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Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

I. Öffentlich-rechtliche Abteilung, Beschwerde in Strafsachen 1B.593/2012
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
1B_593/2012

Arrêt du 14 décembre 2012
Ire Cour de droit public

Composition
MM. les Juges fédéraux Fonjallaz, Président, Merkli et Chaix.
Greffier: M. Kurz.

Participants à la procédure
A.________, représentée par Me Miriam Mazou, avocate,
recourante,

contre

Ministère public central du canton de Vaud, avenue de Longemalle 1, 1020
Renens.

Objet
procédure pénale, accès au dossier,

recours contre l'arrêt du Tribunal cantonal du canton de Vaud, Chambre des
recours pénale, du 3 septembre 2012.

Faits:

A.
Dans le cadre d'une instruction pénale dirigée contre B.________, en raison de
l'utilisation sans droit d'une raison sociale figurant sur des bouteilles de
vin, le Ministère public vaudois avait exigé la production de la comptabilité
vinicole de A.________ relative au vin blanc d'appellation "Saint- Saphorin"
pour les années 2005 à 2007, ainsi que les bulletins de livraison. Les
documents ont été remis sous scellés. Le 10 mai 2012, le Tribunal des mesures
de contrainte (Tmc) a ordonné la levée des scellés. Par acte du 21 mai 2012,
A.________ a formé un recours en matière pénale au Tribunal fédéral (cause
1B_300/2012). Le 2 août 2012, A.________ a demandé à pouvoir consulter
l'intégralité du dossier car il apparaissait que l'instruction pourrait être
étendue à d'autres sociétés susceptibles de prendre connaissance des documents
remis sous scellés. Le 6 août 2012, elle a été invitée à s'adresser au
Ministère public afin de fixer les modalités de la consultation. Par ordonnance
du 9 août 2012, le Ministère public a rejeté la demande de consultation du
dossier: A.________ était suffisamment renseignée sur l'objet de la procédure
et avait pu faire valoir tous ses moyens.

B.
Par arrêt du 3 septembre 2012, la Chambre des recours pénale a confirmé cette
ordonnance. L'art. 105 CPP conférait la qualité pour s'opposer à la mesure de
perquisition et, partant, à consulter le dossier dans la mesure nécessaire à la
sauvegarde de ses droits. En l'occurrence, A.________ avait été informée de
manière étendue et pouvait ainsi invoquer ses secrets d'affaires, sans qu'il y
ait à l'informer sur l'éventuelle extension de la prévention à d'autres
sociétés.

C.
Par acte du 8 octobre 2012, A.________ forme un recours en matière pénale par
lequel elle demande, principalement, la réforme de l'arrêt cantonal en ce sens
qu'elle est autorisée à consulter l'intégralité du dossier, subsidiairement
l'annulation de l'arrêt attaqué et le renvoi de la cause à la Chambre pénale
pour nouvelle décision dans le sens des considérants.
La Chambre pénale se réfère à sa décision, sans observations. Le Ministère
public conclut au rejet du recours. La recourante a renoncé à de nouvelles
observations.

Considérant en droit:

1.
Le recours est formé contre un arrêt rendu dans le cadre d'une procédure pénale
(art. 78 al. 1 LTF) par une autorité de dernière instance cantonale (art. 80
LTF). La recourante est partie à la procédure relative à la saisie de ses
documents comptables et à la levée des scellés. Elle a qualité pour recourir au
sens de l'art. 81 LTF. L'arrêt attaqué est de nature incidente, mais il n'y a
pas lieu de s'interroger sur l'existence d'un préjudice irréparable au sens de
l'art. 93 al. 1 let. a LTF (cf. ATF 137 IV 172 consid. 2.1-2.2). En effet, même
si elle a fait l'objet de décisions cantonales, la consultation du dossier est
en l'occurrence requise pour la procédure devant le Tribunal fédéral, de sorte
qu'il appartient à ce dernier de vérifier que le droit d'accès au dossier a été
garanti de manière suffisante. Il y a donc lieu d'entrer en matière.

2.
La recourante invoque son droit d'être entendue (art. 29 al. 2 Cst. et 56 al. 1
LTF), également applicable en procédure de recours et qui lui permettrait de
consulter l'intégralité du dossier actuellement en mains du Tribunal fédéral.
Elle estime aussi, invoquant l'art. 36 Cst., qu'aucune raison suffisante
n'aurait été invoquée pour restreindre l'accès au dossier. Selon elle, le
Tribunal fédéral aurait autorisé une telle consultation, ne renvoyant la cause
au Ministère public que pour en fixer "les modalités d'exercice". Ayant appris
que la prévention pourrait être étendue à d'autres sociétés, la recourante
aurait un intérêt à savoir quelles sociétés tierces pourraient avoir accès aux
documents saisis en ses mains. Il ne suffirait pas d'affirmer que la recourante
a une connaissance suffisante des éléments du dossier. Invoquant aussi les art.
101 al. 1 et 105 CPP, elle estime que, comme partie à la procédure de recours,
elle devrait se voir reconnaître les mêmes droits que les parties à la
procédure pénale, afin de lui permettre de contester la pertinence des preuves
litigieuses.

