Sammlung der Entscheidungen des Schweizerischen Bundesgerichts
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Raccolta delle decisioni del Tribunale federale svizzero

II. Zivilrechtliche Abteilung, Beschwerde in Zivilsachen 5A.918/2012
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Bundesgericht
Tribunal fédéral
Tribunale federale
Tribunal federal

{T 0/2}
5A_918/2012

Arrêt du 18 février 2013
IIe Cour de droit civil

Composition
MM. et Mme les Juges fédéraux von Werdt, Président, Hohl et Herrmann.
Greffier: M. Richard.

Participants à la procédure
1. A.________ AG,
2. B.________ AG,
3. C.________,
4. D.________ AG,
toutes les quatre représentées par Me Beat Rieder, avocat,
recourantes,

contre

Administrateur spécial de la Masse en faillite
Y.________ Sàrl,
Maître X.________, avocat,
intimé.

Objet
destitution de l'administrateur spécial de la faillite,

recours contre le jugement du Tribunal cantonal du canton du Valais, autorité
supérieure de surveillance en matière de LP, du 26 novembre 2012.

Faits:

A.
Par jugement du 12 mars 2007, la faillite de la société Y.________ Sàrl a été
prononcée avec effet le même jour à 16 heures.

Le 11 avril 2007, la première assemblée des créanciers a désigné une
administration spéciale, en la personne de Maître X.________, avocat, et prévu
la constitution d'une commission de surveillance au sens de l'art. 237 al. 3
LP, composée des syndicats, de la caisse de chômage et de Maître Beat Rieder.

B.
B.a Le 15 juillet 2011, les sociétés A.________ AG, B.________ AG, D.________
et C.________, ont adressé une plainte au Tribunal des districts de Martigny et
St-Maurice, autorité inférieure en matière de plainte LP. Invoquant de
nombreuses irrégularités commises par l'administrateur spécial de la faillite
ainsi que des retards injustifiés, elles ont notamment pris les conclusions
suivantes au fond:

« 1. Herr X.________, ausseramtlicher Konkursverwalter der Y.________ Sàrl im
Konkurs, ist im Sinne von Art. 14 Abs. 2 Ziff. 4 SchKG seines Amtes zu
entheben.

2. Das Bezirksgericht Martigny setzt sofort, nach vorheriger Anhörung des
Gläubigerausschusses, ein neuen Konkursverwalter ein. ... »
B.b Par décision du 16 août 2011, le juge du Tribunal des districts de Martigny
et St-Maurice a déclaré irrecevable l'écriture des plaignantes du 15 juillet
2011 et l'a transmise à l'autorité de surveillance au sens de l'art. 14 LP et
3a de la loi valaisanne d'application de la LP (LALP, RSV 281.1), à savoir au
délégué aux poursuites et faillites du canton du Valais, comme objet éventuel
de sa compétence.

Statuant sur recours des plaignantes, le Tribunal cantonal du canton du Valais,
autorité supérieure de surveillance en matière de LP, l'a rejeté par arrêt du
12 décembre 2011.

Par arrêt du 4 juin 2012, le Tribunal fédéral a admis le recours en matière
civile formé par les recourantes et renvoyé la cause au juge du Tribunal de
district pour nouvelle décision.

C.
C.a Sur renvoi, le juge du Tribunal de district a rejeté la plainte du 15
juillet 2011 tendant à la révocation de l'administrateur spécial de la
faillite, par décision du 2 août 2012.
C.b Statuant sur recours, le Tribunal cantonal du canton du Valais a
partiellement admis la plainte, par jugement du 26 novembre 2012, et a ordonné
à l'administrateur spécial de déposer un inventaire définitif et de convoquer
la deuxième assemblée des créanciers dans les meilleurs délais, de prendre les
mesures de conservation utiles, ainsi que d'examiner l'opportunité de
solliciter la reprise des procédures judiciaires actuellement suspendues.

D.
La 10 décembre 2012, les sociétés plaignantes exercent un recours en matière
civile au Tribunal fédéral contre cet arrêt. Elles concluent à la destitution
de X.________, administrateur spécial de la faillite, et à ce qu'ordre soit
donné au Tribunal du district de Martigny, après audition de la commission de
surveillance, de nommer un nouvel administrateur de la faillite et de prendre
les mesures de sûreté nécessaires. Elles se plaignent d'arbitraire, de déni de
justice et de retard injustifié, ainsi que de violation des art. 14, 237 et 240
ss LP.

