Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
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II. Öffentlich-rechtliche Abteilung, Beschwerde in öffentlich-rechtlichen Angelegenheiten 2C.404/2011
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

2C_404/2011
{T 0/2}

Arrêt du 21 novembre 2011
IIe Cour de droit public

Composition
MM. les Juges Zünd, Président,
Karlen et Donzallaz.
Greffier: M. Vianin.

Participants à la procédure
X.________,
représentée par Me Z.________, avocat,
recourante,

contre

ville de Lancy,
représentée par Me Jacques-André Schneider, avocat,

Objet
Action en libération de dette, irrecevabilité,

recours contre l'arrêt de la Cour de justice du canton de Genève, chambre
administrative, du 22 mars 2011.

Considérant en fait et en droit:

1.
1.1 Dans le cadre d'une procédure d'exécution forcée engagée par la ville de
Lancy, qui avait été son employeur, X.________, agissant par l'intermédiaire de
son mandataire, Me Z.________, a intenté contre celle-ci une action en
libération de dette devant le Tribunal de première instance du canton de
Genève. Cette juridiction s'étant déclarée incompétente, X.________ a saisi le
Tribunal administratif du canton de Genève - devenu le 1er janvier 2011 la
chambre administrative de la section administrative de la Cour de justice du
canton de Genève (ci-après: la Cour de justice) -, par acte daté du 17 mai
2010. L'enveloppe utilisée portait un timbre suisse de 2 fr. 20 oblitéré à
Martigny le 17 mai 2010. Sur ce dernier était apposée une étiquette
d'affranchissement, imprimée par le bureau de poste de 1200 Genève 1, datée du
19 mai 2010 à 12h10. L'enveloppe à fenêtre ne comportait aucune mention
manuscrite. La signature figurant sur la demande ressemblait à celle apposée
sur l'accusé de réception du jugement du Tribunal de première instance. Elle
était encadrée par les termes: "Pour Madame X.________, Me Z.________, avocat".

L'assistance judiciaire ayant été refusée par la vice-présidente du Tribunal de
première instance, X.________ a requis la reconsidération de cette décision.
Selon la demande de reconsidération, la magistrate prénommée ignorait
manifestement que si l'acte adressé au Tribunal administratif portait un timbre
oblitéré le 19 mai 2010, une attestation était apposée au dos dudit courrier,
dans laquelle un témoin certifiait que celui-ci avait été expédié dans la
soirée du 17 mai 2010. La Cour de justice a toutefois ultérieurement constaté
qu'aucune inscription manuscrite ne figurait sur cette enveloppe.

Entendu lors d'une audience de comparution personnelle du 7 mars 2011, Me
Z.________ a indiqué que le recours avait été remis à la poste de Martigny le
dernier jour du délai. Le témoin avait été Me Y.________, avocat-stagiaire à
Martigny, auquel il avait également délégué la rédaction du recours. Il
ignorait si ce dernier avait lui-même un témoin.

1.2 Par arrêt du 22 mars 2011, la Cour de justice a déclaré irrecevable
l'action en libération de dette, qui n'avait pas été remise à un bureau de
poste suisse dans le délai légal de vingt jours de l'art. 83 al. 2 LP. Selon
cette autorité, la preuve qu'un acte a été déposé en temps utile résulte en
principe de la date d'oblitération postale, même s'il est possible de
l'apporter d'autres manières, notamment en faisant appel à des témoins. Elle a
relevé ce qui suit:
"Les explications données par le conseil de la demanderesse lors de l'audience
de comparution personnelle manquent singulièrement de clarté, si ce n'est de
cohérence. Il expose avoir sous-traité la rédaction de la demande à un
avocat-stagiaire valaisan, qui aurait mis cet acte à la poste à Martigny, à
l'attention du Tribunal administratif. Si ces explications étaient admises,
elles auraient pour conséquence que Me Z.________ n'aurait pas eu la demande en
main et n'aurait pas pu la signer. Dans ce cas, un faux aurait été remis au
Tribunal administratif, irrecevable pour défaut de signature olographe
originale (...). L'autre hypothèse plausible est que la demande a été mise à la
poste par Me Y.________ le 17 mai 2010 à l'attention de Me Z.________. A
réception, ce dernier l'aura signée, puis remise à la poste, cette fois le 19
mai 2010, soit après l'expiration du délai de recours. (...) Au vu de ce qui
précède, la demande sera déclarée irrecevable sans qu'il ne soit nécessaire de
déterminer si cette irrecevabilité est fondée sur la tardiveté du recours ou le
défaut de signature originale".

