Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
Collection des arrêts du Tribunal fédéral suisse
Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

Strafrechtliche Abteilung, Beschwerde in Strafsachen 6B.933/2010
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
6B_933/2010

Arrêt du 24 mars 2011
Cour de droit pénal

Composition
MM. les Juges Favre, Président,
Schneider et Jacquemoud-Rossari.
Greffière: Mme Cherpillod.

Participants à la procédure
X.________,
représenté par Me Peter Schaufelberger, avocat,
recourant,

contre

1. Ministère public du canton de Vaud, rue de l'Université 24, 1014 Lausanne,
2. A.________,
représenté par Me Manuela Ryter Godel, avocate,
intimés.

Objet
Ordonnance de refus de suivre (lésions corporelles simples),

recours contre l'arrêt du Tribunal d'accusation du canton de Vaud du 1er
octobre 2010.

Faits:

A.
Le 19 janvier 2009, A.________ a déposé plainte pénale contre X.________, lui
reprochant de l'avoir, dans la nuit du 10 janvier 2009, frappé au visage à deux
reprises, sorti de force du bar dans lequel ils se trouvaient et roué de coups
de poing et de pied au visage et sur la poitrine, le laissant ensuite inanimé
dans la neige.
Dans un courrier du 4 décembre 2009 au Juge d'instruction de l'arrondissement
du Nord vaudois, X.________ a exposé que cette bagarre avait eu lieu parce que
A.________ l'avait pris à partie, griffé et frappé au visage, lui cassant à
cette occasion son appareil dentaire. Il n'a pas déposé plainte pénale avant
cette date.
Par ordonnance du 7 septembre 2010, le Juge d'instruction de l'arrondissement
du Nord vaudois a renvoyé X.________ devant le Tribunal de police de
l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois comme accusé de lésions
corporelles simples. Elle a en revanche refusé de suivre à la dénonciation de
X.________.

B.
Par arrêt du 1er octobre 2010, le Tribunal d'accusation du canton de Vaud a
confirmé cette décision. En bref, il a considéré que X.________ n'avait pas
déposé plainte pénale et que même si son courrier du 4 décembre 2009 était
considéré comme telle, celle-ci aurait été tardive. Les lésions que A.________
aurait fait subir à X.________ n'étaient pas qualifiées et ne se poursuivaient
donc pas d'office. Le Tribunal d'accusation a relevé sur ce point que
X.________ n'avait pas été incapable de se protéger, s'étant précisément
défendu en assénant deux coups de poing au visage de A.________.

C.
Par écriture du 3 novembre 2010, X.________ a formé un recours en matière
pénale. Il conclut à la réforme de l'arrêt entrepris, en ce sens que A.________
est renvoyé devant le tribunal compétent pour lésions corporelles qualifiées au
sens de l'art. 123 ch. 2 al. 3 CP. Subsidiairement, il requiert l'annulation de
l'arrêt entrepris et le renvoi de la cause à l'autorité précédente pour
nouvelle décision. Il demande, par ailleurs, le bénéfice de l'assistance
judiciaire.

Il n'a pas été ordonné d'échange d'écritures.

Considérant en droit:

1.
La décision attaquée a été rendue le 1er octobre 2010. La qualité de
l'intéressé pour former un recours en matière pénale s'examine par conséquent
au regard de l'art. 81 LTF, dans sa teneur en vigueur jusqu'au 31 décembre 2010
(art. 132 LTF; arrêt 1B_37/2011 du 4 février 2011 consid. 2).

1.1 En l'état de la législation au 31 décembre 2010, le lésé, qui n'a pas la
qualité de victime au sens de la loi fédérale du 23 mars 2007 sur l'aide aux
victimes d'infractions (LAVI; RS 312.5), ne peut remettre en cause la décision
sur le fond, par exemple contester l'application de la loi matérielle ou
l'appréciation des preuves. Il peut uniquement se plaindre d'une violation des
droits qui lui sont reconnus, en tant que partie à la procédure, par le droit
cantonal, le droit constitutionnel fédéral ou le droit conventionnel, lorsque
cette violation équivaut à un déni de justice formel (cf. ATF 136 IV 29 consid.
1.7 et 1.9 p. 40 ss; également arrêt 6B_627/2010 du 9 décembre 2010 consid.
1.2).
Est une victime au sens de la LAVI, toute personne qui a subi, du fait d'une
infraction, une atteinte directe à son intégrité physique, psychique ou
sexuelle (art. 1 al. 1 LAVI). L'atteinte doit revêtir, objectivement, une
certaine gravité. Il ne suffit pas que la victime ait subi des désagréments,
qu'elle ait eu peur ou qu'elle ait eu quelque mal. Il faut déterminer si, au
regard des conséquences de l'infraction en cause, le lésé peut légitimement
invoquer le besoin de la protection prévue par la loi fédérale. Tant que les
faits ne sont pas définitivement arrêtés, il faut se fonder sur les allégués de
celui qui se prétend lésé pour déterminer s'il est une victime au sens de la
LAVI (ATF 129 IV 216 consid. 1.2.1 p. 218 et les références citées; également
arrêt 6B_629/2010 du 25 novembre 2010 consid. 2.1)

1.2 En l'espèce, le recourant se plaint d'avoir été griffé et frappé au visage
par l'intimé, qui aurait cassé son dentier. Ce dernier préjudice n'est pas de
nature corporelle et ne justifie donc pas de reconnaître la qualité de victime
au recourant. Quant aux autres atteintes, qui ne sont attestées par aucune
pièce, notamment photos ou certificat médical pourtant annoncés par le
recourant (Procès-verbal d'audition du 2 septembre 2009, lignes 26 et 27;
pièces 15 et 17), elles ne revêtent pas une gravité particulière. On peut ainsi
sérieusement se demander si l'atteinte dénoncée est suffisamment grave pour que
le recourant se voie accorder la qualité de victime. Au vu du sort du recours,
cette question peut toutefois rester ouverte.