Dans sa réponse du 28 janvier 2013, l'intimé conclut à l'irrecevabilité du
recours, subsidiairement à son rejet.

Considérant en droit:

1.
Interjeté dans le délai légal (art. 100 al. 2 let. a LTF) par les plaignantes
qui ont partiellement succombé dans leurs conclusions prises devant l'autorité
précédente (art. 76 al. 1 LTF) et dirigé contre une décision finale (art. 90
LTF) rendue en matière de poursuite pour dettes et de faillite (art. 72 al. 2
let. a LTF) par une autorité cantonale de surveillance de dernière instance
(art. 75 al. 1 LTF), le recours est en principe recevable, ce indépendamment de
la valeur litigieuse (art. 74 al. 2 let. c LTF).

2.
2.1 Le Tribunal fédéral applique le droit d'office (art. 106 al. 1 LTF). Il ne
connaît cependant de la violation des droits fondamentaux ou du droit cantonal
que si ce grief a été soulevé et motivé (art. 106 al. 2 LTF; ATF 134 I 83
consid. 3.2; 133 II 249 consid. 1.4.2). Si le recourant se plaint de la
violation de tels droits, il doit ainsi satisfaire au principe d'allégation
(Rügeprinzip, principio dell'allegazione), en indiquant précisément quelle
disposition constitutionnelle ou légale a été violée et en démontrant, par une
argumentation précise, en quoi consiste la violation (ATF 133 IV 286 consid.
1.4; 133 II 249 consid. 1.4.2).

2.2 Le Tribunal fédéral ne peut s'écarter des faits établis par l'autorité
précédente que si ceux-ci l'ont été de façon manifestement inexacte ou en
violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF) et si la
correction du vice est susceptible d'influer sur le sort de la cause (art. 97
al. 1 LTF). Le recourant qui soutient que les faits ont été établis d'une
manière manifestement inexacte (art. 97 al. 1 LTF), c'est-à-dire que les
constatations de fait sont arbitraires au sens de l'art. 9 Cst. (ATF 133 II 249
consid. 1.2.2), doit satisfaire au principe d'allégation susmentionné (cf.
supra consid. 2.1).

Lorsque le recourant entend faire compléter les faits - pertinents et qui
n'auraient pas été constatés en violation du droit -, il doit les désigner avec
précision en se référant aux pièces du dossier; le complètement suppose en
effet que les allégations de fait correspondantes aient été introduites
régulièrement et en temps utile dans la procédure cantonale, qu'elles aient été
considérées à tort comme dépourvues de pertinence ou aient été simplement
ignorées; si ces exigences ne sont pas respectées, les faits invoqués sont
réputés nouveaux (art. 99 al. 1 LTF), partant irrecevables (arrêt 5A_338/2010
du 4 octobre 2010 consid. 3, in SJ 2011 I p. 185; cf. à propos de l'art. 55 al.
1 let. c OJ: ATF 115 II 484 consid. 2a et la jurisprudence citée).

3.
À titre liminaire, il est précisé qu'il ne sera pas tenu compte des allégations
de la partie « Sachverhalt » du recours qui ne sont que la reprise partielle et
mot pour mot de l'exposé des faits présenté devant l'autorité cantonale et qui
diffèrent de l'état de fait contenu dans la décision entreprise. Une telle
manière de faire ne répond pas aux exigences de motivation en la matière (cf.
supra, consid. 2.2).

4.
4.1 En substance, la cour cantonale a constaté des manquements de la part de
l'administrateur spécial dans la gestion de la faillite. Elle a toutefois
considéré que ceux-ci n'étaient pas à ce point importants pour emporter une
révocation, ce d'autant plus que la nomination d'un nouvel administrateur,
devant prendre connaissance du volumineux dossier, serait contre-productive en
vue d'un avancement rapide de la procédure. La cour cantonale a néanmoins
ordonné à l'administrateur spécial de déposer un inventaire définitif et de
convoquer la deuxième assemblée des créanciers dans les meilleurs délais, de
prendre les mesures de conservation utiles, ainsi que d'examiner l'opportunité
de reprendre les procédures judiciaires actuellement suspendues. Enfin, elle a
rappelé au représentant des recourantes qu'en qualité de membre de la
commission de surveillance, il lui appartenait de s'opposer aux mesures prises
par l'administrateur spécial et de réunir dite commission pour qu'elle prenne
des décisions sur la suite de la procédure.