1.3 A l'encontre de ce jugement, X.________ a formé un recours en matière de
droit public, en concluant à son annulation, sous suite de frais. Elle a joint
un courrier de Me Y.________ du 27 avril 2011. Par acte du 30 mai 2011, elle a
demandé à bénéficier de l'assistance judiciaire.

La Cour de justice persiste dans les considérants et le dispositif de son
arrêt. La ville de Lancy, défenderesse à l'action en libération de dette,
conclut au rejet du recours sous suite de frais et dépens. La recourante a
répliqué.

2.
Manifestement infondé, le recours doit être rejeté en la forme simplifiée de
l'art. 109 LTF.

2.1 En premier lieu, les moyens de preuve joints au mémoire de recours et à la
réplique sont irrecevables, tout comme ceux offerts en regard des multiples
allégués du recours, le Tribunal fédéral fondant son jugement sur les faits
établis par l'instance précédente (art. 99 al. 1 et 105 al. 1 LTF). Dans le
même ordre d'idées, les faits présentés dans le recours sont irrecevables, en
tant qu'ils ne ressortent pas directement de l'arrêt de la Cour de justice.

En second lieu, le jugement entrepris contient une double motivation, dont
chacun des termes permet de déclarer l'action en libération de dette
irrecevable: le dépôt tardif du recours et l'absence de signature du
mandataire. Or, lorsque la décision attaquée se fonde sur plusieurs motivations
indépendantes, alternatives ou subsidiaires, toutes suffisantes, il incombe au
recourant, sous peine d'irrecevabilité, de démontrer que chacune d'entre elles
est contraire au droit (ATF 133 IV 119 consid. 6.3 p. 120 s.; arrêt 5A_806/2009
du 26 avril 2010 consid. 2 et 3.3). En l'occurrence, le recourant n'a motivé
son acte, s'agissant de la question de la signature, que dans la réplique -
sous réserve de l'offre d'une expertise graphologique, en p. 14 du recours. Une
telle motivation est tardive, car le droit de répliquer n'a ni pour fonction,
ni pour conséquence de prolonger le délai légal de recours et d'autoriser le
complètement d'une écriture déficiente. Dans ces conditions, le recours est
donc en principe irrecevable. Il en va d'autant plus ainsi que l'argumentation
présentée est de nature essentiellement appellatoire et ne remplit pas les
conditions de motivation des art. 42 et surtout 106 al. 2 Cst.

2.2 Sur le fond, si l'on comprend bien son argumentation actuelle, qui
s'inscrit dans le prolongement de motivations successives pour le moins non
univoques, le projet de mémoire rédigé par Me Z.________ aurait été expédié par
voie électronique à Me Y.________ à Martigny, retravaillé par
l'avocat-stagiaire avant être soumis le dimanche 16 mai au soir à Me Z.________
pour signature, puis emporté à Martigny afin d'y être posté par Me Y.________
le lundi 17 mai. Cette version n'est pas celle retenue par la Cour de justice
qui, sans arbitraire, a retenu deux autres hypothèses. Peu importe, de ce point
de vue, que la version de la recourante puisse justifier la signature de Me
Z.________ sur une écriture expédiée depuis Martigny, car une telle situation
ne permet pas encore de conclure à l'arbitraire du jugement cantonal. Au
demeurant, la recourante ne dit pas que la Cour de justice aurait, sur cette
question, dû administrer d'autres moyens de preuve ou qu'elle aurait
arbitrairement refusé ceux qu'elle aurait proposés, violant par là même son
droit d'être entendue. Ce type de grief n'est en effet soulevé qu'en relation
avec la question de la double oblitération. On relèvera toutefois que la
version actuelle de la recourante, respectivement de son mandataire, est
parfaitement impropre à expliquer l'existence d'une double oblitération.