2.
Dans le recours en matière pénale, les faits constatés par l'autorité intimée
lient le Tribunal fédéral (art. 105 al. 1 LTF). Il n'en va différemment que si
le fait a été établi en violation du droit ou de manière manifestement inexacte
au sens des art. 97 al. 1 et 105 al. 2 LTF, soit essentiellement de façon
arbitraire au sens de l'art. 9 Cst. (cf. ATF 136 II 304 consid. 2.4 p. 313; sur
la notion d'arbitraire, v. ATF 136 III 552 consid. 4.2 p. 560 et les arrêts
cités). Le Tribunal fédéral n'examine les moyens fondés sur la violation d'un
droit constitutionnel que s'ils ont été invoqués et motivés de manière précise
(art. 42 al. 2 et art. 106 al. 2 LTF). L'acte de recours doit, à peine
d'irrecevabilité, contenir un exposé succinct des droits constitutionnels ou
des principes juridiques violés et préciser en quoi consiste la violation (cf.
ATF 134 II 349 consid. 3 p. 351; également ATF 136 II 489 consid. 2.8 p. 494).

2.1 Le recourant se réfère à des dépositions et pièce figurant au dossier
(Recours, p. 9-11). Il invoque ensuite qu'il aurait été attaqué "sans raison",
"par surprise" et "sans avoir eu la possibilité ni la moindre chance de faire
face à son agresseur" (Recours, p. 10). Ces faits ne résultent pas de l'arrêt
entrepris. Faute pour le recourant de démontrer, conformément aux exigences de
motivation accrues posées par l'art. 106 al. 2 LTF, que l'autorité intimée
serait tombée dans l'arbitraire en ne les constatant pas, ils ne peuvent être
pris en considération dans le cadre du présent recours.

2.2 Le recourant écrit que la motivation de l'autorité intimée serait
"manifestement insuffisante à faire admettre le bien-fondé du refus de suivre
prononcé, puisqu'elle n'examine pas le déroulement des faits" (Recours, p. 10).
Ce faisant, il n'explicite toutefois pas quelle disposition constitutionnelle
aurait été violée et en quoi. Ce grief est également irrecevable.

3.
Le recourant reproche en réalité à l'autorité intimée d'avoir refusé de
considérer que le comportement de A.________ tombait sous le coup de l'art. 123
ch. 2 al. 3 CP (Recours, p. 5 3ème paragraphe), si bien que la poursuite,
malgré l'absence de plainte formulée en temps utile, devait avoir lieu
d'office.

3.1 En vertu de l'art. 123 ch. 2 al. 3 CP, est poursuivi d'office celui qui
aura intentionnellement fait subir à une personne hors d'état de se défendre
une atteinte à l'intégrité corporelle ou à la santé, atteinte non qualifiée de
grave au sens de l'art. 122 CP.

3.2 Est "hors d'état de se défendre", celui qui n'est pas en mesure de se
soustraire aux effets dommageables des actes dont il est l'objet. Les termes
employés par le législateur n'impliquent pas que l'incapacité visée découle de
particularités physiques ou psychiques telles que l'âge, la faiblesse
corporelle, la maladie ou l'infirmité. La loi n'exige pas non plus que la
victime soit hors d'état de se soustraire à n'importe quelle attaque. Il suffit
qu'elle ne puisse se défendre avec quelques chances de succès contre son
agresseur et contre le dommage dont il la menace (ATF 129 IV 1 consid. 3.3).
C'est en raison de la bassesse que l'acte révèle chez l'auteur et de la
protection dont la victime a particulièrement besoin que le législateur a prévu
la poursuite d'office de ce comportement (ATF 85 IV 125 consid. 4b p. 129).

3.3 En l'espèce, l'état de fait établi par l'autorité précédente retient que
l'intimé a pris à partie le recourant et l'a griffé et frappé au visage (Arrêt,
p. 2). Il ne contient en revanche aucun élément permettant de penser que le
recourant n'aurait pas été en mesure de se défendre lors de l'agression, cela
d'autant plus qu'il y a mis fin en frappant lui-même l'intimé. Dès lors, c'est
à juste titre que l'autorité précédente a estimé que l'art. 123 ch. 2 al. 3 CP
ne s'appliquait pas au comportement de l'intimé et que ce dernier ne devait pas
être poursuivi, en l'absence de plainte formulée en temps utile par le
recourant.

4.
Ce dernier succombe. Ses conclusions étaient d'emblée dénuées de chances de
succès. L'assistance judiciaire doit lui être refusée (art. 64 al. 1 LTF). Le
recourant supporte les frais de la cause qui sont fixés en tenant compte de sa
situation financière qui n'apparaît pas favorable (art. 65 al. 2 et 66 al. 1
LTF). Il n'y a pas lieu d'allouer des dépens à A.________, qui n'a pas été
amené à se déterminer, ni au Ministère public (art. 68 al. 3 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté, dans la mesure où il est recevable.

2.
L'assistance judiciaire est refusée.

3.
Les frais judiciaires, arrêtés à 1'600 fr., sont mis à la charge du recourant.

4.
Le présent arrêt est communiqué aux parties et au Tribunal d'accusation du
canton de Vaud.

Lausanne, le 24 mars 2011
Au nom de la Cour de droit pénal
du Tribunal fédéral suisse
Le Président: La Greffière:

Favre Cherpillod