4.2 Pour justifier leur demande de révocation immédiate de l'administrateur
spécial, les recourantes invoquent divers graves manquements, qui leur auraient
causé un préjudice de près de 5 millions de francs et qui, pris dans leur
ensemble, imposeraient la mesure requise. Elles contestent également que la
nomination d'un nouvel administrateur se révélerait contre-productive,
l'administrateur actuel étant, selon elles, incapable de remédier rapidement
aux manquements constatés. Elles en déduisent que seule une révocation permet
d'éviter une aggravation du dommage des créanciers.

4.3 L'intimé conclut à l'irrecevabilité du recours invoquant que les
recourantes se contentent de critiquer l'opportunité de la décision entreprise
mais ne démontrent pas, par une argumentation juridique, que l'autorité
cantonale de surveillance aurait abusé ou excédé son pouvoir d'appréciation, ni
que dite décision serait arbitraire dans sa motivation et son résultat. Pour le
reste, il rejette les griefs formés à l'encontre de sa gestion de la faillite
et fait valoir que les interventions récurrentes des recourantes ralentissent
la procédure et font perdre de l'argent à la masse en faillite.

5.
La question litigieuse est celle de savoir si les manquements de
l'administrateur spécial justifient ou non sa révocation.
5.1
5.1.1 En vertu de l'art. 17 al. 3 LP, il peut être porté plainte à l'autorité
de surveillance en tout temps pour déni de justice ou retard non justifié. Ne
constitue un déni de justice au sens de l'art. 17 al. 3 LP que le déni de
justice formel, soit le refus de l'office ou de l'autorité de surveillance de
procéder à une opération dûment requise ou qu'ils devaient exécuter d'office;
il ne saurait être question d'un déni de justice lorsqu'une mesure ou une
décision, susceptible d'être attaquée dans les dix jours, a été prise, fût-elle
illégale ou irrégulière (ATF 105 III 107 consid. 5a; arrêt 7B.39/2005 du 9 mai
2005 consid. 2.2 publié in Pra 2005, p. 1012). Le retard injustifié suppose,
quant à lui, qu'un acte défini par la loi n'est pas accompli dans le délai
légal ou dans le délai indiqué par les circonstances, sans qu'une faute ne soit
nécessaire (ATF 117 Ia 193 consid. 1c). Les procédures de faillite qui ne sont
pas diligentées sans retards inutiles sont représentatives d'un retard
injustifié (ATF 119 III 1, 107 III 3). En pareils cas, l'autorité de
surveillance ne saurait se borner à ordonner l'accomplissement des procédés
dont l'accomplissement a été indûment retardé; elle doit prendre en
considération l'ensemble de la situation et les causes du retard, puis veiller
à ce qu'il y soit remédié (ATF 107 III 3 consid. 3). Dans certaines situations,
l'autorité saisie d'une plainte au sens de l'art. 17 al. 3 LP peut prononcer la
révocation d'une administration spéciale si celle-ci reste inactive ou
n'exécute pas les tâches pour lesquelles elle a été nommée (arrêt 5A_25/2012 du
4 juin 2012 consid. 4.3 et 4.5 et les références citée).
5.1.2 L'administration spéciale est soumise au contrôle des autorités de
surveillance (art. 241 LP), qui peuvent donner des directives à
l'administration de la faillite quand cela se révèle nécessaire; elles peuvent
en particulier relever de ses fonctions une administration spéciale ou, selon
les cas, annuler sa désignation, s'il y a un doute quant à son indépendance, à
son impartialité ou à ses capacités (ATF 101 III 43 consid. 4b; JAEGER/WALDER/
KULL/KOTTMANN, Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs, 1997, n° 6 ad
art. 237 LP; BÜRGI, in Hunkeler, Kurzkommentar SchKG, 2009, n° 12 ad art. 237
LP; FRITZSCHE/WALDER, Schuldbetreibung und Konkurs nach schweizerischem Recht,
Vol. II, 1993, p. 267 s.). Il s'agit alors d'une révocation administrative
(GILLIÉRON, Commentaire de la LP, 1999, n° 13 ad art. 241 LP; JEANDIN/FISCHER,
Poursuite et faillite, Commentaire romand, 2005, n° 7 ad art. 241 LP). Il faut
toutefois des motifs impératifs pour révoquer une administration spéciale avec
un effet ex tunc, sa désignation fût-elle viciée, surtout si elle a été
confirmée dans ses fonctions par la deuxième assemblée des créanciers (ATF 105
III 67 consid. 1; arrêt 5A_25/2012 du 4 juin 2012 consid. 4.2 et les références
citées). L'autorité de surveillance ne doit donc intervenir que dans
l'hypothèse de violations flagrantes qui rendraient impossible de maintenir en
fonction quelqu'un ne pouvant s'acquitter de sa propre tâche tout en
sauvegardant d'égale manière les intérêts du débiteur et des créanciers. En
outre, l'incompétence et la partialité ne doivent pas se traduire par de
simples soupçons mais se manifester concrètement à travers un préjudice ou une
menace graves pour les intérêts des parties (cf. s'agissant d'une destitution à
titre de mesure disciplinaire : ATF 112 III 67 consid. 7a).

