalité peut agir en justice pour sa protection contre toute personne qui
y participe (al. 1). Une atteinte est illicite, à moins qu'elle ne soit
justifiée par le consentement de la victime, par un intérêt prépondérant privé
ou public, ou par la loi (al. 2).

2.1 Il résulte de cette dernière disposition que l'atteinte est en principe
illicite, ce qui découle du caractère absolu des droits de la personnalité,
l'atteinte devenant cependant licite si son auteur peut invoquer un motif
justificatif. L'illicéité est une notion objective, de sorte qu'il n'est pas
décisif que l'auteur soit de bonne foi ou ignore qu'il participe à une atteinte
à la personnalité (ATF 134 III 193 consid. 4.6).

2.2 Il y a atteinte à la personnalité au sens de l'art. 28 CC non seulement
lorsque la bonne réputation d'une personne ou son sentiment d'honorabilité sont
lésés, mais aussi lorsque sa considération professionnelle ou sociale est
touchée. L'honneur, comme partie intégrante de la personnalité en droit civil,
est une notion clairement plus large que l'honneur protégé pénalement par
l'art. 173 CP. Pour juger objectivement si une déclaration, dans un article de
presse par exemple, porte atteinte à la considération d'une personne, il faut
se placer du point de vue d'un lecteur moyen et tenir compte des circonstances
concrètes qui entourent la publication, soit le contexte ou le cadre dans
lequel l'article a paru (arrêt 5A_78/2007 du 24 août 2007 consid. 4 publié in:
sic! 12/2007 p. 895; ATF 129 III 49 consid. 2.2; 127 III 481 consid. 2b/aa; 126
III 209 consid. 3a in fine et les arrêts cités).

2.3 La presse peut atteindre quelqu'un dans sa personnalité de deux manières:
d'une part en relatant des faits, d'autre part en les appréciant (ATF 129 III
49 consid. 2.2; 126 III 305 consid. 4b et les arrêts cités).
2.3.1 La diffusion de faits vrais n'est inadmissible que si les faits en
question font partie de la sphère secrète ou privée ou si la personne concernée
est rabaissée de manière inadmissible parce que la forme de la description est
inutilement blessante.

La publication de faits inexacts est illicite en elle-même; ce n'est que dans
des cas exceptionnels très rares et particuliers que la diffusion de faits faux
est justifiée par un intérêt suffisant. Mais chaque inexactitude, imprécision,
raccourci ou généralisation ne fait pas à elle seule d'un compte-rendu une
fausseté dans son ensemble. Un article de presse inexact dans ce sens n'est
globalement faux et ne viole les droits de la personnalité que s'il ne
correspond pas à la réalité sur des points essentiels et montre la personne
concernée sous un angle si erroné ou en présente une image si faussée qu'elle
s'en trouve rabaissée de manière sensible dans la considération de ses
semblables (ATF 129 III 49 consid. 2.2, 529 consid. 3.1; 126 III 305 consid. 4b
/aa et les arrêts cités).

Les faits justificatifs prouvés par l'auteur de la violation peuvent en
supprimer le caractère illicite.
2.3.2 Les opinions, commentaires et jugements de valeur sont admissibles pour
autant qu'ils apparaissent soutenables en fonction de l'état de fait auquel ils
se réfèrent. Ils ne peuvent être soumis à la preuve de la vérité. Dans la
mesure où ils constituent dans le même temps aussi des affirmations de fait,
par exemple les jugements de valeur mixtes, le noyau de fait de l'opinion est
soumis aux mêmes principes que les affirmations de fait. En outre, les
jugements de valeur et les opinions personnelles, même lorsqu'ils reposent sur
des faits vrais, peuvent constituer une atteinte à l'honneur lorsqu'ils
consacrent, en raison de leur forme, un rabaissement inutile. Puisque la
publication d'un jugement de valeur bénéficie de la liberté d'expression, il
faut cependant faire preuve d'une certaine retenue lorsque le public était en
mesure de reconnaître les faits sur lesquels le jugement se fondait. Une
opinion caustique doit être acceptée. Un jugement de valeur n'est attentatoire
à l'honneur que lorsqu'il rompt le cadre de ce qui est admis et laisse entendre
un état de fait qui ne correspond pas à la réalité ou conteste à la personne
concernée tout honneur d'être humain ou personnel (ATF 126 III 305 consid. 4b/
bb et les références).

2.4 Le Tribunal fédéral revoit avec retenue l'appréciation de l'instance
cantonale dans la pondération entre l'intérêt de la victime à la protection de
sa personnalité et celui de l'intérêt invoqué par l'auteur comme motif
justificatif; l'autorité cantonale dispose à cet égard d'un certain pouvoir
d'appréciation (art. 4 CC; ATF 129 III 531 consid. 3.1; 126 III 209 consid. 3a
p. 212 et la jurisprudence citée). Le Tribunal fédéral n'intervient que si la
décision s'écarte sans raison sérieuse des règles établies par la jurisprudence
ou s'appuie sur des faits qui, en l'occurrence, ne devaient jouer aucun rôle ou
encore ne tient, au contraire, pas compte d'éléments qui auraient absolument dû
être pris en considération (ATF 126 III 305 consid. 4a p. 306 et les
références).