2.1 La recourante ne saurait être suivie lorsqu'elle affirme que le droit
d'accès au dossier, tel qu'il découle du droit d'être entendu garanti à l'art.
29 al. 2 Cst. (ATF 132 II 485 consid. 3.2 p. 494; 129 I 85 consid. 4.1 p. 88/
89; 129 II 497 consid. 2.2 p. 504/505; 127 I 54 consid. 2b p. 56, et les arrêts
cités), serait absolu. Il peut au contraire être restreint aux conditions
fixées à l'art. 36 Cst., soit en présence d'un intérêt prépondérant; cette
restriction doit en outre demeurer proportionnée. Ces restrictions sont
concrétisées en procédure civile à l'art. 38 CPC et en procédure administrative
à l'art. 27 PA. Pour la procédure devant le Tribunal fédéral, les parties ont
le droit d'assister à l'administration des preuves et de prendre connaissance
des pièces produites (art. 56 al. 1 LTF). La sauvegarde des intérêts publics ou
privés prépondérants est également réservée (art. 56 al. 2 et 3 LTF).

2.2 En procédure pénale, l'accès au dossier est garanti aux parties de manière
générale par l'art. 107 al. 1 let. a CPP. Il peut aussi être restreint aux
conditions fixées à l'art. 108 CPP, soit notamment lorsque cela est nécessaire
pour assurer la sécurité de personnes ou pour protéger des intérêts publics ou
privés au maintien du secret. L'art. 101 al. 1 CPP permet aux parties de
consulter le dossier de la procédure dès la première audition du prévenu et
l'administration des preuves principales par le ministère public. La recourante
n'est certes pas une partie au sens de l'art. 104 CPP, mais, en tant que
personne touchée par un acte de procédure (la saisie de documents) au sens de
l'art. 105 al. 1 let. f CPP, elle peut se voir reconnaître la qualité de partie
dans la mesure nécessaire à la sauvegarde de [ses] intérêts (art. 105 al. 2
CPP). A ce titre, elle ne saurait prétendre à un droit à la consultation de
l'intégralité du dossier de la procédure pénale, mais uniquement aux éléments
du dossier pertinents pour l'exercice de ses droits de défense (KÜFFER, Basler
Kommentar StPO, n° 29 ad art. 105).
Selon l'art. 102 al. 1 CPP, la direction de la procédure statue sur la
consultation des dossiers. Elle prend les mesures nécessaires pour prévenir les
abus et les retards et pour protéger les intérêts légitimes au maintien du
secret. Durant l'instruction, le ministère public est investi de la direction
de la procédure (art. 61 let. a CPP). C'est la raison pour laquelle la demande
de consultation du dossier lui a été transmise par ordonnance du 6 août 2012
afin qu'il "fixe les modalités de la consultation". Cette dernière expression
signifie un simple renvoi à la direction de la procédure, conformément aux
principes rappelés ci-dessus, et la recourante ne saurait en déduire un accord
de principe à la consultation de l'ensemble du dossier de la procédure pénale.
Il y a donc lieu de rechercher si la consultation intégrale du dossier est
nécessaire à la sauvegarde des intérêts de la recourante.

2.3 Le recours 1B_300/2012 est formé contre une ordonnance du Tmc autorisant la
levée des scellés apposés sur une enveloppe remise par la recourante. Le
prévenu affirme en effet avoir acquis du vin auprès de la recourante, sans
vouloir en préciser la quantité, et le Ministère public a ordonné la production
des documents relatifs aux achats et ventes de l'appellation Saint-Saphorin
pour les années 2005 à 2007. La recourante se prévaut du droit au secret
d'affaires. Cet argument ne nécessite toutefois pas la consultation de tout le
dossier pénal, puisque c'est au détenteur des documents qu'il appartient
d'expliquer en quoi consistent les secrets dont il requiert la protection. La
recourante conteste également la pertinence du moyen de preuve, qu'elle juge
disproportionné. Pour ce faire, elle doit essentiellement connaître l'objet de
la procédure, notamment la nature des infractions poursuivies. Celles-ci ont
été clairement exposées dans la demande de levée des scellés adressée au Tmc,
laquelle fait référence à la plainte et aux actes d'enquête déjà effectués,
ainsi qu'aux raisons pour lesquelles le Ministère public estime pertinentes les
pièces saisies. Ces indications apparaissent suffisantes pour juger du
bien-fondé de la demande de levée des scellés. La recourante n'a, en
particulier, pas d'intérêt à savoir à quelles autres sociétés la prévention
pourrait être étendue, puisqu'il s'agit d'une question sans rapport avec la
levée des scellés, et en particulier avec l'existence même de secrets à
protéger.

2.4 La décision attaquée ne viole dès lors ni le droit d'être entendu, ni les
dispositions correspondantes du CPP. Elle ne saurait non plus être qualifiée
d'arbitraire, l'argument soulevé à ce propos apparaissant sans portée propre.

3.
Sur le vu de ce qui précède, le recours doit être rejeté, aux frais de la
recourante (art. 66 al. 1 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 1'000 fr., sont mis à la charge de la
recourante.

3.
Le présent arrêt est communiqué à la mandataire de la recourante, au Ministère
public central et au Tribunal cantonal du canton de Vaud, Chambre des recours
pénale ainsi que, pour information, à B.________, par son mandataire Me Yannis
Sakkas, avocat.

Lausanne, le 14 décembre 2012
Au nom de la Ire Cour de droit public
du Tribunal fédéral suisse

Le Président: Fonjallaz

Le Greffier: Kurz