5.2 Saisi d'un recours contre une décision de l'autorité cantonale de
surveillance statuant sur la désignation, la composition ou la révocation d'une
administration spéciale en vertu de son pouvoir de surveillance, le Tribunal
fédéral ne peut que rechercher si l'autorité cantonale a excédé son pouvoir
d'appréciation ou en a abusé (ATF 119 III 118 consid. 4; 97 III 121 consid. 5;
arrêt 7B.52/2004 du 12 août 2004 consid. 2).

Commet un abus ou un excès de son pouvoir d'appréciation l'autorité qui retient
des critères inappropriés ou ne tient pas compte de circonstances pertinentes (
ATF 110 III 17 consid. 2 p. 18 et arrêts cités), rend une décision
déraisonnable, contraire au bon sens ou heurtant le but de la procédure de
faillite, voire arbitraire (ATF 123 III 274 consid. 1a/cc; arrêt 7B.52/2004 du
12 août 2004 consid. 2).

5.3 A l'appui de leur demande de révocation immédiate de l'administrateur
spécial, les recourantes invoquent divers manquements qu'elles qualifient de
graves.
5.3.1 Elles considèrent tout d'abord que le défaut d'inventaire, concernant une
masse en faillite d'une valeur de plus 50 millions de francs, suffit à
justifier la révocation de l'administrateur.
5.3.1.1 La cour cantonale a constaté que, depuis le retrait d'un premier
inventaire en septembre 2008, aucun inventaire n'avait été déposé alors que
celui-ci doit être réalisé dès que l'adminstrateur a reçu la communication de
la faillite. Elle a relevé que le non-respect de cette obligation constituait
une violation de la loi pouvant fonder une action en responsabilité au sens de
l'art. 5 LP et que le défaut d'inventaire empêchait les créanciers de contester
les mesures prises par l'administration spéciale, notamment en ce qui concerne
l'estimation des biens.
5.3.1.2 Les recourantes reprochent à la cour cantonale de ne pas avoir
suffisamment tenu compte du fait que les actifs de la faillie ont été cédés à
E.________ SA peu de temps après le prononcé de la faillite de sorte que, faute
d'inventaire à ce moment-là, il n'est plus possible de comparer les situations
prévalant respectivement avant la reprise et après la cessation des activités
de E.________ SA, ni de faire valoir d'éventuelles prétentions à l'égard du
conseil d'administration de cette société. Elles avancent également que de
nombreux biens de la faillie ont disparu et qu'il n'est désormais plus possible
de procéder à l'inventaire.
5.3.1.3 L'intimé rappelle qu'il a établi un tableau répertoriant le matériel et
les matériaux stockés de la faillie qui a servi de base au rapport d'expertise
de F.________ GmbH du 11 mai 2007, rapport remplissant la fonction
d'inventaire, que le 27 avril 2008 un nouveau rapport a été établi, qu'aucun
matériel n'était manquant et qu'un inventaire définitif a été dressé le 8 août
2008 mais a dû être retiré à la suite d'une plainte de G.________ SA. Il fait
donc valoir qu'aucune conséquence préjudiciable aux créanciers n'a découlé du
défaut d'inventaire.
5.3.1.4 En l'occurrence, la cour cantonale a expressément reconnu une violation
de la loi en raison du défaut d'inventaire. Lorsque les recourantes prétendent
que cette constatation suffit, à elle seule, à justifier la révocation de
l'administrateur spécial, leur critique toute générale ne permet pas de
démontrer que l'instance précédente aurait abusé de son pouvoir d'appréciation.
De plus, F.________ GmbH a effectué un rapport d'expertise avant la reprise par
E.________ SA et un autre juste après la cessation des activités de celle-ci.
Aussi, même si dits rapports ne remplacent pas l'inventaire de l'art. 221 LP,
ils permettent d'évaluer les biens et de comparer les situations respectivement
d'avant et d'après la reprise, en particulier de déterminer si des biens ont
disparu. Le grief des recourantes est donc infondé.
5.3.2 Les recourantes reprochent ensuite à l'administrateur spécial d'avoir
restitué, sans l'accord des créanciers, une partie des sûretés à E.________ SA
et de n'avoir entrepris aucune démarche à l'encontre de celle-ci en vue de
préserver les droits de la masse en faillite.
5.3.2.1 La cour cantonale a constaté que les recourantes n'avaient pas contesté
la restitution d'une partie des sûretés, à savoir 200'000 fr. sur 600'000 fr.,
lorsqu'elles en avaient eu connaissance en août 2008. Elle a ainsi jugé que
celles-ci étaient malvenues de s'en plaindre plus de quatre ans après et a
considéré leur grief comme tardif.
5.3.2.2 Les recourantes contestent avoir pu s'opposer à la remise d'une partie
des sûretés. Invoquant l'arbitraire dans la constatation des faits, elles
avancent que l'administrateur avait décidé de remettre une partie des actifs de
la faillie à E.________ SA sans avoir préalablement établi un inventaire des
biens transmis et informé la commission de surveillance, qu'une somme de
600'000 fr. avait été remise à la masse en faillite au titre de sûretés, que
les recourantes, informées de ce que la reprenante était insolvable, avaient
requis de l'administrateur spécial, en mars 2008, qu'il établisse un
inventaire, prenne des mesures de sûreté concernant le matériel, les stocks et
d'éventuelles prétentions de la masse en faillite, que, ayant constaté qu'une
grande partie des biens de la masse en faillite avait disparu, elles
réclamèrent, en juin 2008, le dépôt d'une plainte pénale contre les
responsables de E.________ SA, qu'elles n'ont appris que le 4 août 2008, soit
après la faillite de la reprenante, qu'une partie des sûretés avait été
restituée et que, immédiatement, elles ont réclamé que l'administrateur en
requière le remboursement, que, le 1er septembre 2008, elles ont demandé qu'une
prétention d'au moins 1'612'969 euros soit invoquée à l'encontre de la
reprenante et que des mesures de sûreté soient prises à cet effet.
5.3.2.3 Ces critiques concernant l'établissement des faits, pour autant
qu'elles soient recevables, ne sont pas en mesure d'influer sur l'issue du
litige. En effet, quel que fût le comportement de l'administrateur spécial en
relation avec la reprise des activités de la faillie, il n'en demeure pas moins
que les recourantes, pourtant dûment informées le 8 août 2008 de la restitution
d'une partie des sûretés, n'ont pas saisi l'autorité de surveillance dans un
délai de dix jours. Il importe peu à cet égard que E.________ SA avait déjà
suspendu ses activités à ce moment-là et que le représentant des recourantes
ait entrepris plusieurs démarches auprès de l'administrateur spécial en vue de
récupérer cette somme. C'est donc à juste titre que la cour cantonale a
considéré que leur grief était tardif.