2.3 S'agissant du sceau figurant sur l'enveloppe, la recourante relève à juste
titre que celui-ci bénéficie en principe d'une présomption d'exactitude (cf.
arrêt 5P.113/2005 du 13 septembre 2006 consid. 3.1 et les références citées).
Une telle présomption perd toutefois toute portée, lorsque, comme en l'espèce,
l'enveloppe est frappée de deux sceaux, l'un apposé dans le délai légal de
recours, l'autre postérieurement. Ni la loi, ni la jurisprudence ne règle cette
situation. Rien n'indique en tout cas que ce soit la date la plus favorable au
recourant qui devrait être retenue. A défaut de présomption, c'est la règle de
l'art. 8 CC, également valable en droit public, et notamment en procédure, qui
s'applique, le recourant supportant le fardeau de la preuve du respect du délai
de recours (cf. ATF 92 I 253 consid. 3 p. 257; arrêt 5P.113/2005, précité,
consid. 3.1). Il incombe donc au recourant d'établir par tout autre moyen qu'il
a déposé son écriture en temps utile, preuve qu'il doit pouvoir amener en
procédure avant que son acte ne soit frappé d'irrecevabilité. En l'espèce, un
témoignage aurait pu servir cette cause. La recourante ne fait pas valoir
qu'elle aurait offert un tel témoignage et que la Cour de justice aurait refusé
de l'administrer sur la base d'une appréciation anticipée de ce moyen de preuve
qui serait arbitraire. En outre, il est pour le moins peu usuel, pour un
mandataire professionnel, d'expédier une écriture le dernier jour du délai sans
le faire sous pli recommandé. Celui-ci, simple et peu onéreux, permet à
l'avocat de se ménager un moyen de preuve incontestable en cas, notamment, de
perte du document par les services postaux. Un tel moyen d'expédition n'est
certes pas imposé par la loi. Celui qui y renonce accepte cependant le risque
de voir la date exacte de l'expédition, voire même cette dernière, remise en
question par l'autorité destinataire de l'envoi. En conséquence, celui qui ne
s'aménage pas les moyens de preuve nécessaires lors de l'expédition de l'envoi,
en recourant à l'envoi recommandé ou en faisant attester la date de l'envoi par
un ou plusieurs témoins mentionnés sur l'enveloppe, ou n'invoque pas en cours
de procédure des moyens propres à établir cet envoi en temps utile, supporte
les conséquences de l'absence de la preuve lui incombant. Contrairement à ce
que pense la recourante, il n'y a guère de place ici pour reprocher à
l'autorité précédente une violation de la maxime d'office, notamment au regard
de l'obligation des parties de collaborer à l'établissement des faits, en
particulier de ceux qui les concernent personnellement.

3.
En tant que recevable, le recours doit donc être rejeté.

Le recours étant d'emblée dénué de chances de succès, la requête d'assistance
judiciaire est rejetée (cf. art. 64 al. 1 LTF).

La recourante, qui succombe, supportera les frais de justice (cf. art. 66 al. 1
LTF). Il n'est pas alloué de dépens (cf. art. 68 al. 3 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

2.
La requête d'assistance judiciaire est rejetée.

3.
Les frais judiciaires, arrêtés à 2'000 fr., sont mis à la charge de la
recourante.

4.
Le présent arrêt est communiqué aux mandataires de la recourante et de la ville
de Lancy, ainsi qu'à la Cour de justice du canton de Genève, chambre
administrative.

Lausanne, le 21 novembre 2011
Au nom de la IIe Cour de droit public
du Tribunal fédéral suisse

Le Président: Zünd

Le Greffier: Vianin