3.
L'arrêt attaqué considère que dans la mesure où elle se contentait de faire des
pronostics ou des évaluations sur des événements futurs (doutes quant à un
scandale possible, manque d'impact sur le public des pratiques sexuelles même
les plus déviantes, vu leur banalisation) ou d'émettre des jugements de valeur
(« mocheté » du cheval présenté), la lettre de lecteur incriminée ne contenait
que des jugements de valeur subjectifs, ne relevant que de la liberté d'opinion
de leur auteur et appelant la plus grande retenue puisque le public était en
mesure de reconnaître en l'espèce le contexte dans lequel ces jugements étaient
émis.

En revanche, dans la mesure où la lettre laissait entendre au lecteur moyen
que, d'une manière générale, il était de notoriété publique («c'est désormais
bien connu») que les étudiants de l'ECAL devaient exécuter des objets à
connotation sexuelle («... il est étudiant dans cette école où ... il faut
créer de préférence dans le genre sexe...») pour voir leurs oeuvres favorisées
ou tout au moins appréciées du directeur («s'y faire bien voir») et qu'elle
faisait ainsi comprendre que le choix du cheval présenté par l'ECAL au
Marché-Concours de Saignelégier résultait d'une politique artistique délibérée
poursuivie par l'intimé au sein de l'école qu'il dirigeait, elle mettait en
doute, selon l'autorité cantonale, la probité intellectuelle et l'honnêteté
artistique de l'intimé dans sa fonction de directeur de l'ECAL.

L'autorité cantonale a dès lors examiné si les allégations du recourant
relatives aux préférences artistiques et professionnelles de l'intimé au sein
de l'ECAL pouvaient être considérées comme établies. Elle est arrivée, au terme
d'une analyse approfondie des témoignages et pièces versées au dossier, au
constat suivant: l'intimé était un provocateur qui le revendiquait publiquement
et qui multipliait les déclarations fracassantes; il avait fait connaître
l'ECAL par des opérations «coup de poing»; il était certes établi que l'école,
dans sa section design graphique, avait produit des objets à connotation
sexuelle (botte-culs; boîtes à godemichés), mais il était aussi prouvé que
l'ECAL, sous l'impulsion de l'intimé, menait également des projets dans le
domaine du design industriel et du design de produit et avait montré, à sa
troisième apparition à la Foire de l'Ameublement de Milan en 2003, des objets
sérieux tels des cuisines ou des chaises; il ressortait encore d'un article de
l'AGEFI du 7 juillet 2003 et d'un article publié en allemand et en anglais dans
le numéro de juillet/août 2003 dans la revue « design report » que ces projets
étaient en cours de réalisation ou étaient déjà réalisés au moment de la
publication de la lettre du recourant le 27 juillet 2003. L'autorité cantonale
en a déduit qu'il était insoutenable de prétendre qu'un étudiant devait créer
dans le domaine du sexe pour plaire au directeur de l'ECAL; par ailleurs,
d'autres éléments postérieurs à la parution de la lettre de lecteur, dont il
fallait tenir compte, démontraient que l'ECAL avait des activités dans diverses
branches de l'art entièrement étrangères aux choses du sexe, ne présentant
aucun caractère de provocation. En conséquence, a conclu l'autorité cantonale,
les propos du recourant selon lesquels l'intimé avait un intérêt exclusif pour
les choses du sexe et pour la provocation gratuite qui déteignaient sur
l'enseignement prodigué dans cette école, étaient faux et, partant, un tel
mensonge ou une telle insinuation avaient porté une atteinte illicite à sa
personnalité.

Enfin, l'autorité cantonale a retenu qu'aucun motif justificatif, en
particulier, la légitime défense, ne pouvait être admis. Le recourant pouvait
être aussi provocateur que l'intimé dans le domaine des goûts et des opinions
au sujet de l'expression artistique, ainsi que de la manière de faire connaître
ceux-ci, mais il ne pouvait pas déborder de ce domaine sans violer le principe
de la proportionnalité. Or, il était sorti du débat en énonçant un fait
objectivement faux au sujet de la manière dont l'intimé dirigeait l'ECAL.

4.
Le recourant reproche à la juridiction cantonale de n'avoir pas suffisamment
tenu compte de sa liberté d'expression garantie par l'art. 10 CEDH et d'avoir
violé l'art. 28 CC en considérant que ses propos étaient attentatoires à
l'honneur de l'intimé. Elle aurait, selon lui, interprété faussement ceux-ci,
omis de prendre en considération des critères déterminants pour apprécier le
caractère illicite ou non de l'atteinte et mal apprécié la perception du
lecteur moyen. C'est également de manière arbitraire, parce que contraire aux
faits établis, que l'autorité cantonale aurait contesté la véracité de son
affirmation et considéré que ses propos étaient mensongers.