Les recourantes se plaignent également de ce que l'administrateur spécial
n'aurait rien entrepris pour faire valoir une prétention d'au moins 1'612'969
euros à l'encontre de la reprenante. Il ressort de l'arrêt cantonal que le
choix de poursuivre l'activité a été validé par la première assemblée des
créanciers et qu'une expertise de F.________ GmbH a été effectuée à la suite de
la cessation des activités de E.________ SA en avril 2008, de laquelle il ne
ressort pas que la poursuite des activités ait pu causer le préjudice allégué
par les recourantes et justifier une action en dommages-intérêts. En tant que
les recourantes avancent, en faisant référence à des pièces du dossier,
qu'elles avaient requis à maintes reprises de l'administrateur spécial qu'il
agisse en ce sens et lui avaient transmis une expertise sur ce point, elles ne
démontrent pas encore qu'en ne donnant pas suite à ces demandes,
l'administrateur aurait contrevenu à ses devoirs. En effet, les recourantes
n'indiquent pas, conformément aux exigences en la matière (cf. supra consid.
2.2), avoir offert de prouver devant les instances cantonales qu'une telle
prétention était fondée de sorte que l'inaction de l'intimé leur aurait causé
le dommage allégué. Leur argumentation repose dès lors sur des faits non
constatés dans l'arrêt déféré. Mal fondé, le grief doit ainsi être rejeté.
5.3.3 Les recourantes font encore grief à l'intimé de ne rien avoir entrepris
au sujet de prétendus vols de cinquante tonnes de métal.
5.3.3.1 La cour cantonale a considéré que de tels vols n'avaient pas été
établis même si le rapport de F.________ GmbH du 6 décembre 2011 faisait état
de matériel manquant. Elle a en outre précisé que l'administrateur avait réagi
de manière appropriée en ce qui concerne les vols de matériel survenus en
janvier et février 2007, soit avant son entrée en fonction, et ceux perpétrés
par une personne chargée de surveiller le site de l'usine.
5.3.3.2 Les recourantes ne remettent pas en cause le comportement de
l'administrateur spécial concernant les vols susmentionnés mais lui reprochent
de ne rien avoir entrepris concernant ceux qui ont eu lieu peu de temps après
la cessation d'activité de E.________ SA en avril 2008, les stocks de métal
s'étant alors drastiquement réduits. Elles font valoir qu'elles en ont informé
l'administrateur spécial en juin 2008 et qu'il ressort également du rapport de
F.________ GmbH de mai 2011 qu'un important stock de métal ainsi que des
machines avaient disparu depuis le rapport de mai 2007. Elles contestent, pour
le surplus, qu'il leur appartenait de démontrer qu'il y avait eu des vols, dès
lors qu'il est établi que des biens appartenant à la masse en faillite avaient
disparu sans que l'administrateur spécial n'intervienne.
5.3.3.3 En l'espèce, le rapport de F.________ GmbH du 6 décembre 2011 fait
effectivement état de matériel manquant par rapport à l'expertise de 2007. Il
ressort également du dossier que les recourantes ont prévenu l'intimé que de
prétendus vols avaient été commis à la suite de la cessation des activités de
E.________ SA entre avril et juin 2008. En revanche, l'état de fait de la
décision entreprise ne permet pas de déterminer si les vols dont l'existence a
été constatée - à savoir ceux survenus en janvier et février 2007 et ceux
perpétrés par une personne chargée de surveiller le site de l'usine - sont ou
non à l'origine de la diminution de matériel constatée ni si celle-ci est
nécessairement due à des vols. Aussi, lorsque les recourantes prétendent que
des vols sont survenus entre avril et juin 2008 et que l'intimé, qui était
informé mais qui n'avait plus la situation sous contrôle, n'a rien entrepris,
leurs critiques sont appellatoires, partant irrecevables. Par ailleurs, la
constatation selon laquelle du matériel était présent en 2007 et ne l'est plus
en 2011, ne démontre pas, à elle seule, un manquement de la part de
l'administrateur spécial. Mal fondé, le grief doit être rejeté dans la mesure
de sa recevabilité.
5.3.4 Les recourantes s'en prennent également au comportement de
l'administrateur spécial à l'encontre de la commission de surveillance.
5.3.4.1 L'instance précédente a considéré que, les recourantes étant
représentées par leur mandataire dans la commission de surveillance, elles
pouvaient solliciter des renseignements de la part de l'administrateur spécial
et l'enjoindre de convoquer la commission en réunion. Elle a en outre estimé
que l'administrateur avait donné suite aux nombreux courriers du mandataire des
recourantes et que la tenue de réunions de la commission de surveillance
n'avait pas été indiquée durant de nombreuses années, la procédure étant
bloquée par des procédures en revendication et en contestation de l'état de
collocation.
5.3.4.2 Les recourantes contestent avoir été en mesure d'obtenir que la
commission de surveillance soit informée et consultée. Elles allèguent avoir
maintes fois demandé la convocation de la commission de surveillance sans que
l'administrateur spécial ne réagisse et font valoir que celle-ci doit être
convoquée, informée et entendue avant la prise de décisions importantes. Or, en
l'espèce, elles indiquent que dite commission n'a été convoquée qu'à deux
reprises, à leur demande, pour une procédure de faillite ayant duré cinq ans et
qu'il n'existe aucun procès-verbal des séances. Elles précisent en particulier
que ladite commission n'a pas été informée de la restitution d'une partie des
sûretés à la reprenante et de la faillite toute proche de celle-ci.
5.3.4.3 En l'occurrence, il ne ressort pas de l'arrêt cantonal que les
recourantes auraient, à réitérées reprises, demandé la convocation de la
commission de surveillance. Or, celles-ci ne démontrent nullement dans leur
recours au Tribunal fédéral que, en procédure cantonale, elles auraient allégué
et offert de prouver - en indiquant précisément des passages de leurs écritures
et les pièces y relatives - avoir requis dites convocations. Ce fait doit dès
lors être considéré comme nouveau, partant irrecevable (cf. supra consid. 2.2).
De plus, même si la commission de surveillance n'a été convoquée qu'à deux
reprises, si elle n'a pas été informée de la restitution d'une partie des
sûretés et de la faillite toute proche de E.________ SA et s'il n'existe pas de
procès-verbal des séances, les recourantes ne prétendent pas que
l'administrateur aurait violé des dispositions légales ou des prescriptions
arrêtées par l'assemblée des créanciers sur ce point. En effet, selon la
doctrine, l'administration décide quand elle entend solliciter un préavis de la
commission de surveillance, sans n'avoir aucune obligation à cet égard à moins
que l'assemblée des créanciers n'ait prévu des règles particulières sur ce
point (JAEGER/WALDER/KULL/KOTTMANN, op. cit., n° 13 ad art. 237 LP; JEANDIN/
FISCHER, op. cit., n° 37 ad art. 237 LP). Les critiques des recourantes sont
donc mal fondées dans la mesure où elles sont recevables.
5.3.5 Les recourantes estiment encore que la mise en lumière de manquements
dans la gestion de la faillite par les autorités de surveillance place
désormais l'administrateur spécial dans un conflit d'intérêts; d'une part, il
doit veiller à ce que ne soit pas démontré qu'il aurait failli à ses devoirs
et, d'autre part, préserver les intérêts des créanciers. Elles indiquent
notamment qu'une action en justice contre E.________ SA en vue de récupérer la
somme de 200'000 fr. et de faire valoir des prétentions contre les organes de
celle-ci démontrerait à quel point l'intimé a été défaillant dans la
surveillance de la reprenante entre mars 2007 et avril 2008.
5.3.5.1 La cour cantonale a nié tout conflit d'intérêts de la part de
l'administrateur spécial. Elle indique que le fait que des reproches pouvaient
être formulés quant à la gestion de la procédure de liquidation, ne signifiait
pas encore que celui-ci fût partial, précisant, pour le surplus, que de simples
allégations quant au dommage des créanciers n'étaient pas suffisantes pour
fonder une demande de révocation.
5.3.5.2 Cette appréciation ne prête pas le flanc à la critique. En effet, selon
la jurisprudence, des décisions ou des actes de procédure erronés ne fondent
pas en soi une apparence objective de prévention (cf. s'agissant d'un
magistrat: ATF 125 I 119 consid. 3e; 116 Ia 14 consid. 5b; arrêt 5A_643/2010 du
11 janvier 2011 consid. 3.2).