4.1 Dans sa lettre de lecteur, le recourant ne s'est guère attardé sur le sujet
même de l'article « Le sulfureux étalon vaudois » paru le 20 juillet et les
critères ayant conduit le jury, sous la présidence de l'intimé, à choisir le
cheval vaudois genre « sadomaso ». Sur ce point, il ne s'est pas livré, comme
on aurait pu en attendre d'un courtier en art, à une véritable critique
artistique, mais il s'est contenté de quelques pronostics, évaluations et
jugements de valeur, qu'il était certes en droit d'émettre en vertu de sa
liberté d'opinion, comme l'a retenu à juste titre l'autorité cantonale, même si
ses propos pouvaient apparaître sévères, voire dévalorisants (« mocheté », « ce
plouc de directeur de l'ECAL », « mauvais goût » de l'intimé). Un lecteur moyen
était en mesure de reconnaître, par la référence au Marché-Concours de
Saignelégier et les photographies illustrant le texte litigieux, le contexte
dans lequel les propos en question avaient été proférés.

Le recourant est toutefois sorti volontairement du cadre de l'oeuvre en
question, qui ne lui a servi, semble-t-il, que de prétexte, pour faire
carrément comprendre au lecteur que si le lauréat avait choisi le thème du
sadomasochisme pour décorer son cheval, c'était pour se faire bien voir de
l'intimé, non pas en tant que président du jury connu pour apprécier et
encourager la création d'oeuvres sur ce thème, mais en sa qualité de directeur
de l'ECAL favorisant les étudiants qui font dans le genre « sexe, tendance
déviant, crade, pervers », à l'image de produits précédemment créés (« boîte de
jouets sexe », « botte-cul sexe »). Le recourant a clairement laissé entendre
par là au lecteur moyen que, d'une manière générale, le directeur de l'école
favorisait la création d'oeuvres à connotation sexuelle et « sadomaso » au
détriment d'autres genres de création, et que si l'on voulait réussir dans son
école, il fallait faire dans le genre. Le fait que le recourant a ajouté « de
préférence » ne change rien à cela. Ainsi que l'a retenu l'autorité cantonale,
le recourant a, dans sa lettre de lecteur, bel et bien mis en doute la probité
intellectuelle et l'honnêteté artistique de l'intimé dans sa fonction de
directeur de l'ECAL.

4.2 Il appartenait au recourant d'établir la véracité des faits attentatoires
aux droits de la personnalité de l'intimé pour échapper au reproche d'illicéité
(art. 8 et 28 al. 2 CC, cf., supra, consid. 2.3.1). Or, au terme de son examen
fouillé des éléments du dossier, l'autorité cantonale est arrivée non seulement
à la conclusion que le recourant n'avait pas réussi à prouver ce qu'il
avançait, à savoir qu'il fallait créer dans le domaine du sexe pour plaire au
directeur de l'ECAL, mais encore que l'intimé avait lui-même apporté la preuve
du contraire, soit que l'ECAL avait des activités dans diverses branches de
l'art entièrement étrangères aux choses du sexe et ne présentant aucun
caractère de provocation particulier.

Le recourant ne démontre pas que l'autorité cantonale a conclu arbitrairement à
la fausseté des faits en question. Il se trompe lorsqu'il croit qu'il suffisait
de prouver que le fait que l'étudiant (« jeune homme brésilien ») s'était bien
fait voir de son directeur en créant son oeuvre « sadomaso » et que celle-ci
avait plu à celui-ci, était conforme à la vérité. Ce qu'il lui appartenait en
effet de prouver - et qu'il n'a pas réussi à faire -, c'était son assertion
selon laquelle pour plaire au directeur de l'ECAL et implicitement réussir dans
cette école, un étudiant devait créer dans le domaine du sexe et du « sadomaso
».

5.
Il résulte de ce qui précède que le recours doit être rejeté dans la mesure de
sa recevabilité.

Le recourant, qui invoque son indigence, a bénéficié de l'assistance judiciaire
en instance cantonale. Son recours au Tribunal fédéral n'étant pas apparu
d'emblée manifestement dépourvu de chances de succès au sens de l'art. 64 al. 1
LTF, il y a lieu de le mettre au bénéfice de la même mesure pour la procédure
fédérale.

L'intimé, qui obtient gain de cause, a droit à des dépens (art. 68 al. 1 et 2
LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

2.
La demande d'assistance judiciaire du recourant est admise, Me Christophe
Tafelmacher lui étant désigné comme avocat pour la procédure fédérale.

3.
Un émolument judiciaire, arrêté à 3'000 fr., est mis à la charge du recourant,
mais il est supporté provisoirement par la Caisse du Tribunal fédéral.

4.
Le recourant versera à l'intimé une indemnité de 3'000 fr. à titre de dépens
pour la procédure fédérale.

5.
La Caisse du Tribunal fédéral versera à Me Christophe Tafelmacher une indemnité
de 3'000 fr. à titre d'honoraires.

6.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et à la Chambre des recours du
Tribunal cantonal du canton de Vaud.

Lausanne, le 26 juin 2008
Au nom de la IIe Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse
Le Président: Le Greffier:

Raselli Fellay