En outre, les recourantes ne démontrent pas, conformément aux exigences en la
matière (cf. supra consid. 2.2), qu'il est insoutenable de considérer que le
prétendu dommage dû au comportement de l'administrateur spécial durant la
reprise des activités de la faillie n'a pas été établi (cf. à cet égard supra
consid. 5.3.2 et 5.3.3). Leurs critiques appellatoires se révèlent par
conséquent irrecevables sur ce point.
5.3.6 Les recourantes font aussi valoir, se fondant sur le rapport d'expertise
de F.________ GmbH, que l'administrateur n'a pas pris les mesures nécessaires
afin de maintenir la valeur des biens appartenant à la masse en faillite.
5.3.6.1 L'instance précédente a constaté que, selon le rapport d'expertise de
F.________ GmbH du 31 mai 2011, toutes les mesures de conservation n'avaient
pas été prises par l'administrateur spécial pour préserver les actifs de la
faillie (réparation des parties non étanches du toit, couverture adéquate des
machines ou fermeture des véhicules), celui-ci ne pouvant se contenter de
renvoyer à la responsabilité de la société de surveillance engagée. Elle a
cependant jugé que ce manquement ne justifiait pas une révocation, seules des
violations flagrantes, qui rendent impossible la continuation de la tâche
confiée, entrant en considération.
5.3.6.2 Les recourantes invoquent les lourdes pertes dues à la corrosion des
machines et du matériel - qui ne furent pas protégés contre les intempéries et
qui n'ont désormais plus aucune valeur - ainsi que la disparition pure et
simple de matériel. Elles reprochent à la cour cantonale d'avoir constaté ce
manquement et, malgré tout, d'avoir jugé qu'une révocation de l'administrateur
spécial ne se justifiait pas, alors que celui-ci, informé de la situation,
n'avait jamais rien entrepris pour y remédier durant les cinq ans qu'avait duré
la procédure de faillite.
5.3.6.3 En tant que les recourantes affirment, mentionnant des exemples, que
les manquements constatés par l'expertise de F.________ GmbH ont causé des
pertes énormes aux créanciers et attestent clairement l'incompétence de
l'administrateur spécial pour poursuivre la procédure de liquidation dans
l'intérêt des créanciers, elle ne font qu'opposer leur propre appréciation à
celle de la cour cantonale. Elles ne démontrent cependant pas que celle-ci
aurait outrepassé son pouvoir en considérant que ces défaillances dans la
gestion de la faillite ne justifiaient pas encore une révocation de
l'administrateur spécial. Leur critique, pour autant qu'elle soit recevable, se
révèle dès lors infondée.
5.3.7 Enfin, lorsque les recourantes font valoir que, durant la présente
procédure qui a débuté en été 2011, l'administrateur spécial n'a pris aucune
mesure en vue de l'avancement de la liquidation de la faillite, malgré les
graves conclusions du rapport d'expertise de mai 2011, et qu'il n'est pas en
mesure de le faire dès lors qu'il est resté inactif durant plus de cinq ans,
leur critique doit d'emblée être rejetée. Elle se fonde en effet sur des
constatations qui ne ressortent pas de l'arrêt entrepris sans que les
recourantes n'aient requis, conformément aux exigences en la matière, que les
faits soient complétés sur ce point (cf. supra consid. 2.2).

5.4 Sur le vu de l'ensemble de ce qui précède, les recourantes n'ont pas été en
mesure d'établir d'autres manquements de la part de l'administrateur spécial
que ceux constatés par la cour cantonale. Par ailleurs, il y a lieu d'admettre,
avec celle-ci, que la nomination d'un nouvel administrateur spécial - qui
devrait prendre connaissance du volumineux dossier - ne serait pas de nature à
accélérer la procédure de faillite. Il s'ensuit que, tout bien considéré, la
décision de ne pas révoquer l'administrateur en place, malgré les défaillances
constatées dans la gestion de la faillite et la durée de la procédure, ne
procède pas d'un abus du pouvoir d'appréciation de l'instance précédente (cf.
supra consid. 5.2), ce d'autant plus que dit administrateur a été enjoint de
pallier les manquements, à savoir plus particulièrement de déposer un
inventaire définitif et de convoquer la deuxième assemblée des créanciers dans
les meilleurs délais, de prendre les mesures de conservation utiles, ainsi que
d'examiner l'opportunité de reprendre les procédures judiciaires actuellement
suspendues.

6.
En définitive, le recours doit être rejeté dans la mesure où il est recevable.
Les frais judiciaires, arrêtés à 5'000 fr., sont mis solidairement à la charge
des recourantes qui succombent (art. 66 al. 1 LTF). Celles-ci verseront en
outre à l'intimé une indemnité de 6'000 fr., au titre de dépens (art. 68 al. 1
et 4 LTF).

Par ces motifs, le Tribunal fédéral prononce:

1.
Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.

2.
Les frais judiciaires, arrêtés à 5'000 fr., sont mis solidairement à la charge
des recourantes.

3.
Une indemnité de 6'000 fr., à payer à l'intimé, à titre de dépens, est mise
solidairement à la charge des recourantes.

4.
Le présent arrêt est communiqué aux parties, au Tribunal cantonal du canton du
Valais, autorité supérieure de surveillance en matière de LP, et au Juge III du
Tribunal des districts de Martigny et St-Maurice.

Lausanne, le 18 février 2013

Au nom de la IIe Cour de droit civil
du Tribunal fédéral suisse

Le Président: von Werdt

Le Greffier: Richard